L’inexpérience politique de Céline Vara


La volonté patente de Céline Vara, députée des Verts au Grand Conseil neuchâtelois, est d’être élue en octobre prochain au Conseil national. Son inexpérience politique n’en fait pas selon moi une représentante crédible de la gauche neuchâteloise unie à Berne, surtout après ses déclarations incendiaires contre le POP ce week-end dans ArcInfo.

L’expérience politique repose notamment sur deux qualités : savoir ménager ses alliés et maîtriser la mécanique électorale. En se mettant en « colère » contre le POP sur le projet socialiste de faire élire dès 2021 un parlement composé à parité de 50 femmes et 50 hommes, Céline Vara fait du chantage à son partenaire politique neuchâtelois depuis tant de décennies.

« Je ne comprends pas qu’ils s’opposent à ce projet. La question de la parité est centrale à nos yeux. Si le projet est refusé à cause d’eux, cela pourrait remettre en cause le projet l’apparentement conclu pour les élections fédérales et l’existence d’un groupe parlementaire commun au Grand Conseil. »

Pourtant l’argumentation popiste est bien ancrée à gauche. Elle repose d’abord sur deux principes républicains intangibles : l’égalité et la liberté. L’électeur souverain est libre de ses choix devant des candidats égaux dans leurs mérites. Les choix des citoyens seront d’ailleurs déjà diminués dans un certain sens dès 2021 puisqu’ils n’éliront plus leurs 100 députés par district mais dans une circonscription unique.

De plus, le POP a raison de sous-entendre que la discrimination positive, si elle doit se développer dans notre société, n’a pas à commencer par le haut mais par le bas: réduisons d’abord les inégalités salariales entre hommes et femmes, les discriminations à l’embauche et les violences faites aux femmes. En politique, commençons par défendre des quotas dans les partis en imposant progressivement un pourcentage défini de femmes sur les listes électorales. Crever le « plafond de verre » par l’introduction de la parité au parlement est non seulement peu libéral mais peu ou faussement social.

Certes, le projet de loi neuchâtelois ne serait valable que pendant trois législature pour voir le plafond de verre ainsi crevé. C’est du bricolage républicain comme l’est d’ailleurs le projet de pouvoir faire voter sur demande les jeunes de 16 ans. « Assurer pendant un certain temps – 2, 3 voire 4 législatures – une juste représentation des femmes permettra de lancer une dynamique positive et porteuse de succès à long terme. La limite dans le temps a deux objectifs : tout d’abord, répondre aux limites inhérentes de la discrimination positive qui demandent une proportionnalité de la mesure, et ensuite permettre le cas échéant une flexibilité dans le pourcentage – pourquoi pas enfin une majorité de femmes !  » Ce type de mesure appliqué par exemple  au Conseil des Etats dans le canton de Vaud ne permettrait pas à Adèle Thorens et Ada Marra d’être élues ensemble le 20 octobre 2019.

Pour des gens de gauche, le débat philosophique est donc passionnant et concerne, comme me l’a écrit Antoine Chollet, professeur de sciences politiques à l’université de Lausanne, les « entorses à l’égalité des voix dans un régime démocratique« , avec des arguments défendables de part et d’autre. En faire un combat est stupide !

Céline Vara monte donc sur ses grands chevaux plutôt que de tenter de construire une position cohérente avec le POP. De surcroît elle le menace, au nom peut-être des Verts, de ne pas s’apparenter avec lui pour les élections fédérales.

A-t-elle fait ses calculs ? Assurément peu puisque la meilleure chance des Verts de prendre le siège du POP est de s’apparenter avec lui !

En effet, si les Verts partent tout seuls, ils devront au moins récolter plus de suffrages que le bloc UDC ou le bloc Verts-Libéraux-PDC.

S’ils décident de ne s’apparenter qu’aux socialistes, ils devront avoir au moins la moitié plus un des suffrages du PS.

Ces deux cas de figure sont bien plus aléatoires que de faire partie du même bloc que le POP. Il suffira à l’un des deux de récolter plus de suffrages que l’autre pour conserver le siège occupé par Fernand Cuche, Francine John-Calame et Denis de la Reussille.

Ainsi, Céline Vara, dégage, dans son intervention publique de samedi dernier, un profil politique intempestif et peu rationnel qui la rend, selon moi, la moins adéquate des candidatEs vertEs et popistes pour représenter le canton de Neuchâtel à Berne.

 

La photo de Céline Vara est tirée du site de Canal Alpha : http://www.canalalpha.ch/actu/xavier-challandes-met-au-clou-ludc-pour-un-habit-vert/

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