Dix raisons d’aimer Liverpool, outre Anfield et les Beatles


Bien sûr qu’on aime Liverpool pour son glorieux stade de football, son entraîneur mythique ou son célèbre groupe pop. Mais existent dix autres bonnes raisons d’avoir cette ville à coeur, sur laquelle veille l’oiseau magique, le « Liver bird », dont les statues en bronze surplombent le bâtiment de la Royal Liver Insurance. La femelle regarde la Mersey et attend les marins, le mâle surveille que les pubs de la ville soient bien ouverts… Dans cet article, la rivière fera couler mes paragraphes jusqu’à un beau pub.

 1. La Mersey

Le long des anciens docks coule la Mersey dont l’estuaire, visible au loin, s’ouvre sur le monde.

Par la mer d’Irlande, on partait pour Amérique, l’Afrique et l’Asie. Poétiques sont les villes qui élargissent le regard et l’imaginaire.

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Ainsi sont Lisbonne avec le Tage ou Sanlucar de Barrameda, en Andalousie, avec le Guadalquivir.

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Christophe Colomb et Vasco de Gama s’y embarquèrent, les Lisboètes font du départ le thème de la saudade et les marchands liverpudliens, comme des millions d’émigrants, sont partis des quais où maintenant l’on flâne comme touristes. Notre imaginaire s’étend en conséquence également, à Liverpool, vers le passé que cette ville fut.

 

2. La République du peuple

Cette formule introduit une importante section du Museum of Liverpool, le musée d’histoire urbaine le plus réussi que je connaisse.

Six heures de visite ne sont pas suffisantes pour saisir l’esprit unique de cette ville. Le bâtiment inauguré en 2011 est l’icône du nouvel espace portuaire.

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A côté les ferrys traversent toujours la Mersey comme ils le font depuis 800 ans et juste en retrait s’érigent les Trois Grâces dont je parlerai plus bas. L’étage muséographique de la République du peuple est dédié aux gens qui ont fait et font Liverpool. La parole leur est donnée par des documents leur ayant appartenu ou des interviews. Archives de la mémoire ordinaire de combattants de la Première Guerre Mondiale, de féministes, de gens d’une même rue, de syndicalistes, d’ouvriers, de militants gays et j’en passe. Une vitrine est notamment consacrée à l’émigration et l’immigration comme l’avait si bien fait notre Musée d’histoire pour les Chaux-de-Fonniers expatriés ou arrivés chez nous (Ça bouge dans les Montagnes, deux siècles de migrations dans les Montagnes). Elle est tapissée d’une grande bannière rassemblant des morceaux brodés évoquant la nouvelle vie de ces gens, ce couple de Liverpudliens partis à Brisbane en 1950, cette dame chinoise arrivée dans les années vingt; ce sont leur passeport, certificats, lettres et objets fétiches qui nous en disent plus qu’un livre sur eux et leur ville.

 

3. Les trois Grâces

Déesses du charme, de la beauté et de la créativité dans l’Antiquité, les voici devenues trois bâtiments du front de mer, à côté du musée : le Royal Liver Building, ancienne compagnie d’assurances, le Cunard Building, compagnie maritime et le Port of Liverpool Building . Citons ici le texte de la reconnaissance Unesco :

« Situé à l’embouchure de la Mersey sur la mer d’Irlande, le Port marchand de Liverpool joua un rôle important dans l’essor de l’Empire britannique. Il devint le principal point de passage des mouvements migratoires, notamment des esclaves et des émigrants d’Europe du Nord vers l’Amérique. Liverpool fut la pionnière du développement de la technologie portuaire moderne, des systèmes de transport et de la gestion portuaire, et de la construction de bâtiments.

 Liverpool – Port marchand témoigne du rôle de Liverpool comme exemple suprême d’un port commercial à l’époque où la Grande-Bretagne était à l’apogée de son influence mondiale. Liverpool est devenu un port commercial majeur au XVIIIesiècle, crucial également à l’époque pour l’organisation du commerce transatlantique des esclaves. Au XIXe siècle, Liverpool devint un pôle marchand d’envergure mondiale pour les marchandises et l’émigration européenne de masse vers le Nouveau Monde. Il a eu une influence essentielle sur le commerce mondial, en tant qu’un des principaux ports du Commonwealth britannique. Ses techniques et constructions novatrices d’installations portuaires et d’entrepôts devinrent des références dans le monde entier. Liverpool joua également un rôle essentiel dans le développement de canaux industriels dans les Îles Britanniques au XVIIIe siècle, ainsi que dans celui des transports ferroviaires au XIXe siècle. »

Ces bâtiments résument à eux seuls la grandeur d’une ville qui a dû se reconvertir après le déclin économique des années septante. Devant eux, ce n’est plus le trafic incessant des bateaux et des dockers arrivant en train suspendu mais une zone touristique calme du XXIe siècle.

 

4. L’Overhead Railway

Il faut plus qu’ailleurs dans cette ville imaginer ce que les lieux qu’on parcourt étaient il y a cent ans. L’Overhead Railway dont le Musée de Liverpool expose un wagon était un chemin de fer suspendu qui reliait les extrémités des docks et permettaient ainsi le transport annuel de 17 millions de dockers, travailleurs du port et même touristes puisque le port de Liverpool parcouru en train suspendu était une attraction mondiale.

 

Aujourd’hui les bâtiments des docks, comme à Hambourg ou Londres, sont reconvertis en hôtels, appartements, bureaux et restaurants, le « Touristic Waterfront ».

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L’Overhead Railway fut démoli en 1956 et il ne nous reste plus au musée qu’à nous asseoir dans un wagon 3e classe à l’air libre de ce train qu’on surnommait le « Pneumonia Express ».

 

5. Edge Hill

Que diable aller photographier cette gare de la ligne Liverpool-Manchester, au nord du quartier populaire de Toxteth où eurent lieu des émeutes de protestation sociale dans les années 80 ?

Edge Hill fut la première gare ouverte au trafic voyageurs, avec un horaire régulier, de la ligne Liverpool-Manchester en 1836. Ces deux villes aujourd’hui rivales sportivement sont le parangon de la révolution industrielle moderne. Le coton récolté par des esclaves (Liverpool était une ville du triangle esclavagiste Afrique-Europe-Amérique) arrivait de l’Amérique à Liverpool, partait dans les manufactures de Manchester pour revenir en tissu au port et être exporté en Europe. Avec l’accroissement des marchandises, les routes et canaux ne suffisaient pas à assurer les transports et il fallait également que les marchands puissent aller rapidement d’une ville à l’autre. En soi, cette gare en brique est banale mais elle vaut le pèlerinage de l’amateur par son rôle testimonial, surtout quand on se met à la place d’un voyageur de 1836 qui entrait un peu plus loin dans un tunnel de un mile : le train roulait sous la vie trépidante de la ville. Expérience quelque peu terrifiante, alors, de la modernité technique.

 

6. Le scouser

Le scouse est l’accent propre aux habitants de Liverpool et, plus généralement, on parle d’un esprit scouser, fait d’humour sarcastique et de bonne humeur. Le footballeur Jamie Carragher interrogé dans cette vidéo n’est pas compréhensible sans sous-titres. « Back » se prononce « Bar » et « are you all right ? » se termine par un raclement de gorge. Le polyglotte amateur ne peut que se réjouir des accents typiques des lieux qu’il visite. Il ne comprendra au départ pas grand-chose à la saveur des paroles mais sera sensible à la remarque d’un serveur, d’un douanier, d’une caissière de supermarché. A Liverpool comme à La Chaux-de-Fonds, l’autre est bien accueilli sans cérémonie.

 

7. Southport

Rien de pire de séjourner dans une ville sans aller voir les environs, débarrassés des touristes. Liverpool la maritime n’a certes pas de plage mais à trente kilomètres au nord, c’est Southport, ses fish and chips familiaux, ses attractions foraines, ses pubs retransmettant les matchs de la Premier League des chaînes payantes et surtout sa jetée, la deuxième plus longue des Îles britanniques.

Cheminer jusqu’au bout de la jetée, sentir la bise glaciale, voir la mer d’Irlande au loin et marcher sur le sable de la marée basse : expérience autant choyée par les autochtones que par des Jurassiens terriens, expérience des éléments dans leur simplicité.

 

8. Smithdown Road

Dans l’étage « La République du peuple » du Musée de Liverpool, toute une section est consacrée aux commerces d’une rue populaire, Smithdown Road. Pourquoi alors, en ce jour de février, ne pas l’arpenter en vrai ? La voici sur cette photo dans les couleurs urbaines typiques des enseignes britanniques.

La rue a sa vie, sa page internet  dans le journal local, l’Echo, et, assurément sa précarité, menacée par la récente ouverture d’un supermarché Asda. Le Smithdown Road Festival du 5 au 7 mai m’a l’air du meilleur aloi pendant ce long week end de Bank Holiday.

 

9. The Monro

C’était le nom du premier bateau qui fit la traversée Liverpool-New York et c’est le nom d’un gastro-pub de la Duke Street.

En hiver, un vrai feu dans la cheminée,

en été un « beer garden », des prix bas, un décor raffiné dans cette maison du XVIIIe siècle d’un ancien marchand. Depuis la fin des années 90 se développe en Grande-Bretagne ces gastro-pubs. Décor décontracté d’un pub traditionnel mais sans les machines à sous et la musique, bonnes ales et bons vins au verre, belles cartes de whiskys, gins et rhums et, surtout, cuisine « maison » avec des produits anglais frais. En exemple, cet agneau rôti, à la saveur introuvable sur le continent (odeur de mouton pour certains Suisses insipides), kale, le chou-plume à la mode et purée de pommes de terre à l’ail.

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Et comme on avait commencé ce repas avec un gin tonic, on va finir cet article avec le gin de Liverpool.

 

10. Liverpool Gin

Qu’est-ce qu’un gin, alcool mésestimé chez nous, réduit à servir d’appoint à des cocktails qui ruinent son originalité ? C’est une eau de vie obtenue en fermentant du blé, du seigle, de l’orge maltée ou encore du maïs. Avec l’ajout de grains et de baies de genévriers, cette boisson obtient son arôme qui le différencie de toute autre eau de vie. Certains fabricants de gin rajoutent d’autres herbes (jusqu’à vingt-deux dans le gin de l’île d’Islay en Ecosse) qui, à leur tour, vont aussi apporter plus de parfum et de saveur au résultat final .

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Le Liverpool Gin est un produit artisanal qu’on trouve facilement sur place pour 45 livres, un peu moins à l’aéroport. Il est fin et subtil avec des arômes de citron, d’oranges de coriandre, d’angélique et de baies de genièvre. A boire sans rien d’autre, comme une eau-de-vie classique. Ou alors, comme au Monro, en gin tonic.

 

Tonique comme Liverpool, son Liver Bird haut perché, sa Mersey qui s’ouvre au monde et ses scousers

… et son stade, Anfield,

 

et John Lennon…

4 commentaires

  1. Merci à toi Daniel pour ce magnifique article dans ce Liverpool qui est un peu ma ville d’adoption. Tu as tellement bien décrit cette atmosphère que l’on ne trouve rarement ailleurs.
    Tous mes amis scousers apprécieront.

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