12 activités loin du surtourisme à Séville


Depuis la fin du 20e siècle, le tourisme à Séville a beaucoup changé la manière d’y vivre et d’y apprécier son charme. Cet article propose 12 activités, apôtres de l’authenticité, de la douceur et de l’émotion, loin des hordes de gens qui ne savent plus ni contempler, ni déguster ni méditer. Il est dédié aux futurs amoureux de Séville qui ne la connaissent pas encore.

1. Entrer dans un corral de vecinos au Corral del Conde

    Le Corral del Conde (la « Cour du Comte ») est un édifice unique du 16e siècle situé près de la Casa de Pilatos. En 1575, il tenait lieu d’écurie et de lieu d’habitation pour les employés d’un comte qui avait son palais tout près. Placé au centre de Séville, catalogué au « Patrimoine Historique Culturel », il s’agit d’une cour ancienne de voisins (corral de vecinos)que l’enchantement de notre époque conserve intact, en en gardant les caractéristiques : une cour centrale pavée, une fontaine, un lavoir, des galeries en bois, un four à pain, une chapelle

    C’est un lieu tranquille et silencieux dans lequel la végétation est une grande actrice. Les plantes et les fleurs s’emparent de l’environnement en favorisant un climat de détente et de repos sans égal : un oasis au centre de Séville, un « cloître laïc », comme je l’ai surnommé.

    C’est là que j’ai passé au moins 250 jours de ma vie depuis octobre 2008, dans des petits appartements meublés.

    Le lieu est exceptionnellement ouvert au public, 27, calle Santiago, le mercredi de 10 h à 13 heures.

    2. Visiter une église d’un baroque total à la chapelle de l’hôpital de la Charité

    La décoration de la chapelle Saint-Georges de la confrérie de la Sainte Charité a été souhaitée et coordonnée au 17e siècle par un noble sévillan, Miguel Mañara. Il se retira de la vie mondaine pour se consacrer à la charité et le programme iconographique de la chapelle, aujourd’hui celle d’un asile de personnes âgées, reflète son idéal. Il invite à la pratique des sept œuvres de miséricorde (aider les malades, enterrer les morts, accueillir les sans-abris, donner à manger et à boire aux indigents, vêtir ceux qui sont nus, visiter les prisonniers). La pratique de la charité amènera ainsi au salut de l’âme et à la vie éternelle auprès du Christ mort pour les hommes. Un Christ dont le retable de la chapelle, le plus beau de l’Espagne baroque, célèbre la grandeur dans sa mort même. Mañara justifie d’ailleurs sa vie austère par la grandeur artistique nécessaire à la gloire de Dieu.

    C’est dans ce contexte que Murillo, au faîte de sa réputation et de son talent, est amené à peindre des scènes bibliques illustrant ces sept œuvres. Deux grands tableaux allongés évoquent l’aide aux assoiffés et aux affamés. Ils se font face dans la chapelle.


     3. Acheter des douceurs au couvent Santa Paula

    Il existe encore aujourd’hui à Séville, la cité la plus catholique du monde après Rome, quatre-vingts couvents et monastères dont seize sont dits de « clôture », à savoir que les religieuses y vivent cloîtrées, sans contact avec le monde extérieur. Les laïcs peuvent y assister à la messe dominicale en compagnie des nonnes séparées de l’église par une grille. Certains de ces couvents sont pourvoyeurs de délices coupables. Ainsi le Couvent Santa Paula est spécialisé dans la fabrication de confitures. Sa gelée aux fleurs d’oranger et ses poivrons rouges entiers confits au sucre n’ont rien à voir avec la rigueur de la vie monastique. Et le jardin arborisé et fleuri est un délice aussi.

    Ouvert tous les matins.

    4. Se sentir petit devant des arbres aux jardins de Murillo

    Séville compte des arbres singuliers, qui sont de véritables monuments naturels ne déméritant pas en regard des bâtiments artistiques, archéologiques ou historiques à haute valeur patrimoniale. 

    Le ficus de 42 mètres, au début des jardins, en côtoie d’autres de la même puissance. Sa croissance vigoureuse et sa taille gigantesque indiquent qu’il s’agit un arbre très ancien, comme d’autres de ses congénères. Compte tenu des dates auxquelles les jardins de Murillo ont été aménagés, ces majestueux spécimens ont dû être plantés dans les années 1911-12. En raison de leur situation dans une zone touristique, ils sont parmi les plus admirés de la ville. Il est urgent de protéger leurs racines, qui ont été endommagées par le piétinement constant lors de prises de photos. C’est pourquoi il est interdit de pénétrer dans le périmètre qui leur est réservé.

    L’eucalyptus El Gran Capitán se trouve à l’extrémité sud-ouest des jardins de Murillo. Planté en 1930, notre grand capitaine a eu la chance que sa structure n’ait pas été modifiée par un élagage malheureux, même si, certains jours de coup de vent, quelques branches ont également été cassées. Le spécimen se dresse seul dans une partie du jardin, montrant sa forme caractéristique.

    5. Dîner dans un restaurant à Yebra, rue de la Medalla Milagrosa

    Ce restaurant moderne tenu par une famille ne paie pas de mine à l’extérieur, dans la rue de la Médaille Miraculeuse. Et des médailles, il en récolte, avec des miracles d’invention dans les plats. Les serveurs sont aux petits soins des clients. J’y ai notamment mangé la meilleure assiette de friture de poissons de ma vie, le fameux pescaito frito cher aux Andalous. Pareille fraîcheur a un prix et renvoie aux enfers les affreuses horreurs grasses et sans goût qu’on nous sert trop souvent dans ce type de plat.

    L’acedia est une sorte de petite sole à la chair nacrée et puissamment iodée. La pijota a plus d’arêtes et est moins fine et plus ferme. Ces deux petits poissons andalous côtoient des rougets (salmonetes) puissants de goût, presque fumés avec leur foie si typique. Les anchois frais, boquerones, très onctueux en bouche, se mangent entiers et les puntillitas, des petits calamars fondants, s’avalent tout seuls.

    Fermé le dimanche soir et le lundi.

    6. Admirer un Christ crucifié en bois, le Christ de l’Amour, à l’église du Salvador

    Juan de Mesa y Velasco (1583-1627) est le sculpteur du baroque sévillan. Il est l’auteur de nombreuses statues de Christ qui sortent en procession pendant la Semaine Sainte de Séville. Les effigies processionnelles constituent l’essentiel de son œuvre et font encore aujourd’hui l’objet d’une grande dévotion, tant dans les chapelles que pendant les processions de la Semaine Sainte. De ces statues en bois parmi les plus belles de tout l’art espagnol se détache notamment le Cristo del Amor. Les bras tendus de l’Amor sont une concentration expressive et poétique de Dieu fait homme, le Sauveur.

    Entrée gratuite chaque soir pour le messe de 20 h. La statue se trouve à droite du choeur en entrant.

    7. Manger une pringa dans un bar, à la Bodeguita Romero

    Dans le quartier touristique (sachez-le) de l’Arenal se trouve la Bodeguita Romero dont on admire la forme triangulaire du bar, qui facilite le service et crée une atmosphère particulière comme au théâtre. Tous les classiques des tapas sevillanas sont à la carte. L’incontournable pringa est une étouffée de viande de poule, porc et boudin servie entre deux miches de pain blanc chaudes (3,20 euros en 2024). Revigorant au printemps quand la pluie et le froid atteignent habituellement l’Andalousie.

    Calle Harinas, fermé le dimanche et le lundi.

    8. Méditer devant une peinture, la Virgen de la Servilleta de Murillo, au musée des Beaux-Arts

    Murillo, le plus grand peintre qui ait vécu à Séville y travailla toute sa vie. Il peint ce que je nommerais les tissus des sentiments : ses vierges sont des mères qui enveloppent leur fils dans des bandes ou des serviettes La toile du peintre – même tissu de lin que la servilleta ? – enveloppe aussi le spectateur dans une scène rassurante, protectrice. Pour Murillo, la peinture a une fonction maternelle : susciter une piété filiale car ses premiers spectateurs sont des gens simples empreints d’une foi populaire.

    Fermé le lundi.

    9. Se promener dans les jardins d’un palais urbain au Palacio de las Dueñas

    La résidence sévillane des ducs et duchesses d’Alba est l’un des bijoux de Séville. L’importance architectonique de ce bâtiment, exemple de l’architecture nobiliaire sévillane, se trouve à la jonction des styles gothique et mudéjar. L’attraction principale des Dueñas est la combinaison entre la majesté du bâtiment, avec ses patios et jardins et sa collection de peintures, sculptures, tapis, meubles et objets anciens. Antonio Machado Álvarez, père du célèbre poète Antonio Machado, né aux Dueñas en 1875, était l’un des administrateurs de la propriété des Dueñas.

    Ouvert tous les jours.

    10. Manger une friture de poisson à Triana à la Freiduría y Marisqueria Bahía

    Dans le quartier de Triana, on trouvera plusieurs commerces qui servent des poissons frits sur le pouce. La Freiduría y Marisqueria Bahía se réfère à la baie de Cadix d’où proviennent ses poissons. On les commande au bar et ils arrivent frits quelques minutes plus tard. On les avale dehors ou à l’intérieur avec une bière Cruzcampo bien fraîche. Les petits rougets (salmonetes) se mangent entiers, avec les arêtes et le foie. Rien de meilleur en Andalousie. Mais la fraîcheur du poisson doit être absolue.

    Calle Genova, fermé le lundi.

    11. Sentir les fleurs d’oranger sur la place San Leandro

    Comment exprimer jusqu’au bout du possible des mots la sensation qui envahit de jour en jour Séville depuis mi-mars, qui transcende les gaz d’échappement dans les carrefours et saisit les narines sur la place San Leandr où souffle une brise du levant ?

    Comment rendre compte le plus objectivement possible des caractéristiques olfactives de l’azahar, la fleur d’oranger, pour en donner une idée à ceux qui n’ont jamais mis les pieds au printemps à Séville ? Apaisante, suave, entêtante, sédative, intensément florale, lourde, chaude, riche et durable, ce sont encore des mots-images. 

    La place San Leandro, devant l’église du couvent du même nom, autour d’un ficus microcarpia célèbre et de la fontaine du Canard (pato)où se baignent les pigeons, est ineffable de beauté au printemps avec ses vigoureux orangers. Deux bars populaires y ont aussi leurs terrasses.

    12. Se recueillir devant une statue de la Vierge, la Soledad, à l’Eglise San Lorenzo

    L’église San Lorenzo se trouve à côté de la basilique du Gran Poder, le Seigneur de Séville. Cette photo y a été prise lors du baise-main d’une des plus anciennes Vierges de Séville, la Soledad de San Lorenzo (fin XVIe siècle) avec le paso de laquelle se clôt la Semaine Sainte le samedi de Pâques. Seule devant la croix d’où pend un linceul blanc, la Vierge de la Solitude médite sur la mort du fils aimé.

    Ce vendredi-là avant le dimanche des Rameaux 2009, la jeune femme dans l’église, outre qu’elle nettoie la main de la Vierge après chaque baise-main, est en communication spirituelle avec son ancêtre.

    Pure Sévillane, elle incarne la lignée des belles jeunes femmes, réelles ou imagées : les sculptures seraient nées à la vue des visages, les visages paraîtraient aujourd’hui des effigies.

    Ouvert gratuitement tous les jours.
     


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