Juan de Mesa, le sculpteur de la douleur


Juan de Mesa y Velasco (1583-1627) est le sculpteur du baroque sévillan. Il est l’auteur de nombreuses statues de Christ qui sortent en procession pendant la Semaine Sainte de Séville. Né en 1583 à Cordoue – comme notre cher écrivain contemporain Antonio Muñoz Molina, il intègre en 1606 l’atelier de Juan Martínez Montañés, l’autre très grand sculpteur sévillan, auteur notamment du Christ de la Passion, ci-dessous reproduit.

Ses sculptures se caractérisent par un grand réalisme qui est le résultat d’un long travail d’observation de personnes et de cadavres, ce qui lui a permis de reproduire le plus fidèlement possible l’anatomie humaine. Précisément à cette époque, le programme esthétique de l’Église catholique consistait en une reproduction fidèle des figures humaines pour rendre les images saintes plus proche des fidèles, renforçant ainsi leur dévotion. Sa prédilection pour les effigies de la Passion lui a valu le surnom d’Imaginero del dolor (le sculpteur de la douleur).

Les effigies processionelles constituent l’essentiel de son œuvre et font encore aujourd’hui l’objet d’une grande dévotion, tant dans les chapelles que pendant les processions de la Semaine Sainte. De ces statues en bois parmi les plus belles de tout l’art espagnol. se détachent le Cristo del Amor,  le très célèbre Jesus del Gran Poder et notre Cristo de la Buena Muerte. Les bras tendus de l’Amor ou le serpent-couronne d’épines du Gran Poder sont une concentration expressive et poétique de Dieu fait homme, le Sauveur.

Le Christ de la Bonne Mort, exposé en permanence dans la Chapelle de l’Université, était destiné à recevoir un culte dans l’église principale des Jésuites à Séville. La réussite la plus suggestive de l’œuvre réside dans l’interprétation de la tête. Celle-ci, dépourvue de la couronne d’épines que Mesa avait l’habitude de tailler dans le même bloc crânien, réfléchit toute la douceur et toute la poésie imaginables. Le moment représenté est l’instant précis du décès. Le corps sans vie pend aux clous qui percent ses mains. Le laisser-aller cadavérique contraste avec le clair-obscur accusé des plis tordus du suaire.

Le paso de ce Christ, en acajou et recouvert d’iris violets, passe le mardi Saint devant la cathédrale avant de traverser l’arc du Postigo. Ce grand moment symbolique de la Semaine Sainte de Séville est empli du duende andalou : cet emportement de l’esprit sous l’effet de la magie des sens. Pure ivresse poétique…

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