Les salles de classe du lycée Blaise-Cendrars ne peuvent accueillir 28 élèves


Inauguré en 1971, le lycée Blaise-Cendrars, anciennement Gymnase cantonal, a été construit avec des salles de classe adaptées à 20 élèves. A la rentrée 2018, certaines classes de 1ère année ont 27 ou 28 élèves.

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Du côté sud les 15 classes des 1er-2e et 3e étages s’ouvrent devant l’incomparable paysage de la ville inscrite dans la vallée jurassienne. Du Chasseral à Tête-de-Ran. la ligne de crête guide les professeurs et les élèves dans la sérénité de la transmission du savoir : calme, luxe et volupté dans une invitation perpétuelle au voyage de l’esprit. Il est pour moi émouvant d’avoir inauguré le Gymnase en 1971 dans cette salle 513 – lieu de la prise de cette photo panoramique – où j’ai donné mon dernier cours fin juin 2018.

Quel insoutenable paradoxe de réaliser que certaines de ces salles adaptées pour 20 élèves accueillent, je ne sais comment, jusqu’à 28 élèves serrés comme des harengs en caque.

Le département de l’éducation a ordonné aux trois lycées cantonaux de faire cette année encore des économies et avoir une moyenne de 23 élèves par classe. Ce chiffre inimaginable dans les années 70 est maintenant monnaie courante dans les cantons et on nous sortira peut-être des chiffres valaisans, lucernois ou autre plus élevés. Comparaison n’est pas raison pour des motifs expliqués plus bas. Et ce n’est pas le subit rétro-pédalage du gouvernement aujourd’hui 30 août qui changera les moyennes au lycée.

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Environ 230 élèves inscrits en 1ère  années se répartissent dès août 2018 en 9 classes avec une moyenne arithmétique de 26.

L’impensable il y a encore quelques années où 24 était une barrière taboue à ne pas franchir est donc effectif depuis le 27 août Ses causes sont à décrypter, ses conséquences à poser et les remèdes pour l’affronter à évoquer.

La cause de cette décision cantonale, non négociable par les directions, n’est pas seulement financière. Avec 25 classes et une moyenne de 23,12 élèves, on économise 250 »000 à 300’000 francs par rapport à 26 classes et 22,39 élèves en moyenne. Elle repose selon moi sur une stratégie non avouée de valoriser la formation duale en emploi et de baisser le nombre de NeuchâteloisEs obtenant une maturité gymnasiale.

Les conséquences sur les élèves de 1ère année seront énormes car pour la première fois sont entrés au lycée des jeunes ayant étrenné la formation secondaire dans des classes à niveau. Les classes seront très hétérogènes :  dans quelques disciplines comme les mathématiques, l’allemand, le français ou l’anglais, certains n’auront suivi que le niveau 1, ce qui équivalait auparavant au programme des classes de préprofessionnelle. Des cours de soutien leur seront certes offerts en maths et allemand mais la crainte est qu’ils soient vite laminés par les exigences. L’année 2017-2018, 30% des élèves ayant commencé en août 2017 sont partis en cours d’année ou ont échoué.

Plus grave est. à long terme, le niveau de de compétences des étudiants qui auront travaillé dans des classes nombreuses. Elles ne facilitent pas l’interactivité, le suivi personnalisé, même l’atmosphère du travail. Des statistiques fédérales mesurent le taux de réussite en 1ère année d’université de tous les étudiants suisses par canton. Des chiffres préoccupants émanant des écoles polytechniques circulent et le canton de Neuchâtel est en point de mire de la commission fédérale de maturité. Avec ses trois ans de formation gymnasiale (quatre en Valais, à Fribourg, Genève, Zurich notamment) et une 11e année avec des classes de niveau 1 permettant l’accès au lycée, nous sommes à la frange de l’illégalité.

Les remèdes à cette dérive sont d’abord politiques et consistent à donner, dans notre canton, plus de moyens à l’école obligatoire et aux lycées, à combattre la course à la concurrence fiscale qui pousse les cantons à baisser les impôts. Il faut très vite abandonner le fantasme d’un nouveau bâtiment pour la faculté des lettres.

Ils sont ensuite citoyens, dans la prise de conscience que l’avenir d’une collectivité publique, commune ou canton, passe la qualité de sa formation et les efforts fiscaux qu’on est prêt y à faire. Surtout dans un petit canton comme le nôtre où le revenu disponible est très satisfaisant par rapport à d’autres cantons.

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Tiré du livre de Jean-Pierre Bregnard, Expressions du monde, 2017

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