Le département de l’éducation stigmatise les élèves des classes terminales


Un important conflit est en train de naître entres les directions des écoles obligatoires, singulièrement celle de La Chaux-de-Fonds, et le département de l’Education, en l’occurrence sa responsable Monika Maire-Hefti et son chef de l’enseignement obligatoire. L’objet de la discorde porte sur la nécessité ou non de continuer d’avoir des classes de terminales ou FS (formation spécialisée).

C’est une lecture attentive de la presse locale et des réseaux sociaux lors de la rentrée scolaire qui m’a interpellé. Le département de l’Éducation fait preuve d’une vision idéologique bornée sur le rôle des classes terminales. Dégagé du devoir de réserve auquel j’ai été tenu jusqu’à fin août 2018, je peux maintenant exprimer un point de vue libre et critique comme je l’ai fait sur les classes de 27-28 élèves au lycée Blaise-Cendrars.

A partir d’une étude effectuée pour l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) à Lausanne sur le lien entre violence et inégalités sociales, le département considère que « les résultats de l’enquête par voie scolaire mettent en évidence une plus forte exposition à la violence et au harcèlement des jeunes des classes terminales (TE) que des jeunes des autres sections. Le taux de victimes de violences ainsi que la proportion de jeunes se déclarant auteur-e-s d’actes violents sont plus importants au sein des classes terminales, quel que soit l’acte considéré, que pour les autres voies scolaires. Ces données mettent en exergue une vulnérabilité liée à l’environnement dans lequel évoluent les jeunes et l’importance de tenir compte, dans l’analyse de la violence, du contexte social de vie de ces derniers. Face à ces résultats, le DEF souhaite porter une attention particulière aux élèves des classes TE et à leur intégration en ajustant les actions de prévention en fonction de la voie scolaire. D’autre part, le regroupement, dans une même classe, des élèves présentant des difficultés augmente le risque de survenue de comportements problématiques et affecte leur bien-être..  »

Autrement dit, le département fonctionne selon les présupposés suivants qui guident son action d’une manière que je considère comme étroite et constipée, bien peu « libérale » :

  • Les classes terminales posent des problèmes en soi, notamment de violence;
  • Leur existence ne se justifierait plus car leurs élèves doivent être, par souci d’égalité et de « prévention » (de la violence ?) , être intégrés dans les classes régulières.

C’est une vision idéologique digne de la droite la plus dogmatique qui ne fait pas le lien entre ces classes et la provenance socio-économique et culturelle de leurs élèves. Pour la département, le « contexte de vie »  de ces jeunes se limite à l’espace de la classe. Il ne voit pas que des situations sociales problématiques sont propres à notre canton, davantage encore dans une ville comme La Chaux-de-Fonds. Proportionnellement au reste de la Suisse, nombre de familles sont monoparentales, le niveau d’éducation ainsi que les conditions économiques et professionelles des parents sont plus bas :  voilà les principales causes de comportements problématiques ou de mal-être de ces enfants.

Le communiqué du département, probablement pas rédigé du tout par Madame Maire-Hefti, fait une interprétation biaisée de l’étude lausannoise ainsi que de la réalité même : elle est, il faut le dire clairement, très orientée à droite.

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A gauche de l’image (capturée sur le communiqué officiel), le chef de service de l’enseignement obligatoire, Jean-Claude Marguet aàcôté de la Conseillère d’État Monika Maire-Hefti

 

En effet la droite classique déteste expliquer les différences sociales par des déterminations socio-culturelles. Elle pense, à la limite, que c’est aux jeunes élèves en difficulté à se positionner librement et de manière responsable dans leurs classes. Elle considère que l’Etat doit économiser dans les aides sociales de toutes sortes.

Les élèves actuellement scolarisés dans les classes terminales du canton ont besoin au contraire d’un soutien spécifique pour leur intégration dans la société et dans l’espace scolaire : c’est justement le rôle des classes terminales. La conséquence de cette conception du département finit par être une stigmatisation de ces élèves ainsi que de leurs enseignants. Ceux-ci sont inutiles et ceux-là doivent être remis dans la bonne voie.

Cette conception du département se révèle également être coupée du réel puisque, justement, ces classes de terminales permettent à ces élèves de mieux trouver leurs repères que noyés dans la masse d’une classe FR (formation régulière). Tant les élèves concernés que les enseignants peuvent témoigner des bienfaits de l’existence de classes terminales à petits effectifs. Jamais l’étude de l’IUMSP ne préconise la fermeture de classes terminales ou le lien de cause à effet entre l’existence de ces classes et un degré plus élevé de violence parmi leurs élèves.

Le département confond donc l’école avec l’armée et la prison. A l’école de recrues, tout le monde fait les mêmes exercices et dort dans la même chambrée, chacun s’adapte aux règles de l’institution, d’où qu’il vienne. Dans une prison, les délinquants qui se côtoient formeraient un microcosme social générateur de violence potentielle. Nous voilà en face d’insupportables sous-entendus de ghettoïsation dans un canton où, sauf erreur de ma part, ce n’est pas la droite dure, militaire et matonne, qui tient le gouvernement et le parlement.

Au contraire, le rôle d’une école cantonale juste, ouverte, sociale, bienveillante et prévenante est de continuer à offrir des conditions particulières à des élèves défavorisés plus exposés que d’autres à la précarité.

A La Chaux-de-Fonds, lors de cette rentrée scolaire, il existe 16 classes pour 164 élèves (6 d’entre elles se trouvent aux Forges), soit de petits effectifs. Évidemment qu’ils coûtent trop cher, j’imagine, à l’État. La gauche chaux-de-fonnière, elle, juge ces dépenses supplémentaires justifiées pour sa ville et sera prête à aller davantage au front s’il le faut.

En annexe ci-dessous, la capture d’écran de la prise de position publique du conseiller communal de La Chaux-de-Fonds, Théo Bregnard, dont le post a été partagé et commenté par Fabrice Demarle, un des trois directeurs de l’École obligatoire.

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A noter que le conseiller national Jacques-André Maire, ancien cadre du Département de l’Éducation, a « liké » ce post…

 

post de TB

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