Notre Alma mater se prend pour Danaé


Notre Université de Neuchâtel, Alma mater sans culottes mais avec culot, mouille de désir pour une nouvelle faculté des lettres près de ses rives et de son lac. Excitée par la mythologie, elle se prend pour Danaé, fécondée par Zeus métamorphosé en pièces d’or. C’est un plan insoutenable, mijoté dans des alcôves coupées de la réalité sociale neuchâteloise.

 

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Titien, Danaé, 1540, Musée de Capodimonte, Naples

 

Avec sa barbe et sa stature placide, Didier Berberat, Président du Conseil de l’Université, ferait un gentil Zeus dans le cortège fleuri de la Fête des Vendanges, surtout quand il passe avenue du 1er-Mars. Qu’il le sache pourtant ainsi que le Conseil général de Neuchâtel et les députés du parti du lac et des rives : le seul érecteur souverain sera le peuple qui pourrait faire avorter tout embryon de cet investissement à 60 millions, certes très éventuellement soutenu en partie par la Confédération pour 17 millions, insoutenable cependant pour notre canton :

  • Il inverserait les priorités dans la formation : l’école obligatoire neuchâteloise doit venir avant l’université. Exsangue sous l’effet de réformes boîteuses et de coupes budgétaires qui affectent le quotidien des enseignants et péjorent les conditions de formation des enfants, c’est elle qu’il faut ramener à la vie, au plaisir de la fréquenter.
  • Il déséquilibrerait encore davantage la proportion entre les investissements consentis dans le Bas par rapport aux Montagnes.
  • Il contredirait la fermeture de la Haute Ecole de Musique pour des questions d’économie.
  • Il augmenterait notablement les charges de fonctionnement de l’Etat (frais d’amortissement et d’augmentation du personnel d’entretien).

Madame et Messieurs la Conseillère d’Etat, le Président et le Recteur de l’Université, le référendum sera lancé l’éventuel premier jour après que le Grand Conseil aurait voté une large partie de ce crédit (h)ubuesque.

Et les Montagnes, comme Artémis surprise toute nue par Actéon, banderont leur arc et prépareront leur meute pour vous mettre en pièces.

Car non seulement votre plan est exhibitionniste mais il est aussi voyeur : pendant que vous jouiriez au grand jour, vous en redemanderiez un bon coup en nous mâtant tout nus, dépouillés à cause de vos fantasmes.

 

 

Artémis (la Diane des Romains), la soeur d’Apollon, est la déesse chasseresse. Ce sont les cyclopes qui lui offrirent son arc d’argent et un carquois. Généralement, elle se déplace avec une meute de chiens. Un jour, Actéon, petit-fils d’Apollon, élevé par le centaure Chiron qui lui apprit l’art de la chasse, la surprit, tout à fait par hasard, en train de se baigner nue. Ce voyeurisme involontaire lui coûtera cher : afin qu’il ne puisse jamais s’en vanter, Artémis le changea en cerf et le fit mettre en pièces par sa meute de chiens.

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Article d’Arcinfo du vendredi de l’Ascension

Croisade en faveur de l’Université de Neuchâtel

par Frédéric Mérat

11.05.18, 10:30

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La pression monte en faveur d’un agrandissement de la faculté des lettres. Ce projet devra franchir deux obstacles: l’austérité dans les dépenses cantonales neuchâteloises et la revendication d’investissements dans le Haut.

Les étudiants que nous avons rencontrés cette semaine sur place n’en ont pas entendu parler. Pourtant, un projet d’agrandissement de leur université sur les Jeunes-Rives, à Neuchâtel, pourrait ressortir prochainement des tiroirs.

Si elle se dessine au Grand Conseil, la mobilisation est déjà entière au sein des autorités de la capitale cantonale. Celles-ci demandent de relancer rapidement « UniLac 2 » ou « UniHub », noms de code du projet d’agrandissement de la faculté des lettres et sciences humaines.

 

MENACE ET PRESSION À LA SUBVENTION

Une résolution a été adoptée lundi soir à l’unanimité par le Conseil général de Neuchâtel. Ce signal tombe tandis que le Conseil d’Etat et l’Université négocient le « mandat d’objectifs » pour les quatre prochaines années. Il doit en principe être soumis au Grand Conseil à l’automne.

« Une menace plane », explique Romain Dubois, secrétaire général de la Fédération des étudiants neuchâtelois (Fen). Selon des rumeurs, le gouvernement pourrait refuser d’inscrire le projet UniLac 2 dans le document qui fixe les objectifs de l’Université.

Saluée par la Fen, la résolution communale met la pression: si le projet, estimé à 60 millions de francs, ne sort pas vite de terre, une subvention fédérale de 17 millions pourrait passer à la trappe.

ECHELLE DE PRIORITÉS

« Le projet était en priorité 1 avant de passer en priorité 3. L’intervention de la conseillère d’Etat en charge de l’éducation a permis de le remonter en priorité 1 », explique Anne-Françoise Loup, conseillère communale à Neuchâtel. « Il faut présenter un projet à fin 2019 pour ne pas risquer de perdre la subvention, d’après le Conseil d’Etat et le rectorat. » Les deux instances refusent de nous en dire plus à ce stade.

Du côté de Berne, le ton est mesuré. Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri) précise que le projet Unilac 2 est sur la liste des priorités à financer entre 2017 et 2020. Il y figurait d’ailleurs déjà pour la période quadriennale précédente. Le Sefri ajoute: « En principe, il n’y a pas de date d’échéance pour profiter de cette subvention. »

RECETTES EN VUE

« Nous n’avons pas toutes les informations », relève Alexandre Brodard, chef du groupe libéral-radical au législatif de Neuchâtel. Mais, dans le doute, « il ne faut pas laisser passer cette occasion pour l’avenir de l’Université et du canton ».

Ce dernier peut-il se permettre de soutenir financièrement un tel projet, alors même que les économies n’épargnent pas l’Alma mater? « L’Université, c’est important. Et il s’agit d’un investissement, pas d’une dépense courante », selon Alexandre Brodard.

« Il y a un enjeu de développement, avec de nouvelles recettes à la clé », souligne pour sa part Fabio Bongiovanni, président du Conseil communal et député libéral-radical. « En s’agrandissant, l’Université pourra attirer des étudiants étrangers et hors canton, qui rapportent. »

Quant au financement du projet, l’Université pourra en assurer une partie en vendant un ou plusieurs bâtiments. Il est à nouveau question du magnifique bâtiment qui abritait le rectorat. De potentiels acheteurs seraient intéressés.

COMPLÉMENT AU PROJET RING

Une participation financière de la Ville de Neuchâtel à UniLac 2 n’est pas exclue. « Il faut d’abord savoir jusqu’où le politique va déterminer le programme de ce projet, car l’Université a son autonomie », note Anne-Françoise Loup, conseillère communale.

UniLac 2 est par ailleurs jugé « complémentaire » au futur réaménagement des Jeunes-Rives. D’autant plus que le projet initial de l’Université envisageait un parking enterré, selon Anne-Françoise Loup.

Cela retirerait une épine du pied de la Ville, en offrant une compensation à la suppression, contestée, du parking des Jeunes-Rives. Il est toujours prévu que le Conseil général se penche en détail sur le projet Ring en début d’année prochaine.

 

Convaincre le Haut

Désormais, la partie se joue devant le Grand Conseil. Une interpellation interpartis demandera au Conseil d’Etat de se positionner. Dans les rangs du parlement, les élus des Montagnes ne sont pas forcément acquis à la cause. »Il faudra démontrer le besoin d’un tel investissement », prévient Théo Huguenin-Elie, député socialiste. Egalement conseiller communal à La Chaux-de-Fonds, il souligne la nécessité de « créer un espace cantonal unique en termes d’investissements ». Car les dernières dépenses importantes, comme Microcity, ont eu lieu sur le Littoral.

Attentes diverses

Au législatif de la Métropole horlogère, une motion demande le déménagement de chaires ou d’instituts là où devait s’ériger l’hôtel judiciaire, refusé par le peuple. Si on le convainc que cela pourrait nuire à l’Université, ce dont il doute, Théo Huguenin-Elie pourrait « soutenir une construction sur les Jeunes-Rives ».

« L’Université est malheureusement assez absente des Montagnes », constate l’élu. « Sa présence doit être renforcée autour de l’urbanisme, des musées ou des archives. »

« Le rectorat réfléchit à une présence accrue de l’Université dans le Haut », note Didier Berberat, président du Conseil de l’université. L’Alma mater a des besoins: une aula, car « celle des Jeunes-Rives est surroccupée », des salles de cours pour les lettres et sciences humaines ou encore des salles de sport.

 

LONGUE HISTOIRE SUR LES JEUNES-RIVES 
Les archives d’ArcInfo, documentent les problèmes que rencontrait la faculté des lettres il y a cinquante ans. Son doyen de l’époque, Louis-Edouard Roulet, juge indispensable un premier bâtiment sur les Jeunes-Rives en 1972. Onze ans plus tard, rien n’est sorti de terre. L’Université compte alors près de 2000 étudiants. Même si elle doit déjà « faire avec les restrictions budgétaires », le coût de construction est connu. Il faudra encore attendre 1983 pour que le chantier démarre au bord du lac et 1986 pour l’inauguration.
Aujourd’hui, quelque 5000 étudiants fréquentent l’Université de Neuchâtel, dont 2000 les Lettres. Les partisans de son agrandissement devront-ils faire preuve de patience? Certains espèrent que le projet passera et rêvent déjà d’une efficacité à la Microcity. Pour ce pôle de la microtechnique, quatre ans s’étaient écoulés entre le vote du crédit au Grand Conseil et l’ouverture, il y a quatre ans.

LE « SERPENT DE MER »

« L’agrandissement de la faculté des lettres et sciences humaines, c’est un serpent de mer », glisse Simon Gabay. Post-doctorant en ancien français, il en entend parler depuis son arrivée à l’Université de Neuchâtel, il y a cinq ans. Une concrétisation le ravirait, tout comme Olivier Silberstein, assistant en histoire. Mais l’un et l’autre doutent, « vu la conjoncture, avec le déficit de l’Etat ».

Pourtant, « c’est une belle occasion de redonner une impulsion à cette université », souligne Simon Gabay. Une extension permettra d’attirer des étudiants et des chercheurs, mais aussi de « conserver les étudiants locaux ».

Simon Gabay et Olivier Silberstein poursuivent: « D’autres améliorations seraient les bienvenues aux niveaux de la disponibilité des salles ou de l’accès à davantage de livres et documents. La vie universitaire profiterait aussi d’un campus resserré. Sans pour autant tout réunir sur un seul site. Il sera peut-être souhaitable de conserver des pôles d’excellence comme l’anthropologie, au Musée d’ethnographie, l’archéologie, en partie au Laténium, ou la dialectologie. »

 

 

Réactions d’étudiants

La faculté des lettres est « ni trop petite, ni trop grande », selon Victor, étudiant en histoire. « En tout cas je ne me sens pas à l’étroit. Mais peut-être que cela pose problème au niveau de l’organisation. »

« On manque d’espace à la bibliothèque. En début de semaine, c’est blindé », constate Magda. Mais, pour cette étudiante en philosophie, « le plus gros problème, c’est la cafétéria », lorsqu’il n’est pas possible de manger dehors à midi. Selon Joana, le plus urgent est d’avoir davantage de places de travail. Une solution d’appoint passerait par la mise à disposition des salles de cours  en période d’examens, estime l’apprentie géographe.

Simon, étudiant en sport et histoire, relativise le manque de places pour réviser les examens. « Ce n’est que quatre semaines par année. » Simon préfère de toute façon travailler à la maison.

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