Le visuel antisémite de la France insoumise pour boycotter Barbara Butch


La section grenobloise de La France insoumise a appelé ce printemps 2026 au boycott d’une performance de la DJ Barbara Butch en utilisant un visuel « mauvais » selon la cheffe de groupe LFI à l’Assemblée nationale. Le 18 juillet 2026, l’artiste a dû interrompre son spectacle sous la pression d’un public venu pour effectuer un boycott que je nommerais « physique  ». Si un appel au boycott relève de la liberté d’expression, empêcher un artiste de jouer et le public de l’écouter est pour moi indéfendable. Heureusement en Suisse de telles actions violentes n’existent pas (encore), ce qui ne retient pas des internautes romands de justifier ce qui s’est passé à Grenoble, dans un pays fracturé qui nous terrifie.

Les faits

Le 19 mai, Jonas Pardo, directeur de l’association Boussole antiraciste, a publié dans Libération un article résumant la situation. Avec son association, ce chercheur, juif de gauche, propose des formations à la lutte contre toutes les formes de racisme. Il est coauteur avec Samuel Delor du Petit Manuel de lutte contre l’antisémitisme (Commun, 2024).

« Les extrêmes droites avaient peu apprécié la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2025. Le président américain Donald Trump, celui de Turquie Recep Tayyip Erdogan mais aussi l’eurodéputée Marion Maréchal Le Pen avaient interprété le festin divin mis en scène par Thomas Jolly comme un blasphème antichrétien et voyaient une offense envers la Cène, dernier repas de Jésus. Après le show, la DJ Barbara Butch qui performait au centre du banquet, avait fait l’objet d’une campagne mondiale de cyberharcèlement. Insultée parce que juive, grosse et lesbienne,ce qu’elle revendique fièrement par ailleurs, l’icône LGBT avait porté plainte contre plusieurs de ses haters et obtenu gain de cause.

En toute cohérence, plusieurs médias et intellectuels conservateurs ont bondi lorsqu’ils ont appris la nomination de Barbara Butch à la direction artistique de la Nuit Blanche 2026 par la Ville de Paris. Sur CNews, Mathieu Bock-Côté a fustigé le choix de la mairie, qui relèverait selon lui, d’une promotion des combats «    multiculturalistes    », «    diversitaires    », «    drag-queens    » et «    la sacralisation de ce qu’on appelle les migrants    ». Le Journal du Dimanche ne considère pas que ce serait les profils anonymes qui auraient provoqué une polémique en ligne, mais «    l’artiste [qui] avait suscité de vives réactions    » en réinterprétant la Cène. De son côté, le média Frontières dénonce le montant alloué par la ville à la Nuit Blanche et diffuse un doute sur la probité de l’appel d’offres.

Plus que sa proposition artistique, c’est la personnalité de Barbara Butch qui est attaquée, et à travers elle, la mairie de Paris. Une suspicion est instillée à partir d’accusations mêlant des références à l’argent, la volonté supposée de pervertir les mœurs et d’attaquer le christianisme. C’est dans ce décor général que vient s’ajouter un appel au boycott au nom de la défense de la Palestine. Cette nouvelle cyber-offensive remonte au mois d’avril, alors que la DJ signait une tribune du Point en soutien de la «    loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme    ». (…)

«    J’ai signé une tribune pour dénoncer l’antisémitisme en France, que je subis au quotidien, et depuis mon enfance, qui a été encore plus fort après les JO. Il y a des choses à redire sur cette loi, mais moi je ne suis pas juriste ou politologue, moi mon métier c’est de faire danser les gens.    » L’icône LGBT est accusée de fausse naïveté, de duplicité et même de complicité avec le gouvernement israélien, tandis qu’elle signait un papier pour une loi qui promettait d’endiguer la violence à son encontre. Encore une fois, Barbara Butch n’est pas attaquée pour ce qu’elle fait, mais pour qui elle est.

Un dernier épisode de cette mauvaise série a été lancé en mai par la section grenobloise de La France insoumise. Cette dernière a demandé la déprogrammation de la musicienne du festival Cabaret Frappé organisé par la Ville, en la qualifiant de «soutien d’Israël  » au nom de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) pour le boycott culturel. Les militants insoumis l’accusent d’avoir signé la loi Yadan qui « visait à criminaliser tout soutien au peuple palestinien, notamment en interdisant les critiques du régime colonial et génocidaire d’Israël  », d’avoir animé la Gay Pride de Tel-Aviv en    2025 «  en plein génocide  ». Et la campagne de menaces, d’insultes, et d’intimidation a repris de plus belle. »

Il se trouve que les directives PACBI (Palestinian Campaign for the Academic &    Cultural Boycott of Israël) spécifient très clairement que BDS «  rejette par principe les boycotts des personnes basés sur leur identité (comme leur citoyenneté, race, sexe ou religion) ou leur opinion  ». Il préconise uniquement le boycott des spectacles commandités par l’État ou les institutions israéliennes. Il se trouve également que la loi Yadan n’avait pas pour objectif d’empêcher la critique d’Israël. (…)

Comment Barbara Butch pourrait-elle être à la fois soutien du gouvernement d’extrême-droite israélien, dont les membres ont multiplié les sorties homophobes, et animatrice de la Pride à Tel-Aviv ? Le ministre Bezalel Smotrich se définit lui-même comme un «  fasciste homophobe  ». La critique nécessaire des politiques de pinkwashing se ratatine sur elle-même lorsqu’elle s’appuie sur des faits imaginaires. » [ce terme, traduisible comme récupération rose, désigne l’instrumentalisation des luttes de la communauté LGBTQ+ à des fins mercantiles (marketing) ou politiques (communication gouvernementale). Il s’agit d’une communication de façade visant à se donner une image progressiste, tolérante et inclusive tout en masquant des pratiques contraires à ces valeurs]

L’antisémitisme de l’affiche

Ce visuel, comme l’écrit Pascal Maillard, «  assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l’étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l’artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des Palestiniens (le sang, dans un continu total, macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau) ».

On y retrouve toutes les caractéristiques de la propagande visuelle nazie qui utilisait des codes graphiques précis pour déshumaniser les populations juives et manipuler l’opinion publique.

Les affiches nazies utilisaient un symbolisme forcé,  comme l’Étoile de David jaune, pour marquer, stigmatiser et identifier visuellement les Juifs comme une prétendue « menace ». Les individus étaient dessinés de manière exagérée et grotesque, reprenant des préjugés physiques et raciaux infondés. Ici l’obésité de Barbara est utilisée comme effet répulsif. Le sang apparaissait fréquemment pour accuser mensongèrement les Juifs de complots violents ou de bellicisme.

Il est significatif que l’ensemble des justifications du boycott, visibles sur les réseaux, oblitèrent généralement ce visuel. Même plus, si vous regardez cette longue vidéo d’un collectif français d’extrême-gauche, autour de 1 h 10, vous voyez un jeune militant à la rhétorique apparemment convaincante essayer de nous interpréter que le sang visible sur l’image est « la responsabilité du sionisme« .

Extrait d’une vidéo Youtube sur Parole d’honneur

En gros donc, utiliser des procédés visuels qu’utilisaient les nazis pour viser une artiste juive, c’est aujourd’hui « la faute aux sionistes« . Ce qui me frappe dans ces 90 minutes, c’est la maîtrise pseudo-rhétorique de certains intervenants. Je ne suis pas sûr qu’au cours de leurs études ils aient une fois eu un cours d’histoire sur les images de propagande totalitaire. Cela explique pourquoi Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI à l’Assemblée nationale, trouvait ce visuel « mauvais ». Mélenchon, un grand historien, n’en penserait pas moins ! Je le trouve indigne; donc dans la balance, je suis plutôt du côté lfistes que de celui de ce groupe de militants, dont la parole est en soi respectable dans une société où la liberté d’expression nous est chère. Un grand merci à José Lillo, metteur en scène genevois et antisioniste très actif sur Facebook, pour m’avoir fait découvrir cette émission sur Youtube.

un visuel qui assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l’étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l’artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des palestiniens (le sang, dans un continu total, macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau).

La justification du boycott

Pour illustrer la rhétorique bien huilée des partisans de La France insoumise (antisionistes, anticolonialistes, antimpérialistes), j’ai trouvé ce texte de la plateforme Decolonial News dont certaines notions (le pinkwashing, la stratégie de communication de Barbara Butch, le paternalisme, l’hypocrisie) seront repris par Matthieu Béguelin, mon camarade socialiste fervent relais romand du parti de Mélenchon, camarade sur un texte duquel je consacrerai longuement la fin de cet article.

Ce texte n’envisage jamais la nuance ou le début d’une critique sur l’action de la section grenobloise. On a affaire à des militants déterminés. Comme l’écrit André Markovicz le 24 juillet, « dans tout mouvement politique, il y a toujours une tendance à la radicalisation ». Et Guy Konopnicki notait le 24 juillet 2026 que « selon les sondages, une grande majorité de Français exprime son hostilité à la censure et plus encore aux manifestations agressives. Cependant cette hostilité ne se retrouve pas chez les sympathisants LFI et chez les 18-24 ans ».

Plus intéressant, car c’est une analyse, certes très orientée, voici un article du 29 juillet 2026, publié par le média en ligne Contre-Attaque. Depuis 2012, il propose une information indépendante et gratuite, au service des mobilisations en cours. Il a publié des milliers d’articles, d’enquêtes, de visuels, de photos, d’analyses et a diffusé des revues, des autocollants et divers outils de façon auto-produite, sans publicité ni subventions.

Intitulé Barbara Butch : en finir avec la Comedia dell’Arte, il analyse comment la DJ de 45 ans bénéficie de soutiens médiatiques et politiques en France, et même de « réseaux sionistes », un euphémisme commode proche d’une formule antisémite, « réseaux juifs ». Un important narratif s’est mis en place depuis le 18 juillet pour la considérer comme victime d’antisémitisme. Cependant même l’avocat de la Ville de Grenoble considère qu’« on n’a pas d’éléments pour caractériser une plainte pour antisémitisme. On n’a pas déposé une plainte sur ce point (…) Il faut qu’il y ait des éléments qui peuvent caractériser une provocation à la haine raciale ».

Cet article montre comment une forme de résistance d’extrême-gauche s’organise, sans pourtant jamais examiner le visuel qui, pour moi, est et reste antisémite. Comme je l’analyserai plus bas, ces réseaux antisionistes liés à LFI considèrent qu’un boycott physique (ici, interrompre une performance en plein air) relève de la liberté d’expression.

Les critiques de gauche sur ce boycott

En France et en Belgique, de nombreuses critiques de personnalités politiques, de partisans de la cause palestinienne, de militants de gauche, se sont manifestées depuis le 18 juillet. Nous en avons sélectionné quelques-unes.

Antoine Back, maire-adjoint de Grenoble, Vert

Dans un texte publié sur les réseaux, Antoine Back décrit la scène : « Les premiers rangs du public étaient remplis de manifestant·es pro-palestinien·nes galvanisé·es, Allan Brunon et ses ami·es en tête, pour huer l’artiste et rapidement lui balancer des objets divers. L’affligeante banalité du mal dans toute son expression. L’artiste a tenu bon 20 minutes, puis est partie en lançant Imagine de John Lennon, en ultime au revoir. Mes camarades Alexis Monge, adjoint à la Culture, et Leny Moulin, adjoint du Secteur 2, sont courageusement montés sur scène pour dénoncer cette violence aveugle et sans aucun discernement dont tout le public a été témoin. »

Marine Tondelier, présidente des Verts français : Oui, je soutiens Barbara Butch, 22 juillet 2026

« Et oui, je suis totalement opposée à la loi Yadan. Mais rien ne justifie les actes ayant visé son concert à Grenoble. Barbara Butch a publiquement regretté avoir signé une tribune favorable à cette loi. Mais quoi qu’il en soit, on ne s’oppose pas à une signature de tribune par des insultes, des doigts d’honneur et des jets de projectiles. Des actes de sabotage électrique ont mis en danger le public présent et contraint à l’interruption du concert. Et le fait que certains n’y voient pas de problème est profondément dérangeant. Ces actions violentes n’ont rien à voir avec un simple boycott, ce sont des pratiques que nous devrions laisser à l’extrême droite.

On a parfaitement le droit de manifester son opinion à une représentation artistique. Les féministes l’ont fait pour Ary Abittan et Patrick Bruel. La différence, et la ligne rouge à ne pas franchir, c’est le renoncement à la non-violence. Plus spécifiquement, on peut avoir des désaccords avec Barbara Butch. Mais elle n’est aucunement une adversaire politique et encore moins une ennemie à abattre. C’est une artiste victime de harcèlement antisémite, homophobe, sexiste et grossophobe depuis des années de la part de l’extrême droite française.

Et oui, c’est encore une femme qui cumule les discriminations que l’on attaque, et c’est un problème car je ne vois pas la même exigence avec les hommes. Barbara Butch n’était pas la seule signataire de cette tribune, mais ce n’est pas un hasard si elle est la seule à en subir de telles conséquences, alors même qu’elle a reconnu son erreur.

Voilà pourquoi je lui renouvelle tout mon soutien, comme à la municipalité de Grenoble qui a annoncé porter plainte. La liberté de création et d’expression des artistes sont des principaux fondamentaux qui ne sauraient subir la moindre remise en cause. Et la banalisation de la violence politique, sur les réseaux sociaux comme dans la rue, est un poison mortel pour la démocratie et notre camp. Ce n’est pas comme ça que l’on convaincra une majorité de la population de nous faire confiance. »

Hadrien Bortot, parti communiste français, 23 juillet 2026

Cet élu du 19e arrondissement de Paris, adjoint à la culture de cet arrondissement, a mis longtemps à écrire ce texte paru le 23 juillet. Il souligne notamment que « ce qui me dérange profondément, c’est cette exigence implicite selon laquelle un artiste juif devrait être irréprochable sur le conflit israélo-palestinien, devoir rendre des comptes en permanence, être sommé de prendre position de la bonne manière. Demande-t-on la même chose aux autres artistes ? Exige-t-on d’eux qu’ils se prononcent sur chaque conflit international avant de pouvoir monter sur scène ? Évidemment non. Ce mécanisme est dangereux. Il me rappelle celui de l’extrême droite qui exige, après chaque attentat islamiste, que les artistes ou les personnalités supposées musulmanes se désolidarisent publiquement sous peine d’être considérées comme complices ».

David Mennessier, 23 juillet 2026

Ce médiateur culturel belge a posté sur Facebook un texte, comme « quelqu’un qui continue de se sentir pleinement engagé à gauche, solidaire du peuple palestinien, opposé à la politique du gouvernement israélien, attaché aux luttes antiracistes, féministes, décoloniales, sociales et antifascistes. Mais aussi depuis une histoire juive, une mémoire, une inquiétude intime face à ce que je vois remonter, parfois sous des formes nouvelles, parfois sous des mots anciens repeints aux couleurs du moment (…). Ce qui se joue ici dépasse Barbara Butch. Cela concerne la santé morale et politique de nos milieux. Si nous ne sommes plus capables de distinguer une critique politique légitime d’une assignation antisémite, alors nous mettons en danger toutes nos luttes. Si nous acceptons que la violence se donne des airs de justice parce qu’elle vise quelqu’un que certains auront préalablement désigné comme indéfendable, alors nous détruisons nos propres principes. (…) Car la lutte contre l’oppression des Palestinien·nes doit rester une lutte pour la justice. Elle ne peut pas devenir le lieu où s’autorise une haine à bas bruit des Juifs et des Juives. Elle ne peut pas devenir le lieu où l’on confond l’État israélien, son gouvernement, son armée, ses institutions, avec des individus juifs rendus responsables par contamination. »

Pascal Maillard, sur son blog Mediapart, 21 juillet 2026

L’auteur précise être un militant de gauche, antifasciste, pro-palestinien et combattant toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme. Il énumère les 10 fautes de LFI Grenoble :

« LFI Grenoble et son responsable local, Allan Brunon, ont commis dix fautes en tentant de déprogrammer puis en empêchant la tenue du concert de la DJ Barbara Butch. La première faute est de s’en être pris à une militante courageuse et reconnue des droits LGBTQI+, qui lutte en particulier contre la lesbophobie et la grossophobie. Elle a tout mon soutien. La seconde faute est d’avoir enfreint la liberté de création des artistes : le mouvement de boycott BDS, si on accepte qu’il puisse concerner le domaine de la culture, vise des institutions ou des événements culturels en lien avec Israël, et non les artistes juifs. La troisième faute est que cette action a conduit une meute de militants décervelés à s’en prendre à une femme seule sur une scène  : réellement et symboliquement, c’est insupportable. La quatrième faute est que LFI Grenoble a produit dès le mois de mai une communication immonde associant directement les attaques dont Barbara Butch a été victime en 2024 à celles qu’elle mériterait de subir pour avoir signé la tribune en soutien à la loi Yadan. La cinquième faute est d’avoir produit un visuel qui assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l’étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l’artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des palestiniens (le sang, dans un continu total, macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau). La sixième faute est d’avoir ignoré que Barbara Butch avait pris ses distances avec la tribune qu’elle avait signée en faveur de la loi Yadan. La septième faute est d’avoir oublié que la loi Yadan a été retirée. La huitième faute est d’avoir également oublié la violence inouïe de la campagne d’insultes et de menaces de mort que l’artiste avait subie après sa prestation artistique à la cérémonie d’ouverture des JO 2024, campagne lesbophobe et antisémite de l’extrême droite que LFI avait alors dénoncée. La neuvième faute est que LFI Grenoble et Allan Brunon ont menti sur la participation de Barbara Butch à la pride de Tel Aviv en 2025 : cette pride n’a jamais eu lieu. La dixième faute est évidemment d’avoir conduit une action à caractère antisémite et d’apporter ainsi un peu plus de crédit à l’incrimination selon laquelle LFI compterait parmi ses membres et ses élus des antisémites qui proclament ne pas l’être. Allan Brunon est conseiller municipal de Grenoble président du groupe La France Insoumise et co-animateur national du Réseau insoumis antifasciste. Des antifas de cette trempe, on n’en veut pas ! »

La tribune signée par des centaines personnalités culturelles francophones, 22 juillet 2026

Jonas Pardo, avec le texte duquel nous avons commencé cet article, a rédigé le 22 juillet une tribune co-signée par 300 personnalités de la culture francophone, parmi lesquelles les frères Dardenne, grands cinéastes, Thiago Rodrigues, metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon, les historiens Vincent Lemire et Patrick Boucheron, avec aussi Romane Bohringer et Michel Jonasz.

Le texte souligne notamment la coexistence de deux oppositions violentes à Barbara Butch : les réactionnaires et LFI : « des camps politiques censés être opposés désignent une même personne comme cible. Non pour ses créations, ses prises de parole ou ses actes, mais parce qu’ils projettent sur elle des fantasmes liés à ce qu’elle est : une femme juive et lesbienne.

(…) Chacun et chacune est en droit d’avoir un désaccord avec des membres d’une minorité quelconque. Nous-mêmes, artistes, acteurs de la culture, auteurs, chercheurs et militants antiracistes signataires de cette tribune, avons des positions diverses vis-à-vis de la loi Yadan, plusieurs d’entre nous s’y sont opposés publiquement. En revanche, nous partageons une même conviction : désigner à la vindicte des individus issus d’une minorité sous prétexte de s’opposer à leur opinion, réelle ou supposée, n’a rien à voir avec l’exercice du débat démocratique et aboutit à l’augmentation de la violence raciste. La lutte antiraciste doit pouvoir faire exister des débats en son sein, sans exposer les victimes de racisme à plus de racisme. »

Sur les réseaux sociaux, ces prises de position ouvertement de gauche suscitent des réactions violentes de la garde en ligne des partisans de LFI, très bien organisés. En résumé, les antisionistes français demandent à tous les juifs de se positionner sur le génocide à Gaza : tu es alors un bon juif ou un mauvais; si tu restes modéré ou nuancé, tu mérites ce qu’on t’inflige. C’est une des caractéristiques de l’antisémitisme que nous avions déjà analysée dans un précédent article paru en 2023.

Emmanuel Meirieu, acteur et homme de théâtre, membre de LFI, 31 juillet 2026

Ce texte écrit sur FB par un sympathisant de LFI, qui milite à Paris, dit une chose essentielle, en plus de sa conclusion pessimiste sur les succès futurs de Mélenchon : les militants grenoblois se sont acharnés sur une faible, une personne peu connue. « Je me fous de la totalité des arguments et analyses qui voudraient justifier la brutalité de ce soir-là. Des arguments et des analyses bien étayés, bien construit, oh pour ça, on peut leur faire confiance. Avec mise en perspective historique et citation de Gramsci en prime, en bonus, en cadeau. Pour faire joli. Mais ce soir-là, mes amis, mes camarades de la Fi, avec qui je bats le bitume en manif, avec qui je tracte et tracterais encore sur les marchés, ce soir-là les brutes c’était vous et vous vous êtes acharnés, en meute, comme on le dit de vous, et vous vous acharnez encore et encore maintenant. Et sur qui ? Quelqu’un de puissant ? Un fort ? Un intouchable ? « Le système » ? Non. Sur une persécutée qui cherchait la protection. Ce soir-là, les brutes c’était vous. Et si vous ne le comprenez pas, si vous ne l’entendez pas, alors nous avons déjà perdu mes ami. es. »

Boycott des artistes : appeler au boycott, boycotter pacifiquement, boycotter physiquement

Il faut différencier boycott et interdiction/censure : le boycott (d’un produit ou d’un artiste) est l’affaire des consommateurs ou du public, potentiels ou réels. L’interdiction ou la censure vient de collectivités (publiques ou privées) refusant d’acheter des biens, de mettre à disposition des espaces pour des spectacles ou de diffuser des productions d’artistes.

Deux de mes articles récents, parus en novembre 2025 (Le concert du Quatuor Jerusalem avec Elisabeth Leonskaja aura-t-il lieu sans problèmes  ?) et février 2026 ( Musique classique, boycotts d’hier et  d’aujourd’hui) ont longuement analysé la problématique du boycot de concerts classiques joués par des artistes, ou compositeurs, qu’on voudrait boycotter.

En résumé, j’avais jugé légal, mais pas légitime, l’appel au boycott du concert du Quatuor Jerusalem par le collectif neuchâtelois Action Palestine. Le jour du concert, ils furent 30 à manifester pacifiquement à cent mètres de l’entrée de la Salle de Musique. Avait été évité, au prix d’une présence policière importante à l’entrée de la salle et à l’intérieur, ce que j’appelle le boycott physique : empêcher le public d’entrer, et, dans la salle, huer, crier, injurier, vociférer, lancer des fumigènes ou des projectiles.

Quelle n’est pas ma perplexité de lire le 21 juillet un post Facebook de mon camarade socialiste neuchâtelois Matthieu Béguelin, intitulé Concert avorté de Barbara Butch : le festival des hypocrites.

Screenshot

Matthieu est un influenceur et faiseur d’opinion très important en Suisse romande et dans la francophonie. Il roule pour Mélenchon et LFI depuis des années, abhorre les socialistes français, et est volontiers provocateur ou doté d’humour caustique. Dans son post, il veut mettre en évidence l’hypocrisie des pro-israéliens, soutenant Barbara Butch mais interdisant des pro-palestiniens.

Dans ce but il utilise un sophisme de la double faute consistant à mettre en avant des interdictions de conférence pour, indirectement, justifier le boycott physique de Grenoble. « Enfin, et tout de même, on se demande bien où étaient tous ces beaux esprits épris de liberté d’expression quand des conférences de Rima Hassan, de Salah Hamouri, de Judith Butler ou un colloque du Collège de France ont été interdits par les préfectures ou les autorités universitaires ? »

Il aurait mieux fait de prendre l’exemple de l’humoriste Blanche Gardin, qui, moins riche et puissante, n’écrit pas de livres en libre accès comme Rima Hassan ou Judith Butler. D’ailleurs, cette dernière, en raison de ses prises de position géopolitiques complexes sur le Proche-Orient (notamment l’articulation entre antisémitisme et critique du sionisme), n’a pas pu faire une conférence pour la paix prévue à Paris, annulée fin 2023 par les autorités municipales par crainte de « troubles à l’ordre public ». La conférence (« Contre l’antisémitisme, son instrumentalisation et pour la paix révolutionnaire en Palestine ») a finalement eu lieu lors à Pantin le 3 mars 2024.

Blanche Gardin, supportrice de Jean-Luc Mélenchon en 2022, a été dans l’été 2024 l’auteure d’un sketch controversé lié au conflit à Gaza et à l’antisémitisme. Elle s’était moquée de ceux qui l’accusaient d’être  antisémite en raison de sa dénonciation de la situation subie par les Palestiniens. Elle y déclarait, entre autres  : «  Bonsoir, je m’appelle Blanche et depuis le  , je suis antisémite […] il faudrait que je sois islamophobe, comme  Sophie Aram Mais je peux pas être islamophobe, parce que je suis antisémite. L’un exclut l’autre en fait. Si tu es islamophobe, ça te protège contre l’antisémitisme, c’est comme l’herpès. Si tu l’as à la bouche, tu peux pas l’avoir au cul  ». Elle déclare avoir«  fait ce sketch pour pointer du doigt qu’on m’avait, comme tant d’autres, accusé d’antisémitisme en raison du fait que je postais des appels à manifester pour le cessez-le-feu sur la population palestinienne de Gaza. En creux dans ce sketch, il y avait également l’idée que faire passer la critique des agissements du gouvernement israélien pour de l’antisémitisme, en dehors d’être profondément malhonnête, vidait de son sens le mot même d’antisémitisme  ».

En mars 2025, elle fut accusée par la rabbine libérale Delphine Horvilleur d’être comparable à Dieudonné. Selon moi, cette comparaison n’a pas de sens car la comédienne n’a jamais été condamnée par la justice (cf plus bas). Elle a déploré une  «  analyse mensongère et diffamatoire  »  de ce qu’elle est, réaffirmé son horreur de l’antisémitisme et de la guerre à Gaza  ; elle a considéré en outre que la meilleure façon de lutter contre l’antisémitisme est de  «  s’opposer aujourd’hui au régime israélien et à tous les suprémacismes ethnoreligieux  ».

Sans plus d’invitation à se produire (on comprend par là qu’elle a été plus censurée que boycottée), elle a annoncé en 2025 sa décision d’arrêter le stand-up, estimant que cette forme d’expression artistique n’était plus en adéquation avec les grands enjeux de l’époque actuelle. Elle est revenue sur tout ce qu’elle a vécu depuis ce sketch en déclarant qu’ «  au-delà des répercussions médiatiques de ce sketch, j’ai reçu des menaces de viol, de meurtre, des campagnes de téléphone en provenance d’Israël, des tags sur ma porte, même mon frère a été agressé. Je ne dis pas ça pour me plaindre, mais c’est un état de fait  ».

Je suis moi-même aussi « épris » de liberté d’expression qui est censée être un principe et s’appliquer de manière égale. Sinon elle devient un traitement à géométrie variable. Le problème n’est pas de choisir son camp entre Blanche Gardin la censurée et Barbara Butch la boycottée. Lorsqu’une œuvre critique Israël ou la Palestine, elle est rapidement soupçonnée de franchir une ligne rouge. Lorsqu’une personnalité favorable à Israël ou la Palestine est contestée, c’est aussitôt la liberté d’expression qui est invoquée comme référence.

Or, l’antisémitisme existe et doit être combattu sans la moindre ambiguïté. Dans le même temps, critiquer le gouvernement israélien n’est pas, en soi, un acte antisémite. Une position cohérente consiste à condamner les menaces et la censure ayant visé Blanche Gardin sans partager forcément son humour, tout comme à condamner l’appel à son boycott, les insultes et les intimidations visant Barbara Butch sans forcément s’intéresser à ses performances. C’est mon cas !

Nous sommes donc devant la question centrale du débat : le boycott physique d’un concert, spectacle ou conférence est-il une expression de la liberté ? La liberté d’expression s’accomode-t-elle de boycotts physiques ?

La Ligue des Droits de l’homme-France donne une réponse limpide qui est la mienne et dont je m’attendais qu’elle soit aussi celle de Matthieu : « Un appel public à boycotter un spectacle relève de la liberté d’expression. Mais lorsque des spectatrices et spectateurs sont empêchés d’entrer dans la salle ou de voir le spectacle, il entre en conflit avec la liberté de création et le législateur a prévu un délit d’entrave lorsque l’empêchement est effectué de manière concertée. » C’est la raison pour laquelle Barbara Butch a porté plainte contre LFI, action d’ailleurs soutenue par le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, qui ajoute qu’il aurait refusé de louer une salle municipale pour cette DJ. À noter aussi que Allan Bruon a aussi porté plainte pour avoir des injures lamentables, je les ai aussi lues.

La réponse de Matthieu Béguelin à la question tente d’être celle-ci : « Un appel au boycott est-il justifié? Oui. Aller manifester son désaccord lors de ce concert est-il une entrave à la liberté d’expression ? Non, puisque cette contestation   relève également de la liberté d’expression. La liberté d’expression artistique est-elle un talisman contre toute contestation ? Non plus. Quand on a comme Barbara Butch une plateforme publique d’expression, on est d’autant plus comptable des positions que l’on prend. » Plus loin dans un commentaire de son post, il écrira : « Manifester participe de la liberté d’expression et même interrompre une conférence ou une performance. On confond souvent contestation – même véhémente – avec de la censure. »

Béguelin confond appel au boycott avec boycott physique; il somme les artistes, juifs de surcroît dans le cas qui nous occupe, de rendre des comptes et, le cas échéant, de subir les conséquences qu’ils méritent.

Et surtout (est-ce de l’hypocrisie, de l’aveuglement, une logique à double standard ?), il est en contradiction avec la tribune qu’il a publiée dans Le Temps le 8 janvier 2014 sur Dieudonné, intitulée Manuel Valls en ministre de la censure (c’est moi qui mets en gras) :

«  Somme toute, à qui s’adresse Dieudonné sinon à son public, qui vient, libre et ­consentant, le voir, l’entendre ? Tout spectacle se joue dans un espace défini, pouvant accueillir un public déterminé. Celui-ci ­décide librement de s’y rendre ou  non et peut, à chaque instant, en partir. Nul n’est captif dans un théâtre.

Qui plus est, si tel ou tel propos devait tomber sous le coup de la loi, comme l’incitation à la haine par exemple, la justice agirait alors comme elle le doit et, le cas échéant, condamnerait l’auteur des propos contrevenant à la loi.  

La question qui se pose n’est donc pas de préserver des personnes que les paroles de Dieudonné pourraient choquer : elles n’ont qu’à ne pas aller à son spectacle. Le seul but d’une interdiction est d’empêcher ces propos d’être tenus. Cela porte un nom, qui ne présage rien de bon pour la démocratie: la censure.

Car, en démocratie, on débat, on s’affronte, se confronte, se parle. Réduire l’adversaire au silence n’a jamais fait gagner un débat, ni triompher une cause, bien au contraire. La tentation de  la censure est le propre des indigents en arguments, des ennemis du libre débat démocratique, des chantres de la pensée unique. Un idéal ne s’impose pas, il doit convaincre. Il n’y a pas de démocratie sans libre discussion.  »

Précisons qu’avant cette tribune de janvier 2014 dans Le Temps, Dieudonné avait subi des condamnations multiples en France pour provocation à la haine raciale, injure publique à caractère antisémite et contestation de crime contre l’humanité. Il a été condamné à neuf reprises en France entre 2006 et 2014, principalement pour des délits liés à ses déclarations publiques, ses interviews ou ses spectacles.

Exemples  :

Mars 2006 : Condamnation à 3 000 € d’amende pour diffamation publique envers l’animateur Arthur. Il avait affirmé que ce dernier finançait l’armée israélienne avec ses sociétés de production.  


Mai 2007 : Condamnation à 5 000 € d’amende pour provocation à la haine raciale. En février 2004, il avait accordé un entretien au Journal du Dimanche comparant les juifs à des négriers.  


Mars 2008 : Condamnation à 7 000 € d’amende pour provocation à la haine, suite à des propos tenus en 2005 où il comparait la mémoire de la Shoah à une « pornographie mémorielle ».  

Octobre 2009 : Condamnation à 10 000 € d’amende pour injure raciste. Cette sanction découlait de son spectacle de décembre 2008 au Zénith de Paris, au cours duquel il avait fait remettre le « prix de l’infréquentabilité au négationniste Robert Faurisson par un acteur vêtu d’un pyjama à étoile jaune ».  

Novembre 2012 : Condamnation à 20 000 € d’amende pour provocation à la haine et discrimination. Deux vidéos publiées sur YouTube en 2010 étaient visées : il y chantait notamment la chanson polémique « Shoananas ».  

Dieudonné s’est produit à plusieurs reprises dans le canton de Neuchâtel en contournant les interdictions de certaines grandes villes de Suisse romande. La salle de spectacles de Fontainemelon a été son point de chute privilégié dans la région. Les autorités locales y avaient autorisé ses spectacles sous conditions strictes en  janvier 2015 (« La Bête immonde »), puis à nouveau en  janvier 2018 (« La Guerre »).  

Les réactions au post de Matthieu Béguelin

Les nombreux commentaires de félicitations reçus par Matthieu sont tempérés par trois de ses amis de gauche.

Ami 1

Désolé mais je ne suis pas d’accord avec ton analyse. Boycotter, oui. Mais le faire ainsi, c’est contribuer à la diabolisation de LFI. Je n’ai pas vu les images. Reste que cette action est contre-productive. Si LFI veut faire élire Mélenchon, la base doit comprendre la différence entre informer et dénoncer et passer à l’action directe. Je ne vois vraiment pas la gloire qu’il y a à saboter un spectacle. Car quel est l’enjeu politique? Se faire mousser? Avoir chassé une artiste de la scène? Quel courage!

Que la droite défende hypothétiquement la liberté d’expression c’est un fait. Mais elle peut s’emparer de ce sujet uniquement parce que des militants imbéciles lui un donne l’occasion. Cette action est tellement bête qu’elle aurait pu être montée par des agents provocateurs.

Je me souviens d’un fameux concert du Quatuor de Jérusalem [sic] à La Chaux-de-Fonds. Les militants avaient dénoncé à juste titre les accointances de cette formation israélienne avec le pouvoir génocidaire. Mais par bonheur personne ne s’est avisé d’aller hurler son opposition dans la salle.

Il est à noter également que cette dame est la cible régulière d’attaques judeophobes, sexistes et grossophobes de la part des nazillons de toute espèce. Elle appartient donc aux catégories que normalement LFI défend. Le fait que cette ordure d’Alain Soral s’est félicité de l’action devrait à tout le moins t’interpeller. Cette action imbécile renforce l’amalgame entre extrême droite et extrême gauche. C’est du pain béni pour les adversaires de LFI.

Cette dame n’a pas pu chanter. Et alors? Ça change quoi, politiquement parlant? Ça lui donne juste une aura de martyr. Belle réussite !

Ami 2

1. Oui, manifester est légitime, oui, boycotter est légitime, mais non, interrompre une production artistique n’est pas légitime… Si cela le devenait, ce serait terrible pour les milieux de gauche, bien plus fournis en artistes et bien moins fournis en militants violents.

2. On peut reprocher ce qu’on veut à BB, mais faire le parallèle avec des personnalités politiques est périlleux. Lorsqu’on prétend tenir une conférence, participer à un débat, il est possible que des militants viennent contester nos idées. Rima Hassan, comme Céline Amaudruz en ont fait l’amère expérience. Perso, je ne défends jamais les interrupteurs de débat, mais, là, il ne s’agissait pas d’un débat…

3. La loi Yadan avait de nombreuses faiblesses et imprécisions et il est heureux qu’elle ait été retirée. Mais elle n’empêchait nullement la critique radicale du GOUVERNEMENT israélien. En revanche, si ce que tu appelles « critique radicale d’Israël » est un euphémisme (que de façons cachées de s’exprimer, dans ces milieux…) pour désigner l’anéantissement d’Israël et l’expulsion des juifs qui y résident (si, si, de nombreux militants adhèrent à cette idée, et peut-être même toi…), là il y avait une limite qu’elle fixait.

Ami 3

Quoi que tu en dises Matthieu, cette interruption d’une prestation artistique “au nom de la liberté d’expression” que je désapprouve crée un dégât d’image catastrophique qui alimente la diabolisation de LFI.

Les conséquences à court et moyen termes

En France et en Suisse, je vois l’horizon bien incertain sur plusieurs points avec lesquels je vais conclure cet article.

La spirale de la traque aux artistes juifs (ou propalestiniens) et les boycotts physiques, au nom de luttes anticoloniales, antisionistes et antifascistes, (ou au nom de luttes contre l’antisémitisme), pourraient s’intensifier.

Un commentaire pervers d’une amie internaute m’a interpellé en lisant le post de Matthieu Béguelin. « Concert (ou plutôt mix) à Tel-Aviv en juin 2025, signature de la tribune en soutien à la proposition Yadan en mars 2026. Comment peut-on accepter de faire un concert à côté d’un génocide ? Le reste, ça s’appelle une conséquence  !  »

Autrement dit, il faudrait aller à la traque de tous les artistes juifs et non juifs (écrivains, musiciens, peintres) qui vont présenter leurs spectacles, concerts ou œuvres en Israël et exiger d’eux des brevets d’antifascisme. Sinon, la «conséquence» sera la violence, même symbolique, qu’on exercera contre eux. Pareille logique est glaçante !

En France, cette traque a commencé et beaucoup d’artistes françaises·s juives et juifs voient le nombre de leurs contrats diminuer, comme l’illustre ce dossier du Nouvel Obs paru le 30 juillet 2026.

 

Je l’ai écrit, l’art est évidemment lié à la politique  mais il n’est ni au-dessus de la politique, ni que politique. Qu’on prenne exemple sur la Société de Musique de La Chaux-de-Fonds qui se «  refuse catégoriquement à engager des artistes ayant publiquement manifesté leur soutien à un régime politique jugé totalitaire ou génocidaire par l’ensemble de la Communauté internationale ». Ce qui n’est évidemment pas le cas des nombreuses artistes citées par le Nouvel Obs.

Heureusement que les traqueurs des meutes ont laissé Martha Argerich jouer à La Chaux-de-Fonds pendant le récent festival organisé par Nelson Goerner en juillet 2026. Elle qui a enregistré un disque majeur (Ravel et Beethoven) au Charles Bronfman Auditorium à Tel Aviv en 2019 avec l’Orchestre philharmonique d’Israël dirigé par Lahav Shani. Encore pire – je me fais l’avocat du diable, lors de sa tournée à Tel Aviv en mars 2025, elle a dédié publiquement son concert à Alon Ohel, un jeune pianiste de jazz israélien retenu en otage. Elle s’est rendue sur la Place des Otages à Tel Aviv pour rencontrer la mère du jeune musicien. Pendant le génocide, vociférera l’internaute traqueuse citée plus haut.

Et que dire de Sir András Schiff, habitué des festivals suisses de Verbier, Gstaad, Ernen et Lucerne ? Premier artiste en résidence officiel de l’Orchestre philharmonique d’Israël, il collabore régulièrement avec cette formation tant en Israël qu’en tournée internationale. Il est programmé pour une série de trois concerts en avril 2027 à Tel Aviv.

De l’autre côté, imagine-t-on un appel au boycott (par des collectifs pro-israéliens) du concert d’Adam Laloum le 22 octobre 2026 à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds ?

Ce pianiste français se définit publiquement comme « juif et antisioniste ». Il est également un militant engagé au sein du collectif français Tsedek, un groupe de juifs décoloniaux et antiracistes. Fin 2025, il a fermement appelé à annuler le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à à la Philharmonie de Paris, estimant que maintenir cet événement revenait à normaliser la politique israélienne qu’il qualifie de coloniale et de génocidaire.  De même, il soutenait le boycott du Quatuor Jerusalem qui s’est lui-même produit à La Chaux-de-Fonds le 24 mars 2026. Il dénonce régulièrement la différence de traitement entre le monde de la musique classique russe, massivement sanctionné ou boycotté après l’invasion de l’Ukraine, et les institutions musicales d’Israël qui continuent de se produire à l’international. Co-signataire de diverses tribunes avec l’Union juive française pour la paix (UJFP) il défend la thèse selon laquelle l’antisionisme ne doit pas être assimilé à de l’antisémitisme. Il s’oppose aux initiatives visant à pénaliser ou criminaliser les actions de boycott et de solidarité envers le peuple palestinien.  

Que les admirateurs d’Argerich et de Laloum, dont je suis, soient libres ou non d’assister à leurs concerts ! La censure violente et/ou la lâcheté de certains programmateurs menace l’indépendance des artistes et la liberté de création. Ce qui n’est, preuves à l’appui, pas du tout le cas à La Chaux-de-Fonds, ville dans laquelle la Société de Musique a engagé à sept mois d’intervalles le Quatuor Jerusalem et Adam Laloum ! La musique n’est pas que politique, elle arrive à dépasser les clivages.

La radicalisation de LFI va éloigner d’elle des électeurs franchement de gauche, propalestiniens et antifascistes.

André Markovicz, avec tant d’internautes cités plus haut, parle de ce dégât d’images avec ses mots à lui  : «  Quand bien même Mélenchon arriverait en tête (je veux dire en deuxième position), il aura provoqué tellement de scandales divers d’ici-là, il aura tellement fait peur «au bourgeois» ou à n’importe qui que je crains fort que l’écrasante majorité des électeurs du centre et de la droite (sans parler d’une grande partie des électeurs de gauche non-lfistes) préférera s’abstenir plutôt que de voter pour lui au second tour. Parce que, quoi qu’on puisse en dire, une victoire au second tour de la Présidentielle demande un rassemblement, même hétéroclite (c’est le cas à chaque fois depuis 2002).  »

Cette radicalisation vise plutôt à rassembler des électeurs exclus, comme le RN

Markovicz poursuit (à noter que le 26 juillet, Markovicz a posté un texte sur le tombereau d’injures qu’il a reçues de lfistes à la suite de son analyse)  : «  La réduction du champ politique à deux pôles – et deux pôles seulement –, LFI et le RN, – est une stratégie qui implique, justement, des scandales dont la tradition était, là encore, celle de l’extrême-droite, et plus particulièrement celle de Le Pen père, comme s’il était possible de refaire le chemin inverse de celui qu’avait fait Le Pen, à savoir siphonner les voix ouvrières, les voix de tous les exploités, au moment de la disparition de leur porte-voix historique, le Parti communiste. Le problème de cette stratégie est qu’elle implique qu’on reprenne les méthodes de l’adversaire (je dirais de l’ennemi) et donc le danger que les méthodes influent non plus seulement sur la forme, mais sur l’essence en tant que telle (parce que, la forme et le fond, en littérature comme dans la vie, en gros, c’est pareil), sur la cause que l’on est supposé défendre.»

Le but de Mélenchon n’est pas de gagner la présidentielle mais les législatives suivant la dissolution afin de devenir, comme maintenant le RN, la première force d’opposition à l’Assemblée

«  Il semble bien que Jean-Luc Mélenchon désire constituer autour de lui un électorat solide et pur, mais pas un électorat majoritaire  » : voilà le récent point de vue de Jean-Michel Apathie. Je vais plus loin que ce chroniqueur !

Si j’étais français en avril 2027, je ne voterais pas Mélenchon au premier tour, dont le parti est contraire à mes valeurs de progrès et d’opposition franche à l’UDC, mais aussi de tolérance. Valeurs majoritaires dans le parti socialiste des Montagnes neuchâteloises, le parti socialiste neuchâtelois et le parti socialiste suisse.

Un parti sans sectarisme, sans recherche permanente de la confrontation et de boucs émissaires, un parti dont la règle doit être, toujours et encore plus, l’absence de stigmatisation.

13 commentaires

  1. Je vais faire aussi court que possible et partir du principe que tu sais lire et que tu disposes des facultés nécessaires à faire mieux que ce billet, que j’ai qualifié de « salmigondis », ce que je maintiens après deux relectures.

    Tout tient au fait de qualifier l’action des militants à Grenoble d’antisémite… en s’appuyant essentiellement sur le tract appelant à la manif. Cela parce qu’il contient un drapeau arc-en-ciel flanqué d’une étoile de David. Cela signifierait, selon toi et d’autres commentateurs fort légers, que l’homosexualité et la judéité de la DJ sont les raisons de l’appel à manifester.
    Or, il se trouve que ce drapeau n’est pas une création graphique des militants pour désigner la DJ pour ce qu‘elle est, mais le drapeau de la Pride de Tel-Aviv… à laquelle elle devait se produire et que, suite à son annulation en 2025 par respect pour les otages (pas un mot pour les victimes à Gaza), elle a fini par faire son set dans les jardins de la résidence privée de l’ambassadeur français à Tel-Aviv, soit à quelques km de Gaza où la famine faisait alors rage en plus des bombardements et tirs de sniper. C’est à cela que renvoie le drapeau et rien d’autre. Idem pour le sang (l’élément qui a fait dire à Mathilde Panot que le visuel était « mauvais »). Le sang, comme je l’ai écrit, est excessif car Butch est passive dans son soutien et non active. Je profite de cet élément pour souligner que LFI Grenoble n’était pas seule à appeler à cette manifestation, au contraire de ce que toi et plusieurs commentateurs que tu cites. Il y avait aussi la CGT Spectacle, le Collectif Urgence Palestine et Tsedek, que tu cites à la fin de ton billet mais pas nommément pour l’émission « parole d’honneur » plus haut. Ce collectif est juif et décolonial – un peu compliqué de le taxer d’antisémitisme, non?

    De là, tout l’argumentaire voulant repeindre cette manifestation en mini pogrom s’effondre. On notera d’ailleurs que l’avocat de la ville de Grenoble, Arié Alimi, a lui-même annoncé que les plaintes qu’il va déposer ne comporteront pas cette accusation car il la juge impossible à plaider, les faits ne permettant pas, selon lui, d’établir le caractère antisémite de la manifestation. Après, peut-être Alimi est-il lui-même antisémite? Je laisse à la meute de traqueurs de le déterminer…

    Sur la manifestation elle-même, elle ne constitue en aucune façon ce que tu appelles un « boycott physique », attendu que le concert se tenait dans un parc sans aucun sas d’entrée. Ainsi, personne n’a été empêché d’accéder au concert. Pas plus que la scène n’a été prise d’assaut. Les organisateurs ont fait le choix d’écourter la prestation, mais ce ne sont pas les manifestants qui l’ont empêchée. Le but de la manif était assez bien vu d’ailleurs, puisqu’il s’agissait de détourner le set de la DJ, pour en faire un moment de soutien à la cause palestinienne. Vu de derrière, tous les drapeaux palestiniens agités (et aucun de la Pride de Tel-Aviv) donnaient en effet cette impression. Pas de boycott physique donc.

    Cela dit, cette distinction que tu fais en appel au boycott et « boycott physique », le premier étant acceptable et le second non, me parait fort bourgeoise. C’est comme dire « ok pour appeler à la grève » mais refuser les piquets de grève…

    Sur la reprise de ma tribune contre la censure de 2014, toi qui m’accuse de sophisme (alors que je ne tentais pas de justifier le boycott de l’une par la censure des autres – pas la même chose, j’y viens – mais dénonçais l’hypocrisie de ceux qui versaient de chaudes larmes à la nouvelle de ce set écourté), je m’étonne que tu ne saisisses pas la différence entre s’opposer à la censure – soit, comme tu le rappelles pourtant, à une décision émanant d’un pouvoir – et soutenir un boycott. Les deux sont sur des plans différents et ne peuvent donc se contredire.

    Pour le reste, j’y ai déjà répondu dans mon billet sur FB.

    PS: je me réjouis de lire Tondelier s’opposer à la censure, au boycott ou aux manifestations contre un concert de Landser, par exemple. On verra si sa défense absolue de la liberté artistique vaudra toujours…

    1. Cher Matthieu,

      Je te remercie de ton intervention et regrette qu’elle ignore les points communs entre elle et mon article :
      – on s’offusque moins en France de boycott d’artistes antisionistes, comme Blanche Gardin, dont j’ai parlé ;
      – on est sûrement d’accord que le but de la gauche est d’empêcher le RN, stigmatisant, nativiste et corrompu de gouverner. J’ai expliqué dans d’autres articles que je suis comme toi antifasciste.

      Je conteste que tu laisses entendre que je juge l’action de LFI antisémite dans cette affaire de Grenoble : je n’ai jamais écrit cela. C’est le visuel de leur section qui l’est et les internautes qui nous liront verront si oui ou non ils le trouvent aussi. Jamais je n’ai imaginé dire que c’était un « mini-pogrom », ni personne des internautes que je cite dans mon article qui ne cite ni des socialistes ni des personnalités de droite.

      Avec de telles exagérations de ta part, tu comprends pourquoi je refuse en général d’intervenir sur Facebook où les insultes des sionistes et des antisionistes exposent ceux qui comme moi ne le sont pas et essaient depuis le 7 octobre d’être modérés, ce que tu désignes comme « bourgeois ». Je suis heureux que notre parti socialiste soit majoritairement dans cette ligne de modération. Surtout dans notre canton.

      Je persiste à penser que Dieudonné, dont tu soutenais en 2014 la présence dans des salles de spectacles suisses, n’a rien à voir avec Blanche Gardin.

      Et surtout je ne serai jamais d’accord avec ta position encore exprimée dans ton post, position réprimée par la loi : « manifester participe de la liberté d’expression et même interrompre une conférence ou une performance »

      Ici, quelques références du code pénal suisse :
      Ce code est applicable si le comportement de l’auteur dépasse la simple contestation verbale :
      – Si l’activiste ou le perturbateur s’introduit sur une scène, dans une salle privée ou un espace restreint sans autorisation (ou refuse d’en sortir après en avoir été sommé par le responsable), le propriétaire peut porter plainte.
      – Si la perturbation s’accompagne de dégradations matérielles (par exemple, jeter de la peinture, détruire du matériel de sonorisation, coller ses mains à une structure).
      – Si l’interruption empêche physiquement l’événement de se poursuivre en usant de la force ou d’une entrave majeure, restreignant ainsi indûment la liberté d’action des organisateurs et des artistes.

      Et finalement, je déplore que tu ne saches pas t’adresser à moi, au début de ton intervention, autrement qu’en me prenant pour un idiot. Je te sais provocateur et leste dans ton langage. Tant mieux si tu en retires de la puissance d’être.

      Comme idiot utile, se méfiant des indigestions, je préfère, comme je l’ai écrit hier sur la page d’un vert genevois modéré, « les ragoûts des restes du jour aux fricassées de caméléon ».

  2. Salut Daniel,

    Je ne vois pas en quoi dire que « partir du principe que tu sais lire et que tu disposes des facultés nécessaires à faire mieux que ce billet » serait te prendre pour un idiot… c’est au contraire estimer que tu es en-dessous de tes capacités réelles.

    Cela parce que ton billet comporte plusieurs approximations ou angles morts qui te conduisent à des déductions fatalement infondées. Éléments que tu n’admets pas dans ta réponse.

    Le fait de ne pas savoir que le drapeau en question est celui de la Pride de Tel-Aviv, ça peut se comprendre. Mais une fois la chose sue, cela devrait amener à relativiser l’accusation d’antisémitisme portant sur le tract. Je suis fort aise qu’elle ne concerne que le tract selon toi, mais elle n’en demeure pas moins fausse.
    Idem pour le sang. Si, demain, on devait représenter Netanyahou – sous mandat d’arrêt international pour crimes de guerre et contre l’humanité – avec des mains ensanglantées, sortirais-tu le même visuel nazi pour hululer à l’antisémitisme? Ou admettrais-tu que, attendu les crimes reprochés, la présence du sang à sa légitimité propre et n’a pas à être ramenée aux visuels des années 30?

    De la même manière, tu fais l’impasse sur le fait que ledit visuel n’est pas le seul fait de LFI Grenoble, mais de bien d’autres organisations, dont deux juives (Tsedek et l’UJFP).

    Et puis, même s’il y a quelques points de convergence entre nos positions, notamment sur le double standard à l’œuvre et qui est en défaveur des artistes censurés suite à leur soutien à la cause palestinienne ou à la critique du régime israélien, tu n’as pas consacré une tribune à cette question, mais bien à taper sur LFI, taxant son visuel d’antisémite – ce que même l’avocate pourtant militante sioniste de la DJ n’a pas osé dans ses plaintes.

    De même que tu t’entêtes à refuser que censure et boycott sont deux choses distinctes. Pour Dieudo et Blanche, les deux ont fait face à une censure caractérisée et les deux ont été attaqués pour ce qu’ils ont dit sur scène (Dieudo pour son sketch où il incarnait un colon israélien et Blanche pour ce sketch ironisant sur l’accusation d’antisémitisme. Et il a fallu attendre des années pour qu’il y ait une condamnation en Justice relative à des propos issus d’un spectacle de Dieudo – ce qui n’était pas le cas en 2014.

    Enfin, je réitère que, dans les faits, aucun des éléments que tu cites de notre code pénal ne saurait s’appliquer à ce qui s’est passé à Grenoble. Le set avait lieu dans un espace public ouvert sans périmètre fermé. Impossible donc d’y faire irruption comme d’empêcher quiconque d’y accéder. Pas plus qu’il n’y a eu de dégradations ou d’empêchement physique quant à la poursuite du set. Tu dis avoir écouté l’émission de Parole d’honneur consacrée à l’événement. Tu la réduis à de la rhétorique bien rodée, mais il s’agit notamment du témoignage de quelqu’un qui était sur place. Léger, pour ne pas dire partisan, de l’écarter d’un revers de main pour lui préférer le narratif d’une DJ qui était tant traumatisée qu’elle s’est produite quelques jours plus tard.

    Pour la bonne forme, en conclusion, je tiens à me réjouir que notre PS cantonal n’ait pas la mollesse que tu lui prêtes, puisqu’il a adopté une majorité écrasante une résolution de notre JD soutenant les occupations d’université et qu’il a déposé au GC une résolution demandant au CF d’agir face au génocide en cours à Gaza, entre autres prises de position et actions (comme la participation à la manifestation de juin 25 à Berne). Et c’est heureux que notre parti cantonal se bouge plus que son échelon national, car, mon cher Daniel, et c’est là que nos positions ne seront pas conciliables, quand il y a génocide, la « modération » est quant à moi déjà une forme de collaboration.
    C’est pourquoi il faut appliquer toutes les pressions possibles et faire monter autant que faire se peut le prix du soutien au régime israélien. Les morts de Gaza et de Cisjordanie valent bien quelques concerts!

    1. Cher Matthieu,

      Je te remercie du ton plus un peu plus modéré que tu prends dans ce second commentaire qui va permettre aux internautes nous lisant de constater qu’il y des convergences entre nous, socialistes, mais aussi, tu le dis, des visions du monde et de l’qction politique totalement opposées.

      Ces convergences concernent d’abord :
      – le double standard qui (j’ai rajouté un passage dans mon article) a augmenté depuis le 18 juillet. Une puissante machine pro-Barbara et pro-israélienne, tant médiatique que politique, fonctionne en France avec des narratifs dont il faut avoir conscience. Et une violence dont Allan Brunon est vicitime aussi.
      – j’admets que Blanche Gardin a plutôt été censurée que boycottée, ce qui n’est pas le cas de Judith Butler puisque ses livres sont en vente et que sa conférence de novembre 2023 a eu lieu à Pantin début 2024.
      – j’ai moi-même signé la résolution socialiste sur Gaza et ai, dans mes articles depuis octobre 2023 (dont celui, inaugural et très important de Léo Bysaeth, qui d’ailleurs sur ton post du 21 juillet n’était pas d’accord avec toi que moi) essayé d’être modéré.
      – je suis d’accord que nos positions ne sont pas conciliables car tu voterais Mélenchon au 1er tour, moi pas (sur cela, il serait intéressant en mars prochain de faire un petit sondage dans le PSN pour voir si ta positions est si majoritaire que pour une résolution destinée au Conseil fédéral)
      – je suis modéré et nuancé et toi plus agressif (et parfois virulent dans tes pressions sur tout ce qui s’écrit de modéré sur Facebook ; remarque d’ailleurs qu’en 2016, mon absence de modération m’a fait combattre avec succès une sorte de facho neuchâtelois : cf mes articles de mai-juin 2016 ;

      Par contre, je refuse absolument l’idée que dans le cas d’un génocide (encore faudrait-il être d’accord sur le fait de désigner Israël comme « Etat génocidaire », il y a débat là-dessus, je n’ai pour ma part jamais utilisé cette expression, comme la majorité des socialistes suisses) la modération soit une forme de collaboration, sinon je n’aurais pas pu exercer le métier d’enseignant ; alors que toi comme artiste et bateleur tu aimes la provocation et l’excès.

      Je ne pensais pas lire une phrase aussi brutale (qui semble indirectement s’adresser à moi, je ne suis ni naïf ni stupide). Je suis admirateur de Montaigne et Spinoza mais aussi de Camus (« la nuance est le luxe de l’intelligence libre ») et de Jean Birnbaum qui vint récemment au Club 44 pour présenter « Le Courage de la nuance » auquel se réfère régulièrement notre Président de la Vllle de La Chaux-de-Fonds, berceau de la tolérance, de la cohésion sociale et de l’intégration, notre ami commun Théo Bregnard.

      Je te signale pour finir quelques erreurs et omissions de ta part :
      – Dieudonné avait déjà été condamné en 2014.
      – la vidéo du groupe Parole d’honneur est pathétique dans l’explication du visuel mais du tout dans le témoignage de Mathilde que je veux bien croire. Ces jeunes gens sont incultes dans l’histoire de la lecture d’images. Je persiste donc à penser que le visuel est fondamentalement antisémite, ce que Mathilde Panot désigne comme « mauvais ».
      – Le code pénal suisse aurait puni ceux qui auraient débranché la sono et tant hué BB. Sa plainte de BB sera examinée par la justice française.
      – tu ne dis mot de la spirale risquant de traquer dans la culture tous les bons et mauvais juifs.

      Bref, je pense que nous nous sommes bien dit les choses. Je pense profondément que toi aussi tu es bien en-dessous de tes magnifiques capacités, que je te reconnais au théâtre depuis bien longtemps.

      PS
      Et pour finir, voici la lettre d’adieu de Jean Quattremer à Libération, après quatre décennies de collaboration. Elle est parue le 30 juillet. Libé, un journal que les lfistes détestent ; Quattremer, un journaliste assurément bien plus (ou tout autant) « collabo » que moi. Eh bien, cher camarade Matthieu, je suis plus proche de lui que toi, plus proche aussi de Rudy Demotte, socialiste belge ou d’André Markovicz.

      « Adieu Libé !

      Chers amis de Libération,

      Je le confesse, je suis un libertaire et comme tout libertaire, un provocateur. Ni dieu ni maître. C’est même pour cela que j’ai choisi Libé en 1984. Un journal libre, foutraque, dissident, anticonformiste, celui que Serge July avait recréé en mai 1981, Libé II. « Au commencement de Libération, il y avait le chaos », comme il l’a très justement écrit, un chaos des origines qui a longtemps marqué ce journal. Des gens improbables et passionnés y cohabitaient, des gens qui passaient leur temps à s’engueuler en public, ce qui aurait été impossible dans les autres titres compassés et institutionnels, et ensuite se réconciliaient autour d’un verre ou d’un repas. On n’avait peur de rien et surtout pas de ceux qui ne pensaient pas comme nous, avec qui, au contraire, on cherchait la confrontation. Jamais nous n’aurions censuré qui que ce soit ou quoi que ce soit (à quelques exceptions près, il faut bien le reconnaitre). Il était interdit d’interdire, un héritage de mai 1968 dont on pouvait être fier, même s’il y a parfois eu des dérapages que Libé a eu le courage de reconnaitre contrairement à bien d’autres jounaux. Et tout à fait accepté de casser la vaisselle et de mettre les pieds sur la table.

      Mais les meilleures choses ont une fin. Je tire ma révérence.

      Je remercie les directions de la rédaction successives qui m’ont longtemps permis d’exercer en toute indépendance mon métier au sein du journal, mais aussi sur d’autres plateformes, la majorité de mes collègues avec qui j’ai toujours eu des relations cordiales au fil du temps et les différents actionnaires qui nous ont plus que généreusement financés sans jamais intervenir dans la rédaction, je peux en témoigner.

      Si je pars, ce n’est pas à cause de l’Europe, le sujet auquel j’ai consacré avec passion une très large part de mon activité professionnelle. J’appartiens à cette gauche sociale-démocrate qui combat l’obscurantisme religieux quel qu’il soit, le racisme, l’antisémitisme, les discriminations, la haine des musulmans, le sexisme, l’homophobie, l’injustice sociale, les régimes autoritaires, etc.. Celle qui juge sacrées les libertés individuelles et collectives, la liberté d’expression en particulier, celle qui ne transige pas avec l’État de droit et la République.

      Je ne peux hélas que constater qu’elle est désormais minoritaire, voire en voie de disparition. De crainte d’être accusée « d’islamophobie » ou de néocolonialisme ou, plus cyniquement, pour chercher à s’attacher un vote communautaire, une partie de la gauche politique et médiatique tolère en son sein les discours homophobe, misogyne, transphobe, anti-laïcité, anti-liberté d’expression et le cléricalisme avec qui elle s’allie. Elle a, depuis le pogrom du 7/10, transformé l’hostilité au gouvernement Netanyahu que je partage totalement et le soutien légitime à la cause palestinienne en un antisionisme virulent, le masque d’un antisémitisme débridé comme l’avait très bien compris Vladimir Jankélévich, qui est la négation des valeurs non seulement de la gauche, mais de la République. On manifeste devant des synagogues, on agresse des Juifs, on hurle « Heil Hitler » dans des manifestations, on interdit de parole des intellectuels, des artistes, des scientifiques, des journalistes parce qu’ils sont juifs et donc sionistes et donc « génocidaires ». On traite de fasciste quiconque, juif ou non, n’est pas dans cette ligne, en vertu d’un antifascisme d’un nouveau genre qui ressemble comme un frère jumeau par sa violence – parfois mortelle- à ce qu’il prétend combattre.

      Comme au plus beau temps de l’URSS et du Komintern, la police de la pensée fait régner une terreur idéologique à coups d’anathèmes, de dénonciations calomnieuses et de culture de l’annulation. On nazifie les Juifs, on accuse Israël et les juifs de la planète, d’être génocidaire comme hier on les accusait de déicide, on nie le droit à l’existence d’Israël ce qui n’est le cas d’aucun autre pays, on considère qu’au fond l’antisémitisme est une opinion comme une autre et non plus une valeur sur laquelle on ne transige pas… Oui, tout cela est permis. Mais dénoncer l’antisémitisme et l’antisionisme, défendre le droit d’Israël à exister, remettre en cause l’affirmation que ce pays commet un génocide ou organise une famine, pointer l’utilisation comme bouclier humain des populations civiles par les terroristes du Hamas, s’interroger sur l’instrumentalisation de l’UNWRA ou de l’ONU par les islamistes, ah, ça non !

      Pourtant, je vous le dis, moi qui ne suis pas juif : l’antisémitisme sous toutes ses formes, même sournoises, est le marqueur incontestable de la haine de la République, des libertés, de l’Etat de droit, de l’égalité, de l’humanisme. Il prédit le totalitarisme.

      Cette nouvelle gauche qui se vautre dans l’antisémitisme défend la liberté d’exprimer… la même opinion qu’elle. Elle trie entre les bonnes et les mauvaises victimes au lieu de défendre l’humanité toute entière. Elle injurie et diffame ceux qui ne sont pas au garde-à-vous de sa propagande, de ses mensonges et de sa haine. Ainsi, contrairement à ce qu’ont affirmé depuis le 7/10 les tenants de cette gauche qui n’a plus de gauche que le nom, je n’ai jamais confondu les musulmans avec l’islamisme, ni les Palestiniens avec le Hamas et ses thuriféraires. Qui m’accuse de racisme, d’islamophobie, une accusation qui ne tue que ceux qui en sont accusés, et de fascisme est un con ou un salaud ou les deux.

      Je l’admets, je ne me reconnais pas dans cette gauche-là qui est la négation même des principes qui ont fondé Libé. Certes ils sont très loin d’être majoritaires dans le journal et a fortiori dans sa direction, mais selon des méthodes de harcèlement éprouvées à l’extrême-gauche, ils parviennent à me rendre l’air irrespirable. Je tire donc ma révérence. Je reprends ma liberté, car elle est mon bien le plus précieux. Je n’ai pas l’intention d’en abandonner la moindre parcelle, ni de me plier à quelque discipline que ce soit, ni de consacrer mon temps à me justifier devant des groupuscules dans des procès de Moscou-sur-Seine. J’ai passé l’âge de céder aux intimidations des « offensés » à géométrie variable. J’aurais pu dire comme Pialat : « Vous ne m’aimez pas ? Je ne vous aime pas non plus. » Mais ce serait faux. J’ai aimé et j’aime beaucoup d’entre vous. Mais plus qu’à vous, je tiens à ma liberté. Les vrais insoumis ne sont pas ceux qu’on croit.

      Je quitte certes Libération, mais pas ses lecteurs, ceux qui m’ont lu, entendu et aimé tout au long de ces années, ceux pour qui la diversité d’opinions au sein de la gauche est un trésor précieux. Comme le disait Jean-Paul Sartre en 1973 à propos de Libération dont il était le cofondateur avec Serge July, c’est « un journal qui n’est pas celui d’un parti et où les journalistes, tous de gauche, n’ont pas nécessairement la même opinion ». À tous ces lecteurs, je donne rendez-vous sur d’autres plateformes où je continuerai à faire entendre ma voix et à défendre les valeurs et le journalisme auxquels je crois.

      J’espère que la majorité d’entre vous continuera, comme j’ai tenté de le faire ces dernières années, à défendre Libération contre ceux qui voudraient le prendre en otage au nom d’une idéologie contraire à ses valeurs. A ceux qui se battront pour « libérer Libération », pour reprendre, encore, une expression de Serge July datant de 1981, je souhaite bonne route, comme je souhaite bonne route à Sonia Delesalle-Stolper, sa nouvelle directrice de la rédaction. N’oubliez pas qu’on reconnaît la liberté au bruit qu’elle fait en s’en allant.»

      Jean Quatremer

      1. Cher Daniel,

        Tu peux bien sûr maintenir ton avis que le visuel serait antisémite, reste qu’aucune des parties plaignante ne s’y risque et que Mathilde Panot a explicitement dit la même chose que moi au sujet du drapeau, à savoir qu’il est celui de la Pride de Tel-Aviv et que donc, il renvoie au set privé de Butch chez l’ambassadeur français. Et elle de contester, comme moi, ce qualificatif infamant. Au passage, que cette accusation ô combien instrumentalisée pour faire taire les voix critiques du régime israélien soit si persistante sur les plateaux alors qu’il y a très exactement zéro condamnation de LFI ou ses élus à ce motif devrait interpeller et conduire à plus de « nuance » ou de « prudence » a la reprendre (tu vois, je peux appeler à la modération^^).

        Sinon, content de voir ton ajout, la différence de soutien entre les uns et l’autre est quand même édifiante.
        Butler à été censurée pour sa conférence. Que ses livres soient toujours vendus n’y change rien. Les films avec Blanche sont aussi toujours disponibles, comme les captations de ses spectacles.
        Pour Dieudo, il avait déjà été condamné en 2014, oui, mais pas pour des propos liés aux spectacles qu’il jouait alors. C’est cela que j’ai écrit, pas autre chose.
        Pour ce qui regarde le code pénal ici, si la sono avait été débranchée, oui, il condamnerait, mais ce ne fut pas le cas. Quant aux cris, qu’ils couvrent une sono professionnelle de festival est très peu probable, ceux qui s’y essairaient perdraient leur voix bien avant d’y parvenir.

        Sur la spirale dont tu parles, la chose se fait d’elle-même. Quand Yvan Attal ose sur les ondes de Radio J, face à un journaliste accusé d’agressions mais toujours en poste, dire que les Gazaouis « veulent tellement nous ressembler qu’ils s’inventent un génocide. » il est évident que ses prochains films seront boycottés. Mais à nouveau, ça n’est pas la judéité de Attal qui sera visée – on se fiche bien de sa religion – mais ses prises de position politiques qui le seront. Et c’est parfaitement légitime.
        Pour te donner un exemple où je n’étais pas d’accord avec le boycott, c’est le cas du cinéaste israélien Lapid, dont les positions sont hostiles au régime israélien et dénoncent le fascisme qui y sévit. La question devant être politique et non tenir à une religion ou une nationalité.

        Pour la modération face à un génocide, je maintiens absolument ma position. C’est l’humanisme qui commande de faire tout son possible pour l’empêcher et pour que les responsables soient traduits en justice. La modération – qui commence par refuser le terme – s’accommode mal à cet impératif.
        Pour le terme, la Cour Internationale de Justice s’est fendue d’un commentaire actant un « risque plausible » de génocide et a édicté un certain nombre de mesures pour le prévenir. Aucune de ces mesures n’ayant été appliquées par Israël, la logique conduit à considérer que le risque s’est matérialisé. À quoi s’ajoute la lecture des éléments de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (dont Suisse comme France sont signataires), qui permet de voir qu’au moins quatre des cinq conditions sont remplies – sachant qu’une seule suffit à la qualification.
        https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-prevention-and-punishment-crime-genocide

        Enfin, je partage l’avis de nombreux spécialistes du génocide qui se sont exprimés à ce sujet. Je cite ici une sommité israélienne du domaine, Omer Bartov: « Depuis l’attaque contre Rafah, le 6 mai 2024, il n’est plus possible de nier qu’Israël se rend coupable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide perpétrés de manière systématique. Cette attaque contre le dernier refuge des Gazaouis dont la plupart avaient déjà été forcés à plusieurs reprises par l’armée israélienne de se déplacer et avaient été à nouveau confinés dans ce qu’on appelait des zones sûres”, témoigne non seulement d’un mépris total pour les règles humanitaires, mais révèle aussi l’objectif ultime poursuivi par Israël depuis le début du conflit : rendre la bande de Gaza inhabitable, et placer ses habitants dans une situation de détresse telle qu’ils soient voués à disparaître ou poussés à fuir à tout prix cette région dévastée. »

        J’ajoute que je suis confiant sur une éventuelle prise de position dans ce sens de la part de nos camarades cantonaux.

        PS: Sur Quatremer (que j’ai depuis un bail sous-titré « un océan de bêtise »), son départ me paraît logique, il sera bien plus à l’aise dans les colonnes réactionnaires de Marianne et dans celles se voulant progressistes de Libé. À son sujet, je reprends ici les termes du journaliste Guillaume Duval:
        « Jean Quatremer quitte le journal Libération où il était entré en 1984 pour rejoindre Marianne. Je connais Jean Quatremer et je suis ses interventions depuis très longtemps. J’ai le même âge que lui et j’ai pratiqué aussi le même métier pendant 25 ans, au sein d’un autre média, Alternatives Economiques, où je traitais également de la question européenne. Son évolution, j’allais dire sa dérive, au cours des dernières décennies me semble caractéristique des tendances à l’œuvre parmi les élites françaises qui ont abouti à doper et à banaliser de plus en plus l’extrême droite. Concernant l’Europe, Jean Quatremer est incontestablement un bon connaisseur des institutions et de la mécanique européenne. Il a joué à certains moments un rôle utile en dénonçant par exemple les manœuvres et les excès de pouvoir de Martin Selmayer, un temps tout puissant secrétaire général de la Commission européenne. Même s’il s’en défend, il fait néanmoins intégralement partie de la « bulle bruxelloise » qui rassemble les fonctionnaires européens et le monde des think tanks, des journalistes et des lobbyistes qui tournent autour des institutions européennes. Rien d’étonnant après 40 ans passés uniquement dans ce milieu. Et à ce titre, il n’a jamais pu comprendre en quoi et pourquoi l' »Europe marché » qui s’est déployée depuis les années 1980 était un échec retentissant. Il n’a jamais vraiment pu saisir les raisons pour lesquelles les peuples avaient pris en grippe cette construction qui a si longtemps favorisé le dumping social et fiscal, creusant les inégalités au sein du continent et induisant sa désindustrialisation et son affaiblissement économique. Ce manque d’empathie à l’égard de la souffrance des peuples avait été particulièrement visible durant la crise grecque. Cette incompréhension qu’il partage avec la plupart des élites françaises et européennes, de droite mais aussi de gauche, a puissamment contribué à faire monter le RN en France. Mais ce sont surtout ses multiples prises de position au sujet du conflit israélo-palestinien depuis le 7 octobre 2023 qui ont été particulièrement problématiques ces dernières années. Depuis trois ans, Jean Quatremer a consacré en effet une part essentielle de ses interventions médiatiques à s’exprimer à propos de ce conflit sur lequel il ne possède a priori aucune expertise particulière. Il l’a fait en cherchant constamment à minimiser le caractère criminel des actions menées par le gouvernement d’extrême droite israélien. Famine à Gaza ? Quelle famine ? Juste un peu de rationnement… Génocide ? Mais enfin soyons sérieux juste quelques victimes collatérales liées au fait que le Hamas se sert de civils comme boucliers humains… Tout en accusant systématiquement avec beaucoup d’arrogance tous ceux et toutes celles qui étaient en désaccord avec lui sur ces points d’être en réalité des antisémites à la solde des islamistes qui veulent seulement la disparition d’Israël. Jean Quatremer répète bien sûr toujours qu’il est très opposé à Netanyahou mais il fait partie de cette catégorie nombreuse des leaders d’opinion français qui tout en se disant en désaccord avec Netanyahou sont en pratique encore beaucoup plus hostiles au fait que la France et l’UE prennent la moindre mesure contre l’Israël dirigé par une extrême-droite impérialiste, raciste et suprémaciste. Qu’il s’agisse de la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël, de l’interdiction des ventes d’armes à Israël ou des importations en provenance des colonies illégales, de sanctions contre les dirigeants israéliens qui tiennent des propos génocidaires et commettent ou incitent à commettre des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, ou encore de soutenir la Cour Pénale Internationale contre les attaques de Trump et de Netanyahou. Bref Jean Quatremer fait partie des très nombreux faux-culs français et européens qui refusent d’appliquer à l’Israël de Netanyahou les mêmes critères et les mêmes mesures qu’on applique à juste titre à la Russie de Poutine pour les innombrables crimes de guerre, crimes contre l’humanité et violations du droit international que le gouvernement israélien commet chaque jour. Ce qui contribue puissamment à déconsidérer la France et l’Europe dans le monde et exacerbe les tensions que ce conflit suscite au sein de la société française tant ce deux poids deux mesures apparaît légitimement insupportable à une part importante de la population et notamment de la jeunesse. Cette attitude de Jean Quatremer à propos du conflit israélo-palestinien, convergente avec celle de l’extrême droite islamophobe, tend là aussi à légitimer le RN et à favoriser son accession au pouvoir. »

      2. Cher Matthieu, grâce à tes nuances sur Lapid, à ta référence importante à Bartov, dont je vais copier plus bas l’entretien dans LE TEMPS du 18 juillet, notre échange s’enrichit malgré nos positions inconciliables sur le droit d’interrompre un spectacle ou une conférence et la modération comme prélude à la collaboration.

        Omer Bartov, historien de l’Holocauste: «Le sionisme ne peut plus être réparé», LE TEMPS, 18 juillet 2026

        L’historien Omer Bartov, professeur à l’Université Brown (Etats-Unis), est un spécialiste unanimement reconnu de l’Allemagne nazie et du génocide des juifs d’Europe. L’année dernière, il a provoqué un intense débat et de nombreuses polémiques en affirmant qu’Israël était bien en train de commettre un génocide à Gaza. Son dernier livre, Israël. Une course vers l’abîme (Seuil) a été publié en traduction française. Petit-fils et fils de personnalités sionistes ferventes, l’académicien israélo-américain s’interroge sur ce qui «a mal tourné» dans la réalisation du rêve sioniste. Une idéologie, affirme-t-il, qui est devenue aujourd’hui «indéfendable» et qui doit être reléguée aux oubliettes de l’Histoire.

        Le Temps: L’été dernier, vous faisiez paraître une tribune qui a provoqué un séisme: «Je suis spécialiste du génocide. Je sais reconnaître un génocide quand j’en vois un», disiez-vous à propos de Gaza. Ce génocide est-il encore en cours selon vous?
        Omer Bartov: Les massacres à grande échelle n’ont pas lieu en ce moment, mais les gens de Gaza vivent dans des conditions très, très précaires. Nous sommes dans une sorte de «pause» à cause de la situation en Iran et d’un prétendu cessez-le-feu. Mais cette pause survient après des événements dont personne n’assume la responsabilité et en l’absence de la moindre pression pour que des comptes soient rendus devant la justice. C’est difficile d’appeler cela une «trêve». Face à son échec en Iran, le président Donald Trump pourrait chercher un succès ailleurs et tenter de revenir à son soi-disant plan de paix en 20 points pour Gaza. Nous pourrions alors nous trouver devant un nouveau type de suite donnée à un génocide, dans lequel tout le monde en profiterait, excepté les victimes.

        Comment cela?
        Si le plan Trump est mis en œuvre, même en partie, cela signifiera la construction d’une ville prétendument utopique le long de la côte à Gaza. Les Palestiniens seraient enfermés dans de soi-disant «cités humanitaires», d’où ils ne sortiraient que pour travailler à la construction de cette «Riviera», puis pour servir les riches et célèbres qui viendront d’Europe et d’Amérique. Ainsi, tout le monde y gagne. Israël parce qu’il obtient plus de territoire de Gaza, et qu’il rend les conditions aussi difficiles que possible pour les Palestiniens, dans l’espoir qu’ils finiront par partir. Les Emirats arabes unis et d’autres Etats arabes y gagnent parce qu’ils auront à nouveau de bonnes relations avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis eux-mêmes y gagnent parce qu’ils conservent le contrôle de la région, et parce que les magnats de l’immobilier – vous savez, [Jared] Kushner, [Steve] Witkoff et tous leurs amis – vont se faire une fortune colossale. C’est donc un scénario cauchemardesque en lui-même, mais qui pourrait en outre devenir très tentant pour quiconque envisagerait de commettre un génocide à l’avenir.

        En anglais, votre livre est intitulé «Israel. What Went Wrong?» («Israël. Qu’est-ce qui a mal tourné?») Au centre de cette question figure l’évolution du sionisme, passé dites-vous d’un mouvement visant à émanciper les juifs à une idéologie d’Etat. A quel moment cela s’est-il produit?
        Le sionisme a toujours eu deux visages. Le premier concernait la libération des Juifs, une minorité soumise à une pression énorme du nationalisme ethnique européen et de l’antisémitisme croissant. Mais son autre visage a été celui de la colonisation de peuplement, car une fois que les Juifs ont commencé à venir en Palestine, ils ont empiété sur les terres palestiniennes, et ils étaient soutenus par l’empire le plus puissant du monde à l’époque, qui s’était engagé à créer un foyer juif en Palestine.
        C’est un processus long, qui ne se fait pas du jour au lendemain, mais je situerais le point de bascule en 1948, lors de la création de l’Etat d’Israël, qui est aussi le moment où se produit la Nakba, l’expulsion massive de la population palestinienne. Le choix d’Israël de ne pas se normaliser, de ne pas accepter une Constitution qu’il s’était pourtant engagé à adopter, de ne pas définir ses frontières, tout cela a signifié que le sionisme était effectivement devenu une idéologie politique ethno-nationale. Et cela, sans être soumis aux contraintes légales ou politiques d’un État démocratique libéral moderne. Notez que le sionisme avait, de fait, atteint son objectif en 1948 – il avait abouti à la création d’un Etat à majorité juive, qui a été accepté par la communauté internationale.

        Cela n’a pas empêché Israël de s’étendre encore après la guerre des Six-Jours…
        En 1967, Israël prend en effet le contrôle des territoires où vivent un grand nombre des Palestiniens qu’il avait déjà expulsés en 1948. Il renverse en fait la situation contre lui-même puisqu’il n’est plus un Etat à majorité juive. Or cette situation a produit un impact considérable sur la façon dont les Israéliens juifs perçoivent les Palestiniens. Il y a un processus insidieux de déshumanisation qui n’a rien de particulièrement singulier – tout régime colonial subit ce processus. C’est une déshumanisation des colonisés, qui mène aussi à une déshumanisation du colonisateur.

        Dans votre livre, vous détaillez aussi les liens complexes entre l’Holocauste et la transformation du sionisme. En quoi consistent-ils?
        Le sionisme va créer un Etat qui se perçoit lui-même comme la réponse à l’Holocauste. A l’origine, c’est une idéologie qui ne regarde pas en arrière, mais vers l’avant, et qui se veut donc en grande partie optimiste. C’est tout le concept du sionisme: normaliser l’existence juive, créer un homme juif nouveau. Mais, progressivement, elle devient une idéologie pessimiste en ce qu’elle est constamment dans l’attente d’un autre Holocauste. Elle transforme la Shoah non seulement en événement historique, mais aussi en une menace future. Et cela a aussi un impact majeur sur la façon dont l’Etat se comporte et dont sa population perçoit la réalité. Pour simplifier, le résultat sera de permettre à l’Etat d’exercer la violence contre tout ce qui est perçu comme une menace existentielle. Or cela arrive à une époque où Israël, après 1973, devient la puissance militaire hégémonique au Moyen-Orient. Ainsi, plus Israël est objectivement en sécurité sur le plan militaire, et plus l’Holocauste est utilisé comme une autorisation pour exercer la violence. La question palestinienne, en ce sens, est au cœur de cette transformation du sionisme en un mouvement de militarisation, de centralisation, d’expansionnisme, de nettoyage ethnique, et, après le 7 octobre 2023, de génocide.

        Quel rôle jouent plus précisément l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, et ses suites?
        Le meurtre de civils ne peut jamais se justifier. Mais dans sa brutalité, l’attaque du Hamas rejoint beaucoup d’autres cas de l’histoire coloniale. Côté israélien, cela va tout accélérer, en s’inscrivant dans cette notion qu’Israël est confronté à une menace existentielle. Pour une grande majorité d’Israéliens, voici légitimée l’idée qu’il faut «exterminer les brutes», qu’il faut tuer, détruire, éradiquer ces gens qui sont sortis de leur cage pour les attaquer. Ainsi, le processus de déshumanisation qui s’est étendu sur des décennies d’occupation déclenche maintenant une violence extraordinaire et une impunité totale, non seulement en Israël, mais aussi avec le soutien massif des alliés européens et, bien sûr, américain.

        Malgré ces critiques frontales, vous refusez de vous proclamer «anti-sioniste». Vous dédiez même votre livre à votre père, ce «dernier sioniste» que vous saluez…
        Mon père s’est porté volontaire pour la Brigade juive pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu’il avait 17 ans. Il a rencontré les rescapés de la Shoah, et cela a eu un impact énorme sur lui pour le reste de sa vie. Il faisait pleinement partie du sionisme socialiste de gauche, qu’il voyait comme une tentative de créer une société meilleure et plus égalitaire. Mais il était aussi, bien sûr, soldat, tout comme ma mère, pendant la guerre de 1948. Il n’a jamais raconté tout ce qui s’était passé là-bas. Beaucoup de membres de sa génération ont emporté avec eux dans la tombe une grande partie de ce qu’ils avaient vécu et de ce qu’ils avaient fait. Ils ont vu l’expulsion [des Palestiniens], ils ont vu les atrocités, et pourtant ils croyaient encore qu’il était possible de créer un Etat juste et, jusqu’en 1948, un Etat binational. Alors, y avait-il de l’hypocrisie là-dedans? Oui. Le sionisme, en tant que mouvement ethno-national, a-t-il toujours comporté un potentiel de violence? Bien sûr, comme c’est le cas de tous les mouvements ethno-nationaux. S’agissait-il d’un génocide dès le début? Certains le pensent et les Palestiniens le soutiendraient. Pour ma part, je ne le pense pas, même s’il y avait un potentiel de violence considérable.

        Loin de ces élans socialistes que vous décriviez, le sionisme porté par l’Etat israélien est désormais nourri d’une forte dimension religieuse. Comment l’interpréter?
        Il faudrait remonter aux zélotes de l’époque romaine pour trouver un équivalent. Cette transformation du sionisme en un mouvement religieux fanatique, messianique, suprémaciste juif, est complètement étrangère aux gens de la génération de mon père ou même de mon grand-père, qui était pourtant un juif religieux. Vous savez, je n’essaie pas d’idéaliser cette génération, mais je pense qu’ils avaient une vision du monde humaniste, laïque et idéaliste, qui souvent rencontrait la réalité d’une manière qui n’était peut-être pas aussi flatteuse que les Israéliens le souhaiteraient. Le genre de sionisme qui existe aujourd’hui n’a plus du tout sa place dans le monde et ne peut plus être réparé. Ce n’est pas comme si on pouvait revenir à un bon sionisme. C’est terminé.
        Mais le sionisme, je le répète, est une idéologie, et non une identité. De ce point de vue, Israël doit se réinventer sans le sionisme, il doit se redéfinir comme un Etat de tous ses citoyens, et non comme cet Etat de nettoyage ethnique, de génocide, qu’il est devenu sous le sionisme en tant qu’idéologie d’État. Cela s’est produit avec d’autres mouvements idéologiques. A un moment donné, ils sont devenus si méprisables que la seule chose qu’on pouvait en faire, c’était de les reléguer aux oubliettes de l’Histoire.

        Aux Etats-Unis, en France, mais aussi en Suisse, il est beaucoup question de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), qui associe étroitement la critique du sionisme et d’Israël à l’antisémitisme. Comment percevez-vous ce débat?
        Vous savez, certains des éléments inclus dans la définition de l’antisémitisme de l’IHRA sont franchement absurdes. Prenez le fait de comparer Israël aux nazis. Est-ce antisémite, comme le dit l’IHRA? Les Israéliens se comparent eux-mêmes aux nazis. Ils comparent le Hamas aux nazis. Les nazis sont constamment en arrière-plan, soit pour justifier ce que vous faites, soit pour critiquer ce que vous faites, au point que c’est devenu presque un réflexe en Israël.
        Plus largement, il y a beaucoup de gens, y compris des citoyens israéliens, qui se perçoivent comme sionistes, et qui sont pourtant très critiques envers l’Etat, envers le traitement des Palestiniens, et envers l’évolution du sionisme. L’Etat d’Israël existe, il est reconnu par la communauté internationale et ne va pas disparaître. Tout ce verbiage pour savoir si l’on est pour ou contre l’existence de l’Etat d’Israël n’est que cela: de la propagande. Nous ne pouvons pas le prendre au sérieux. En revanche, nous devons prendre l’antisémitisme au sérieux. L’antisémitisme existe bel et bien, mais il faut identifier ce que c’est. Si l’on brouille les pistes, on ne fait que favoriser son expansion. Si l’on dit que les gens qui protestent contre les actions d’Israël, contre le génocide perpétré par Israël, sont des antisémites, alors on se retrouve dans une contradiction dans les termes parce qu’on tente de justifier le génocide contre les Palestiniens en évoquant un autre génocide, celui commis contre les Juifs. Or un génocide ne peut jamais être justifié.

        Un autre point clé de cette définition de l’antisémitisme de l’IHRA est l’unicité de la Shoah. Or, en tant qu’historien, vous vous y opposez. Pour quelle raison?
        L’unicité de la Shoah n’est pas un argument historique. On peut en discuter autant qu’on veut, mais historiquement, cela n’a absolument aucun sens. L’Holocauste était évidemment un génocide – et il a joué un rôle central dans la définition du génocide, et dans le fait que l’ONU ait effectivement établi une convention sur le génocide en 1948. Mais alors, nous devons admettre qu’il avait des similitudes génériques avec d’autres types de génocides, non? Il a été commis «dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel», comme le dit la convention des Nations unies. La manière dont cela a été fait, l’ampleur avec laquelle cela a été fait, le groupe particulier qui a été ciblé, le type de régime qui l’a fait, tout cela est bien spécifique. Le régime nazi ne ressemblait pas au régime hutu au Rwanda ou au régime communiste au Cambodge. Mais si l’on affirme que tous ces événements sont des génocides, alors ils ont bel et bien des points communs.
        L’insistance sur l’unicité de la Shoah est devenue de plus en plus un argument idéologique pour autoriser ce que l’on peut faire aux autres, plutôt qu’une leçon à valeur historique. A cause de ce qui nous est arrivé, et parce que le reste du monde, comme on dit, «est resté les bras croisés» pendant que les Juifs étaient assassinés, personne n’aurait le droit de nous dire comment nous devons nous comporter. Lorsque nous sentons que nous sommes confrontés à une menace existentielle, alors nous nous moquons de tout l’édifice du droit international qui a été créé après l’Holocauste pour s’assurer que cela ne se reproduise plus, qu’il n’y ait pas d’autre génocide. A cause du génocide qui a été commis contre nous, nous aurions finalement le droit de commettre un génocide contre d’autres. C’est un argument qui doit être rejeté, il est totalement irrecevable.

      3. Cher Daniel,

        Je ne qualifierait pas de « nuance » mon propos sur Lapid, c’est une question de cohérence quant au motif du boycott. Il est politique. De là, s’il me semble totalement injustifié dans son cas, il l’est pleinement dans le cas de Butch.

        Sinon, tu n’as pas répondu à la question que je posais sur un éventuel portrait de Netanyahou les mains ensanglantées. Elle rejoint pourtant un élément présent dans la réflexion brillante de Bartov: peut-on invoquer un génocide passé pour empêcher de critiquer un génocide en cours? Et cela vaut aussi pour le recours à une imagerie qui, loin de vouloir renvoyer aux affiches nazies, dit la barbarie à l’œuvre actuellement pour elle-même.

  3. Salut Daniel,

    Je ne dirais pas que ma position rapport à Lapid serait de la « nuance », il s’agit simplement de cohérence: le motif de boycott doit être politique. En ce sens, si le sien est injustifié, celui de Butch l’est.

    Sinon, tu n’as pas répondu à ma question sur un éventuel portait de Netanyahou représenté avec des mains ensanglantées. Or elle fait écho à ce que Bartov développe dans son brillant propos: peut-on opposer un génocide à un autre? Peut-on convoquer l’imagerie nazie pour empêcher ou condamner un visuel qui, lui, dénonce le génocide en cours pour lui-même?

    1. Cher Matthieu,

      Merci de commentaire qui sera le dernier pour laisser à d’autres la possibilité de débattre. Mon commentaire sera aussi le dernier sur les tiens.

      Bartov en effet trouve faible de condamner un visuel accusateur sous prétexte qu’il « outragerait la mémoire de la Shoah ». Or, je n’ai jamais ni pensé ni écrit cela, j’ai simplement dit que ce visuel reprend les mêmes codes antisémites que la propagande nazie. Il est donc antisémite.Comme l’UDC utilise parfois ce type de code stigmatisant à propos des immigrés.

      Bartov a raison de penser qu’un génocide se définit par lui-même, strictement selon les critères du droit international (notamment la Convention de l’ONU de 1948). Il n’est pas nécessaire qu’un événement ressemble trait pour trait à la Shoah (chambres à gaz, camps d’extermination industriels) pour être qualifié de génocide. 

      Cependant, il rejette l’assimilation pure et simple des actions de l’armée israélienne à celles du régime nazi. Le génocide nazi était un programme étatique, industriel et systématique visant à l’extermination totale et mondiale de chaque individu juif. 

      C’est pourquoi nombre de personne n’utilisent pas « génocide » pour parler de Gaza car elles n’ont pas toutes lu Bartov ou contestent la définition de l’ONU dans son 5e critère, à savoir « le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe », visant à assurer la destruction physique et culturelle du groupe à long terme, en interrompant la transmission de son identité. Ce critère prête à débat, y compris au sein de ma famille !

      A Gaza, selon Bartov, qui est évidemment discuté en Israël voire stigmatisé, il y aurait génocide selon la définition de la Convention de l’ONU, car il estime que la destruction systématique des infrastructures (habitations, universités, hôpitaux) et les déplacements forcés traduisent une intention manifeste de rendre Gaza inhabitable, détruisant ainsi le groupe « en tout ou en partie ».

      Quant à parler d’ « État génocidaire » à propos d’Israël, je me suis toujours refusé à le faire : un tel slogan ne tient pas compte que des dizaines de milliers d’Israéliens, et j’en connais, proches de moi par leur racines chaux-de-fonnières, se rassemblent chaque semaine sur des places publiques pour s’opposer à Netanyahou. Et que chaque Israélien, même arabe, aura le droit de vote le 27 octobre pour les élections législatives. J’ai longuement ailleurs expliqué que d’un autre côté cette égalité devant le vote n’est pas celle devant l’accès aux soins, à la sécurité et aux emplois publics.

      Bref, je le récris, « la nuance est le luxe de l’intelligence libre ».

  4. Merci pour ce texte intéressant. Cette histoire de BB est un peu confuse et je ne sais pas ce qui s’est passé exactement. Je n’ai pas connaissance d’un analyste neutre qui ne chercherait pas à verser des arguments dans un sens ou dans l’autre. Mais ne crois-tu pas que les gens qui ont manifesté contre BB l’auraient fait contre toute autre artiste ayant appuyé la loi Yadan? Etre lesbienne et grosse met-il au-dessus de la critique? Qualifier le visuel de l’affiche d’antisémite est délicat, car la « vérité » d’un visuel se trouve dans les cerveaux de ceux qui le conçoivent ou le perçoivent. Moi, je ne le perçois pas, surtout dans le contexte actuel où on accuse d’antisémite toute personne antisioniste. D’un autre côté, cette affiche est sans doute une maladresse ou plutôt une grosse faute. A la place du Mossad, je payerais en sous-main les antisionistes pour qu’ils utilisent l’étoile de David dans leur propagande, car cela favorise la confusion entre antisionistes et antisémites. A la place de la CIA, je financerais le mouvements de gauche qui arborent fièrement un marteau et une faucille.

  5. Après avoir dormi une nuit sur mon commentaire précédent, et vu https://m.youtube.com/watch?v=KCw3cMCVYpo je pense que les huées infligées à Barbara Butch sont indignes, vu que pour autant que je sache on lui reproche principalement d’avoir signé un texte certes fasciste, mais pas en connaissance de cause, car elle dit en passant avoir ignoré la portée. Cela n’empêche pas que le procès en antisémitisme, lesbophobie et grossophobie à l’encontre des chahuteurs soit peut-être mal avisé. PS la vidéo parle de « jets de projectiles » alors qu’on en voit qu’un, dont il est impossible de dire s’il est en verre (ce qui est punissable) ou en plastique.

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