La section grenobloise de La France insoumise a appelé ce printemps 2026 au boycott d’une performance de la DJ Barbara Butch en utilisant un visuel « mauvais ». Le 18 juillet 2026, l’artiste a dû interrompre son spectacle sous la pression d’un public venu pour effectuer un boycott que je nommerais « physique ». Si un appel au boycott relève de la liberté d’expression, empêcher un artiste de jouer et le public de l’écouter est pour moi indéfendable. Heureusement en Suisse de telles actions violentes n’existent pas (encore), ce qui ne retient pas des internautes romands de justifier ce qui s’est passé à Grenoble, dans un pays fracturé qui nous terrifie.
Les faits
Le 19 mai, Jonas Pardo, directeur de l’association Boussole antiraciste, a publié dans Libération un article résumant la situation. Avec son association, ce chercheur, juif de gauche, propose des formations à la lutte contre toutes les formes de racisme. Il est coauteur avec Samuel Delor du Petit Manuel de lutte contre l’antisémitisme (Commun, 2024).
« Les extrêmes droites avaient peu apprécié la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2025. Le président américain Donald Trump, celui de Turquie Recep Tayyip Erdogan mais aussi l’eurodéputée Marion Maréchal Le Pen avaient interprété le festin divin mis en scène par Thomas Jolly comme un blasphème antichrétien et voyaient une offense envers la Cène, dernier repas de Jésus. Après le show, la DJ Barbara Butch qui performait au centre du banquet, avait fait l’objet d’une campagne mondiale de cyberharcèlement. Insultée parce que juive, grosse et lesbienne,ce qu’elle revendique fièrement par ailleurs, l’icône LGBT avait porté plainte contre plusieurs de ses haters et obtenu gain de cause.
En toute cohérence, plusieurs médias et intellectuels conservateurs ont bondi lorsqu’ils ont appris la nomination de Barbara Butch à la direction artistique de la Nuit Blanche 2026 par la Ville de Paris. Sur CNews, Mathieu Bock-Côté a fustigé le choix de la mairie, qui relèverait selon lui, d’une promotion des combats « multiculturalistes », « diversitaires », « drag-queens » et « la sacralisation de ce qu’on appelle les migrants ». Le Journal du Dimanche ne considère pas que ce serait les profils anonymes qui auraient provoqué une polémique en ligne, mais « l’artiste [qui] avait suscité de vives réactions » en réinterprétant la Cène. De son côté, le média Frontières dénonce le montant alloué par la ville à la Nuit Blanche et diffuse un doute sur la probité de l’appel d’offres.
Plus que sa proposition artistique, c’est la personnalité de Barbara Butch qui est attaquée, et à travers elle, la mairie de Paris. Une suspicion est instillée à partir d’accusations mêlant des références à l’argent, la volonté supposée de pervertir les mœurs et d’attaquer le christianisme. C’est dans ce décor général que vient s’ajouter un appel au boycott au nom de la défense de la Palestine. Cette nouvelle cyber-offensive remonte au mois d’avril, alors que la DJ signait une tribune du Point en soutien de la « loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». (…)
« J’ai signé une tribune pour dénoncer l’antisémitisme en France, que je subis au quotidien, et depuis mon enfance, qui a été encore plus fort après les JO. Il y a des choses à redire sur cette loi, mais moi je ne suis pas juriste ou politologue, moi mon métier c’est de faire danser les gens. » L’icône LGBT est accusée de fausse naïveté, de duplicité et même de complicité avec le gouvernement israélien, tandis qu’elle signait un papier pour une loi qui promettait d’endiguer la violence à son encontre. Encore une fois, Barbara Butch n’est pas attaquée pour ce qu’elle fait, mais pour qui elle est.
Un dernier épisode de cette mauvaise série a été lancé en mai par la section grenobloise de La France insoumise. Cette dernière a demandé la déprogrammation de la musicienne du festival Cabaret Frappé organisé par la Ville, en la qualifiant de «soutien d’Israël » au nom de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) pour le boycott culturel. Les militants insoumis l’accusent d’avoir signé la loi Yadan qui « visait à criminaliser tout soutien au peuple palestinien, notamment en interdisant les critiques du régime colonial et génocidaire d’Israël », d’avoir animé la Gay Pride de Tel-Aviv en 2025 « en plein génocide ». Et la campagne de menaces, d’insultes, et d’intimidation a repris de plus belle. »
Il se trouve que les directives PACBI (Palestinian Campaign for the Academic & Cultural Boycott of Israël) spécifient très clairement que BDS « rejette par principe les boycotts des personnes basés sur leur identité (comme leur citoyenneté, race, sexe ou religion) ou leur opinion ». Il préconise uniquement le boycott des spectacles commandités par l’État ou les institutions israéliennes. Il se trouve également que la loi Yadan n’avait pas pour objectif d’empêcher la critique d’Israël. (…)
Comment Barbara Butch pourrait-elle être à la fois soutien du gouvernement d’extrême-droite israélien, dont les membres ont multiplié les sorties homophobes, et animatrice de la Pride à Tel-Aviv ? Le ministre Bezalel Smotrich se définit lui-même comme un « fasciste homophobe ». La critique nécessaire des politiques de pinkwashing se ratatine sur elle-même lorsqu’elle s’appuie sur des faits imaginaires. » [ce terme, traduisible comme récupération rose, désigne l’instrumentalisation des luttes de la communauté LGBTQ+ à des fins mercantiles (marketing) ou politiques (communication gouvernementale). Il s’agit d’une communication de façade visant à se donner une image progressiste, tolérante et inclusive tout en masquant des pratiques contraires à ces valeurs]
L’antisémitisme de l’affiche
Ce visuel, comme l’écrit Pascal Maillard, « assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l’étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l’artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des Palestiniens (le sang, dans un continu total, macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau) ».
On y retrouve toutes les caractéristiques de la propagande visuelle nazie qui utilisait des codes graphiques précis pour déshumaniser les populations juives et manipuler l’opinion publique.
Les affiches nazies utilisaient un symbolisme forcé, comme l’Étoile de David jaune, pour marquer, stigmatiser et identifier visuellement les Juifs comme une prétendue « menace ». Les individus étaient dessinés de manière exagérée et grotesque, reprenant des préjugés physiques et raciaux infondés. Ici l’obésité de Barbara est utilisée comme effet répulsif. Le sang apparaissait fréquemment pour accuser mensongèrement les Juifs de complots violents ou de bellicisme.
Il est significatif que l’ensemble des justifications du boycott, visibles sur les réseaux, oblitèrent généralement ce visuel. Même plus, si vous regardez cette longue vidéo d’un collectif français d’extrême-gauche, autour de 1 h 10, vous voyez un jeune militant à la rhétorique apparemment convaincante essayer de nous interpréter que le sang visible sur l’image est « la responsabilité du sionisme« .
En gros donc, utiliser des procédés visuels qu’utilisaient les nazis pour viser une artiste juive, c’est aujourd’hui « la faute aux sionistes« . Ce qui me frappe dans ces 90 minutes, c’est maîtrise pseudo-rhétorique de certains intervenants. Je ne suis pas sûr qu’au cours de leurs études ils aient une fois eu un cours d’histoire sur les images de propagande totalitaire. Cela explique pourquoi Mathilde Panot, cheffwe du groupe LFI à l’Assemblée nationale, trouvait ce visuel « mauvais ». Mélenchon, un grand historien, n’en penserait pas moins ! Je le trouve indigne; donc dans la balance, je suis plutôt du côté lfistes que de celui de ce groupe de militants, dont la parole est en soi respectable dans une société où la liberté d’expression nous est chère. Un grand merci à José Lillo, metteur en scène genevois et antisioniste très actif sur Facebook, pour m’avoir fait découvrir cette émission sur Youtube.
un visuel qui assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l’étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l’artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des palestiniens (le sang, dans un continu total, macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau).
La justification du boycott
Pour illustrer la rhétorique bien huilée des partisans de La France insoumise (antisionistes, anticolonialistes, antimpérialistes), j’ai trouvé ce texte de la plateforme Decolonial News dont certaines notions (le pinkwashing, la stratégie de communication de Barbara Butch, le paternalisme, l’hypocrisie) seront repris par Matthieu Béguelin, mon camarade socialiste fervent relais romand du parti de Mélenchon, camarade sur un texte duquel je consacrerai longuement la fin de cet article.
Ce texte n’envisage jamais la nuance ou le début d’une critique sur l’action de la section grenobloise. On a affaire à des militants déterminés. Comme l’écrit André Markovicz le 24 juillet, « dans tout mouvement politique, il y a toujours une tendance à la radicalisation ». Et Guy Konopnicki notait le 24 juillet 2026 que « selon les sondages, une grande majorité de Français exprime son hostilité à la censure et plus encore aux manifestations agressives. Cependant cette hostilité ne se retrouve pas chez les sympathisants LFI et chez les 18-24 ans ».
Les critiques de gauche sur ce boycott
En France et en Belgique, de nombreuses critiques de personnalités politiques, de partisans de la cause palestinienne, de militants de gauche, se sont manifestées depuis le 18 juillet. Nous en avons sélectionné quelques-unes.
Marien Tondelier, présidente des Verts français : Oui, je soutiens Barbara Butch, 22 juillet 2026
« Et oui, je suis totalement opposée à la loi Yadan. Mais rien ne justifie les actes ayant visé son concert à Grenoble. Barbara Butch a publiquement regretté avoir signé une tribune favorable à cette loi. Mais quoi qu’il en soit, on ne s’oppose pas à une signature de tribune par des insultes, des doigts d’honneur et des jets de projectiles. Des actes de sabotage électrique ont mis en danger le public présent et contraint à l’interruption du concert. Et le fait que certains n’y voient pas de problème est profondément dérangeant. Ces actions violentes n’ont rien à voir avec un simple boycott, ce sont des pratiques que nous devrions laisser à l’extrême droite.
On a parfaitement le droit de manifester son opinion à une représentation artistique. Les féministes l’ont fait pour Ary Abittan et Patrick Bruel. La différence, et la ligne rouge à ne pas franchir, c’est le renoncement à la non-violence. Plus spécifiquement, on peut avoir des désaccords avec Barbara Butch. Mais elle n’est aucunement une adversaire politique et encore moins une ennemie à abattre. C’est une artiste victime de harcèlement antisémite, homophobe, sexiste et grossophobe depuis des années de la part de l’extrême droite française.
Et oui, c’est encore une femme qui cumule les discriminations que l’on attaque, et c’est un problème car je ne vois pas la même exigence avec les hommes. Barbara Butch n’était pas la seule signataire de cette tribune, mais ce n’est pas un hasard si elle est la seule à en subir de telles conséquences, alors même qu’elle a reconnu son erreur.
Voilà pourquoi je lui renouvelle tout mon soutien, comme à la municipalité de Grenoble qui a annoncé porter plainte. La liberté de création et d’expression des artistes sont des principaux fondamentaux qui ne sauraient subir la moindre remise en cause. Et la banalisation de la violence politique, sur les réseaux sociaux comme dans la rue, est un poison mortel pour la démocratie et notre camp. Ce n’est pas comme ça que l’on convaincra une majorité de la population de nous faire confiance. »
Hadrien Bortot, parti communiste français, 23 juillet 2026
Cet élu du 19e arrondissement de Paris, adjoint à la culture de cet arrondissement, a mis longtemps à écrire ce texte paru le 23 juillet. Il souligne notamment que « ce qui me dérange profondément, c’est cette exigence implicite selon laquelle un artiste juif devrait être irréprochable sur le conflit israélo-palestinien, devoir rendre des comptes en permanence, être sommé de prendre position de la bonne manière. Demande-t-on la même chose aux autres artistes ? Exige-t-on d’eux qu’ils se prononcent sur chaque conflit international avant de pouvoir monter sur scène ? Évidemment non. Ce mécanisme est dangereux. Il me rappelle celui de l’extrême droite qui exige, après chaque attentat islamiste, que les artistes ou les personnalités supposées musulmanes se désolidarisent publiquement sous peine d’être considérées comme complices ».
David Mennessier, 23 juillet 2026
Ce médiateur culturel belge a posté sur Facebook un texte, comme « quelqu’un qui continue de se sentir pleinement engagé à gauche, solidaire du peuple palestinien, opposé à la politique du gouvernement israélien, attaché aux luttes antiracistes, féministes, décoloniales, sociales et antifascistes. Mais aussi depuis une histoire juive, une mémoire, une inquiétude intime face à ce que je vois remonter, parfois sous des formes nouvelles, parfois sous des mots anciens repeints aux couleurs du moment (…). Ce qui se joue ici dépasse Barbara Butch. Cela concerne la santé morale et politique de nos milieux. Si nous ne sommes plus capables de distinguer une critique politique légitime d’une assignation antisémite, alors nous mettons en danger toutes nos luttes. Si nous acceptons que la violence se donne des airs de justice parce qu’elle vise quelqu’un que certains auront préalablement désigné comme indéfendable, alors nous détruisons nos propres principes. (…) Car la lutte contre l’oppression des Palestinien·nes doit rester une lutte pour la justice. Elle ne peut pas devenir le lieu où s’autorise une haine à bas bruit des Juifs et des Juives. Elle ne peut pas devenir le lieu où l’on confond l’État israélien, son gouvernement, son armée, ses institutions, avec des individus juifs rendus responsables par contamination. »
Pascal Maillard, sur son blog Mediapart, 21 juillet 2026
L’auteur précise être un militant de gauche, antifasciste, pro-palestinien et combattant toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme. Il énumère les 10 fautes de LFI Grenoble :
« LFI Grenoble et son responsable local, Allan Brunon, ont commis dix fautes en tentant de déprogrammer puis en empêchant la tenue du concert de la DJ Barbara Butch. La première faute est de s’en être pris à une militante courageuse et reconnue des droits LGBTQI+, qui lutte en particulier contre la lesbophobie et la grossophobie. Elle a tout mon soutien. La seconde faute est d’avoir enfreint la liberté de création des artistes : le mouvement de boycott BDS, si on accepte qu’il puisse concerner le domaine de la culture, vise des institutions ou des événements culturels en lien avec Israël, et non les artistes juifs. La troisième faute est que cette action a conduit une meute de militants décervelés à s’en prendre à une femme seule sur une scène : réellement et symboliquement, c’est insupportable. La quatrième faute est que LFI Grenoble a produit dès le mois de mai une communication immonde associant directement les attaques dont Barbara Butch a été victime en 2024 à celles qu’elle mériterait de subir pour avoir signé la tribune en soutien à la loi Yadan. La cinquième faute est d’avoir produit un visuel qui assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l’étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l’artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des palestiniens (le sang, dans un continu total, macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau). La sixième faute est d’avoir ignoré que Barbara Butch avait pris ses distances avec la tribune qu’elle avait signée en faveur de la loi Yadan. La septième faute est d’avoir oublié que la loi Yadan a été retirée. La huitième faute est d’avoir également oublié la violence inouïe de la campagne d’insultes et de menaces de mort que l’artiste avait subie après sa prestation artistique à la cérémonie d’ouverture des JO 2024, campagne lesbophobe et antisémite de l’extrême droite que LFI avait alors dénoncée. La neuvième faute est que LFI Grenoble et Allan Brunon ont menti sur la participation de Barbara Butch à la pride de Tel Aviv en 2025 : cette pride n’a jamais eu lieu. La dixième faute est évidemment d’avoir conduit une action à caractère antisémite et d’apporter ainsi un peu plus de crédit à l’incrimination selon laquelle LFI compterait parmi ses membres et ses élus des antisémites qui proclament ne pas l’être. Allan Brunon est conseiller municipal de Grenoble président du groupe La France Insoumise et co-animateur national du Réseau insoumis antifasciste. Des antifas de cette trempe, on n’en veut pas ! »
La tribune signée par 300 personnalités culturelles francophones, 22 juillet 2026
Jonas Pardo, avec le texte duquel nous avons commencé cet article, a rédigé le 22 juillet une tribune co-signée par 300 personnalités de la culture francophone, parmi lesquelles les frères Dardenne, grands cinéastes, Thiago Rodrigues, metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon, les historiens Vincent Lemire et Patrick Boucheron, avec aussi Romane Bohringer et Michel Jonasz.
Le texte souligne notamment la coexistence de deux oppositions violentes à Barbara Butch : les réactionnaires et LFI : « des camps politiques censés être opposés désignent une même personne comme cible. Non pour ses créations, ses prises de parole ou ses actes, mais parce qu’ils projettent sur elle des fantasmes liés à ce qu’elle est : une femme juive et lesbienne.
(…) Chacun et chacune est en droit d’avoir un désaccord avec des membres d’une minorité quelconque. Nous-mêmes, artistes, acteurs de la culture, auteurs, chercheurs et militants antiracistes signataires de cette tribune, avons des positions diverses vis-à-vis de la loi Yadan, plusieurs d’entre nous s’y sont opposés publiquement. En revanche, nous partageons une même conviction : désigner à la vindicte des individus issus d’une minorité sous prétexte de s’opposer à leur opinion, réelle ou supposée, n’a rien à voir avec l’exercice du débat démocratique et aboutit à l’augmentation de la violence raciste. La lutte antiraciste doit pouvoir faire exister des débats en son sein, sans exposer les victimes de racisme à plus de racisme. »
Sur les réseaux sociaux, ces prises de position ouvertement de gauche suscitent des réactions violentes de la garde en ligne des partisans de LFI, très bien organisés. En résumé, les antisionistes français demandent à tous les juifs de se positionner sur le génocide à Gaza : tu es alors un bon juif ou un mauvais; si tu restes modéré ou nuancé, tu mérites ce qu’on t’inflige. C’est une des caractéristiques de l’antisémitisme que nous avions déjà analysée dans un précédent article paru en 2023.
Boycott des artistes : appeler au boycott, boycotter pacifiquement, boycotter physiquement
Il faut différencier boycott et interdiction/censure : le boycott (d’un produit ou d’un artiste) est l’affaire des consommateurs ou du public, potentiels ou réels. L’interdiction ou la censure vient de collectivités (publiques ou privées) refusant d’acheter des biens, de mettre à disposition des espaces pour des spectacles ou de diffuser des productions d’artistes.
Deux de mes articles récents, parus en novembre 2025 (Le concert du Quatuor Jerusalem avec Elisabeth Leonskaja aura-t-il lieu sans problèmes ?) et février 2026 ( Musique classique, boycotts d’hier et d’aujourd’hui) ont longuement analysé la problématique du boycot de concerts classiques joués par des artistes, ou compositeurs, qu’on voudrait boycotter.
En résumé, j’avais jugé légal, mais pas légitime, l’appel au boycott du concert du Quatuor Jerusalem par le collectif neuchâtelois Action Palestine. Le jour du concert, ils furent 30 à manifester pacifiquement à cent mètres de l’entrée de la Salle de Musique. Avait été évité, au prix d’une présence policière importante à l’entrée de la salle et à l’intérieur, ce que j’appelle le boycott physique : empêcher le public d’entrer, et, dans la salle, huer, crier, injurier, vociférer, lancer des fumigènes ou des projectiles.
Quelle n’est pas ma perplexité de lire le 21 juillet un post Facebook de mon camarade socialiste neuchâtelois Matthieu Béguelin, intitulé Concert avorté de Barbara Butch : le festival des hypocrites.
Matthieu est un influenceur et faiseur d’opinion très important en Suisse romande et dans la francophonie. Il roule pour Mélenchon et LFI depuis des années, abhorre les socialistes français, et est volontiers provocateur ou doté d’humour caustique. Dans son post, il veut mettre en évidence l’hypocrisie des pro-israéliens, soutenant Barbara Butch mais interdisant des pro-palestiniens.
Dans ce but il utilise un sophisme de la double faute consistant à mettre en avant des interdictions de conférence pour, indirectement, justifier le boycott physique de Grenoble. « Enfin, et tout de même, on se demande bien où étaient tous ces beaux esprits épris de liberté d’expression quand des conférences de Rima Hassan, de Salah Hamouri, de Judith Butler ou un colloque du Collège de France ont été interdits par les préfectures ou les autorités universitaires ? »
Il aurait mieux fait de prendre l’exemple de l’humoriste Blanche Gardin, qui, moins riche et puissante, n’écrit pas de livres en libre accès comme Rima Hassan ou Judith Butler.
Rappelons que Blanche Gardin, supportrice de Jean-Luc Mélenchon en 2022, a été dans l’été 2024 l’auteure d’un sketch controversé lié au conflit à Gaza et à l’antisémitisme. Elle s’était moquée de ceux qui l’accusaient d’être antisémite en raison de sa dénonciation de la situation subie par les Palestiniens. Elle y déclarait, entre autres : « Bonsoir, je m’appelle Blanche et depuis le , je suis antisémite […] il faudrait que je sois islamophobe, comme Sophie Aram Mais je peux pas être islamophobe, parce que je suis antisémite. L’un exclut l’autre en fait. Si tu es islamophobe, ça te protège contre l’antisémitisme, c’est comme l’herpès. Si tu l’as à la bouche, tu peux pas l’avoir au cul »]. Elle déclare avoir« fait ce sketch pour pointer du doigt qu’on m’avait, comme tant d’autres, accusé d’antisémitisme en raison du fait que je postais des appels à manifester pour le cessez-le-feu sur la population palestinienne de Gaza. En creux dans ce sketch, il y avait également l’idée que faire passer la critique des agissements du gouvernement israélien pour de l’antisémitisme, en dehors d’être profondément malhonnête, vidait de son sens le mot même d’antisémitisme ».
En mars 2025, elle fut accusée par la rabbine libérale Delphine Horvilleur d’être comparable à Dieudonné. Selon moi, cette comparaison n’a pas de sens car la comédienne n’a jamais été condamnée par la justice (cf plus bas). Elle a déploré une « analyse mensongère et diffamatoire » de ce qu’elle est, réaffirmé son horreur de l’antisémitisme et de la guerre à Gaza ; elle a considéré en outre que la meilleure façon de lutter contre l’antisémitisme est de « s’opposer aujourd’hui au régime israélien et à tous les suprémacismes ethnoreligieux ».
Sans plus d’invitation à se produire, elle a annoncé en 2025 sa décision d’arrêter le stand-up, estimant que cette forme d’expression artistique n’était plus en adéquation avec les grands enjeux de l’époque actuelle. Elle est revenue sur tout ce qu’elle a vécu depuis ce sketch en déclarant qu’ « au-delà des répercussions médiatiques de ce sketch, j’ai reçu des menaces de viol, de meurtre, des campagnes de téléphone en provenance d’Israël, des tags sur ma porte, même mon frère a été agressé. Je ne dis pas ça pour me plaindre, mais c’est un état de fait ».
Je suis moi-même aussi « épris » de liberté d’expression qui est censée être un principe et s’appliquer de manière égale. Sinon elle devient un traitement à géométrie variable. Le problème n’est pas de choisir son camp entre Blanche Gardin et Barbara Butch. Lorsqu’une œuvre critique Israël ou la Palestine, elle est rapidement soupçonnée de franchir une ligne rouge. Lorsqu’une personnalité favorable à Israël ou la Palestine est contestée, c’est aussitôt la liberté d’expression qui est invoquée comme référence.
Or, l’antisémitisme existe et doit être combattu sans la moindre ambiguïté. Dans le même temps, critiquer le gouvernement israélien n’est pas, en soi, un acte antisémite. Une position cohérente consiste à condamner les menaces ayant visé Blanche Gardin sans partager forcément son humour, tout comme à condamner les insultes ou les intimidations visant Barbara Butch sans forcément s’intéresser à ses performances. C’est mon cas !
Nous sommes donc devant la question centrale du débat : le boycott physique d’un concert, spectacle ou conférence est-il une expression de la liberté ? La liberté d’expression s’accomode-t-elle de boycotts physiques ?
La Ligue des Droits de l’homme-France donne une réponse limpide qui est la mienne et dont je m’attendais qu’elle soit aussi celle de Matthieu : « Un appel public à boycotter un spectacle relève de la liberté d’expression. Mais lorsque des spectatrices et spectateurs sont empêchés d’entrer dans la salle ou de voir le spectacle, il entre en conflit avec la liberté de création et le législateur a prévu un délit d’entrave lorsque l’empêchement est effectué de manière concertée. » C’est la raison pour laquelle Barbara Butch a porté plainte contre LFI, action d’ailleurs soutenue par le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, qui ajoute qu’il aurait refusé de louer une salle municipale pour cette DJ. À noter aussi que Allan Bruon a aussi porté plainte pour avoir des injures lamentables, je les ai aussi lues.
La réponse de Matthieu Béguelin à la question tente d’être celle-ci : « Un appel au boycott est-il justifié? Oui. Aller manifester son désaccord lors de ce concert est-il une entrave à la liberté d’expression ? Non, puisque cette contestation relève également de la liberté d’expression. La liberté d’expression artistique est-elle un talisman contre toute contestation ? Non plus. Quand on a comme Barbara Butch une plateforme publique d’expression, on est d’autant plus comptable des positions que l’on prend. » Plus loin dans un commentaire de son post, il écrira : « Manifester participe de la liberté d’expression et même interrompre une conférence ou une performance. On confond souvent contestation – même véhémente – avec de la censure. »
Béguelin confond appel au boycott avec boycott physique; il somme les artistes, juifs de surcroît dans le cas qui nous occupe, de rendre des comptes et, le cas échéant, de subir les conséquences qu’ils méritent.
Et surtout (est-ce de l’hypocrisie, de l’aveuglement, une logique à double standard ?), il est en contradiction avec la tribune qu’il a publiée dans Le Temps le 8 janvier 2014 sur Dieudonné, intitulée Manuel Valls en ministre de la censure (c’est moi qui mets en gras) :
« Somme toute, à qui s’adresse Dieudonné sinon à son public, qui vient, libre et consentant, le voir, l’entendre ? Tout spectacle se joue dans un espace défini, pouvant accueillir un public déterminé. Celui-ci décide librement de s’y rendre ou non et peut, à chaque instant, en partir. Nul n’est captif dans un théâtre.
Qui plus est, si tel ou tel propos devait tomber sous le coup de la loi, comme l’incitation à la haine par exemple, la justice agirait alors comme elle le doit et, le cas échéant, condamnerait l’auteur des propos contrevenant à la loi.
La question qui se pose n’est donc pas de préserver des personnes que les paroles de Dieudonné pourraient choquer : elles n’ont qu’à ne pas aller à son spectacle. Le seul but d’une interdiction est d’empêcher ces propos d’être tenus. Cela porte un nom, qui ne présage rien de bon pour la démocratie: la censure.
Car, en démocratie, on débat, on s’affronte, se confronte, se parle. Réduire l’adversaire au silence n’a jamais fait gagner un débat, ni triompher une cause, bien au contraire. La tentation de la censure est le propre des indigents en arguments, des ennemis du libre débat démocratique, des chantres de la pensée unique. Un idéal ne s’impose pas, il doit convaincre. Il n’y a pas de démocratie sans libre discussion. »
Précisons qu’avant cette tribune de janvier 2014 dans Le Temps, Dieudonné avait subi des condamnations multiples en France pour provocation à la haine raciale, injure publique à caractère antisémite et contestation de crime contre l’humanité. Il a été condamné à neuf reprises en France entre 2006 et 2014, principalement pour des délits liés à ses déclarations publiques, ses interviews ou ses spectacles.
Exemples :
Mars 2006 : Condamnation à 3 000 € d’amende pour diffamation publique envers l’animateur Arthur. Il avait affirmé que ce dernier finançait l’armée israélienne avec ses sociétés de production.
Mai 2007 : Condamnation à 5 000 € d’amende pour provocation à la haine raciale. En février 2004, il avait accordé un entretien au Journal du Dimanche comparant les juifs à des négriers.
Mars 2008 : Condamnation à 7 000 € d’amende pour provocation à la haine, suite à des propos tenus en 2005 où il comparait la mémoire de la Shoah à une « pornographie mémorielle ».
Octobre 2009 : Condamnation à 10 000 € d’amende pour injure raciste. Cette sanction découlait de son spectacle de décembre 2008 au Zénith de Paris, au cours duquel il avait fait remettre le « prix de l’infréquentabilité au négationniste Robert Faurisson par un acteur vêtu d’un pyjama à étoile jaune ».
Novembre 2012 : Condamnation à 20 000 € d’amende pour provocation à la haine et discrimination. Deux vidéos publiées sur YouTube en 2010 étaient visées : il y chantait notamment la chanson polémique « Shoananas ».
Dieudonné s’est produit à plusieurs reprises dans le canton de Neuchâtel en contournant les interdictions de certaines grandes villes de Suisse romande. La salle de spectacles de Fontainemelon a été son point de chute privilégié dans la région. Les autorités locales y avaient autorisé ses spectacles sous conditions strictes en janvier 2015 (« La Bête immonde »), puis à nouveau en janvier 2018 (« La Guerre »).
Les réactions au post de Matthieu Béguelin
Les nombreux commentaires de félicitations reçus par Matthieu sont tempérés par trois de ses amis de gauche.
Ami 1
Désolé mais je ne suis pas d’accord avec ton analyse. Boycotter, oui. Mais le faire ainsi, c’est contribuer à la diabolisation de LFI. Je n’ai pas vu les images. Reste que cette action est contre-productive. Si LFI veut faire élire Mélenchon, la base doit comprendre la différence entre informer et dénoncer et passer à l’action directe. Je ne vois vraiment pas la gloire qu’il y a à saboter un spectacle. Car quel est l’enjeu politique? Se faire mousser? Avoir chassé une artiste de la scène? Quel courage!
Que la droite défende hypothétiquement la liberté d’expression c’est un fait. Mais elle peut s’emparer de ce sujet uniquement parce que des militants imbéciles lui un donne l’occasion. Cette action est tellement bête qu’elle aurait pu être montée par des agents provocateurs.
Je me souviens d’un fameux concert du Quatuor de Jérusalem [sic] à La Chaux-de-Fonds. Les militants avaient dénoncé à juste titre les accointances de cette formation israélienne avec le pouvoir génocidaire. Mais par bonheur personne ne s’est avisé d’aller hurler son opposition dans la salle.
Il est à noter également que cette dame est la cible régulière d’attaques judeophobes, sexistes et grossophobes de la part des nazillons de toute espèce. Elle appartient donc aux catégories que normalement LFI défend. Le fait que cette ordure d’Alain Soral s’est félicité de l’action devrait à tout le moins t’interpeller. Cette action imbécile renforce l’amalgame entre extrême droite et extrême gauche. C’est du pain béni pour les adversaires de LFI.
Cette dame n’a pas pu chanter. Et alors? Ça change quoi, politiquement parlant? Ça lui donne juste une aura de martyr. Belle réussite !
Ami 2
1. Oui, manifester est légitime, oui, boycotter est légitime, mais non, interrompre une production artistique n’est pas légitime… Si cela le devenait, ce serait terrible pour les milieux de gauche, bien plus fournis en artistes et bien moins fournis en militants violents.
2. On peut reprocher ce qu’on veut à BB, mais faire le parallèle avec des personnalités politiques est périlleux. Lorsqu’on prétend tenir une conférence, participer à un débat, il est possible que des militants viennent contester nos idées. Rima Hassan, comme Céline Amaudruz en ont fait l’amère expérience. Perso, je ne défends jamais les interrupteurs de débat, mais, là, il ne s’agissait pas d’un débat…
3. La loi Yadan avait de nombreuses faiblesses et imprécisions et il est heureux qu’elle ait été retirée. Mais elle n’empêchait nullement la critique radicale du GOUVERNEMENT israélien. En revanche, si ce que tu appelles « critique radicale d’Israël » est un euphémisme (que de façons cachées de s’exprimer, dans ces milieux…) pour désigner l’anéantissement d’Israël et l’expulsion des juifs qui y résident (si, si, de nombreux militants adhèrent à cette idée, et peut-être même toi…), là il y avait une limite qu’elle fixait.
Ami 3
Quoi que tu en dises Matthieu, cette interruption d’une prestation artistique “au nom de la liberté d’expression” que je désapprouve crée un dégât d’image catastrophique qui alimente la diabolisation de LFI.
Les conséquences à court et moyen termes
En France et en Suisse, je vois l’horizon bien incertain sur plusieurs points avec lesquels je vais conclure cet article.
La spirale de la traque aux artistes juifs (ou propalestiniens) et les boycotts physiques, au nom de luttes anticoloniales, antisionistes et antifascistes, (ou au nom de luttes contre l’antisémitisme), pourraient s’intensifier.
Un commentaire d’une amie internaute m’a interpellé en lisant le post de Matthieu Béguelin. « Concert (ou plutôt mix) à Tel-Aviv en juin 2025, signature de la tribune en soutien à la proposition Yadan en mars 2026. Comment peut-on accepter de faire un concert à côté d’un génocide ? Le reste, ça s’appelle une conséquence ! »
Autrement dit, il faudrait aller à la traque de tous les artistes juifs et non juifs (écrivains, musiciens, peintres) qui vont présenter leurs spectacles, concerts ou œuvres en Israël et exiger d’eux des brevets d’antifascisme.
Je l’ai écrit, l’art est évidemment lié à la politique mAIS il n’est ni au-dessus de la politique, ni que politique. Qu’on prenne exemple sur la Société de Musique de La Chaux-de-Fonds qui se « refuse catégoriquement à engager des artistes ayant publiquement manifesté leur soutien à un régime politique jugé totalitaire ou génocidaire par l’ensemble de la Communauté internationale ».
Heureusement que les traqueurs des meutes ont laissé Martha Argerich jouer à La Chaux-de-Fonds pendant le récent festival organisé par Nelson Goerner en juillet 2026. Elle qui a enregistré un disque majeur (Ravel et Beethoven) au Charles Bronfman Auditorium à Tel Aviv en 2019 avec l’Orchestre philharmonique d’Israël dirigé par Lahav Shani. Encore pire – je me fais l’avocat du diable, lors de sa tournée à Tel Aviv en mars 2025, elle a dédié publiquement son concert à Alon Ohel, un jeune pianiste de jazz israélien retenu en otage. Elle s’est rendue sur la Place des Otages à Tel Aviv pour rencontrer la mère du jeune musicien. Pendant le génocide, vociférera l’internaute traqueuse citée plus haut.
Et que dire de Sir Andras Schiff, habitué des festivals suisses de Verbier, Gstaad, Ernen et Lucerne ? Premier artiste en résidence officiel de l’Orchestre philharmonique d’Israël, il collabore régulièrement avec cette formation tant en Israël qu’en tournée internationale. Il est programmé pour une série de trois concerts en avril 2027 à Tel Aviv.
De l’autre côté, imagine-t-on un appel au boycott (par des collectifs pro-israéliens) du concert d’Adam Laloum le 22 octobre 2026 à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds ?
Ce pianiste français se définit publiquement comme « juif et antisioniste ». Il est également un militant engagé au sein du collectif français Tsedek, un groupe de juifs décoloniaux et antiracistes. Fin 2025, il a fermement appelé à annuler le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à à la Philharmonie de Paris, estimant que maintenir cet événement revenait à normaliser la politique israélienne qu’il qualifie de coloniale et de génocidaire. De même, il soutenait le boycott du Quatuor Jerusalem qui s’est lui-même produit à La Chaux-de-Fonds le 24 mars 2026. Il dénonce régulièrement la différence de traitement entre le monde de la musique classique russe, massivement sanctionné ou boycotté après l’invasion de l’Ukraine, et les institutions musicales d’Israël qui continuent de se produire à l’international. Co-signataire de diverses tribunes avec l’Union juive française pour la paix (UJFP) il défend la thèse selon laquelle l’antisionisme ne doit pas être assimilé à de l’antisémitisme. Il s’oppose aux initiatives visant à pénaliser ou criminaliser les actions de boycott et de solidarité envers le peuple palestinien.
Que les admirateurs d’Argerich et de Laloum, dont je suis, soient libres ou non d’assister à leurs concerts ! La censure violente et/ou la lâcheté de certains programmateurs menace l’indépendance des artistes et la liberté de création. Ce qui n’est, preuves à l’appui, pas du tout le cas à La Chaux-de-Fonds, ville dans laquelle la Société de Musique a engagé à sept mois d’intervalles le Quatuor Jerusalem et Adam Laloum ! La musique n’est pas que politique, elle arrive à dépasser les clivages.
La radicalisation de LFI va éloigner d’elle des électeurs franchement de gauche, propalestiniens et antifascistes.
André Markovicz, avec tant d’internautes cités plus haut, parle de ce dégât d’images avec ses mots à lui : « Quand bien même Mélenchon arriverait en tête (je veux dire en deuxième position), il aura provoqué tellement de scandales divers d’ici-là, il aura tellement fait peur «au bourgeois» ou à n’importe qui que je crains fort que l’écrasante majorité des électeurs du centre et de la droite (sans parler d’une grande partie des électeurs de gauche non-lfistes) préférera s’abstenir plutôt que de voter pour lui au second tour. Parce que, quoi qu’on puisse en dire, une victoire au second tour de la Présidentielle demande un rassemblement, même hétéroclite (c’est le cas à chaque fois depuis 2002). »
Cette radicalisation vise plutôt à rassembler des électeurs exclus, comme le RN
Markovicz poursuit (à noter que le 26 juillet, Markovicz a posté un texte sur le tombereau d’injures qu’il a reçues de lfistes à la suite de son analyse) : « La réduction du champ politique à deux pôles – et deux pôles seulement –, LFI et le RN, – est une stratégie qui implique, justement, des scandales dont la tradition était, là encore, celle de l’extrême-droite, et plus particulièrement celle de Le Pen père, comme s’il était possible de refaire le chemin inverse de celui qu’avait fait Le Pen, à savoir siphonner les voix ouvrières, les voix de tous les exploités, au moment de la disparition de leur porte-voix historique, le Parti communiste. Le problème de cette stratégie est qu’elle implique qu’on reprenne les méthodes de l’adversaire (je dirais de l’ennemi) et donc le danger que les méthodes influent non plus seulement sur la forme, mais sur l’essence en tant que telle (parce que, la forme et le fond, en littérature comme dans la vie, en gros, c’est pareil), sur la cause que l’on est supposé défendre.»
Le but de Mélenchon n’est pas de gagner la présidentielle mais les législatives suivant la dissolution afin de devenir, comme maintenant le RN, la première force d’opposition à l’Assemblée
« Il semble bien que Jean-Luc Mélenchon désire constituer autour de lui un électorat solide et pur, mais pas un électorat majoritaire » : voilà le récent point de vue de Jean-Michel Apathie. Je vais plus loin que ce chroniqueur !
Si j’étais français en avril 2027, je ne voterais pas Mélenchon au premier tour, dont le parti est contraire à mes valeurs de progrès et d’opposition franche à l’UDC, mais aussi de tolérance. Valeurs majoritaires dans le parti socialiste des Montagnes neuchâteloises, le parti socialiste neuchâtelois et le parti socialiste suisse.
Un parti sans sectarisme, sans recherche permanente de la confrontation et de boucs émissaires, un parti dont la règle doit être, toujours et encore plus, l’absence de stigmatisation.



