Samuel Perret, tatoueur loclois : 6 idées reçues sur le tatouage


Dans son atelier-cabinet du Bois-Noir au Locle, Samuel Perret est tatoueur. C’est son métier qu’il exerce comme un créateur : il touche de son aiguille le corps d’une personne pour lui donner un supplément de vie. À l’image de la Création d’Adam de Michel-Ange dont la reproduction est accrochée à l’entrée de ce que j’ai nommé un atelier-cabinet. Un lieu de création obéissant à des règles hygiéniques strictes. Essayons de tordre le cou à des idées fausses sur le tatouage, grâce au savoir de Samuel sur son art.

Le tatouage n’est pas un art

Une oeuvre d’art a une dimension universelle, ouverte au monde et au public qui peuvent la voir ou l’écouter. Un tatouage est destiné à une seule personne qui peut ne jamais le montrer. Pourtant, comme un décor dans une maison, un meuble ou un objet artisanal, un tatouage peut être considéré comme un art appliqué, avec ses techniques, son histoire et ses réalisations notables. Des revues sont consacrées au tatouage, comme à la bijouterie ou aux créations industrielles d’objets. Et rien n’empêcherait le nouveau MUDAC de Lausanne (Musée cantonal du design et des arts appliqués) de présenter une exposition sur les grands tatoueurs européens avec des images de leurs créations individuelles. De plus, chaque client de Samuel lui commande une création personnalisée qu’il présente au client-commanditaire. Dans ce sens, elle est aussi unique qu’une chanson, qu’un graffiti ou qu’une peinture murale sur des maisons du Locle. Même plus, je pense que Samuel est l’héritier de la tradition graphique des Montagnes neuchâteloises au début du XXe siècle. A l’École d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds, les élèves de Charles l’Éplattenier s’inspiraient de la nature pour décorer des boîtes de montres.

Le tatouage n’est qu’un passe-temps

La législation fédérale ne reconnaît pas l’art du tatouage comme un métier mais comme un passe-temps. L’exercice de ce « hobby » est soumis à une autorisation officielle (pas celle du Service cantonal de la santé mais celle du SCAV, le Service de la consommation et des affaires vétérinaires) qui le range au même niveau que la tenue d’un stand dans une foire. Pourtant, Samuel gagne sa vie avec son métier et paie ses impôts. Son agenda est rempli trois mois à l’avance et il travaille six jours sur sept dans deux ateliers-cabinets, au Locle et à Neuchâtel.

Le tatouage fait souffrir

Le corps humain a des zones plus sensibles que d’autres. Sur « l’échelle de Richter » d’un tatoueur, des zones comme les seins, les mains ou les pieds sont plus sensibles que le haut d’un bras. Un tatouage de nonante minutes sur le bas d’une épaule gauche n’est désagréable que pour les personnes sensibles ne supportant pas davantage l’acupuncture, la mésothérapie ou les vaccinations. Et encore moins un nettoyage dentaire approfondi. Evidemment que le client souhaitant un tatouage sur son genou verra l’aiguille de Samuel lui faire assez mal.

Le tatouage est une mode

Depuis Otzi, l’homme des glaces d’il y a 5’000 ans, dont la momie est exposée au Musée archéologique de Bolzano, on sait que le tatouage est une pratique humaine ancestrale. Et aussi universelle puisque toutes les cultures la connaissent, avec des techniques et des styles variés. Destiné il y a encore cinquante à des publics cibles, il s’est développé dans toutes les couches de la population. On estime qu’un Français sur quatre porte un tatouage. La Suisse est une grande scène de tatouage en Europe : « Si on n’a pas de culture des ports et des marins en Suisse, on a une culture du graphisme, de la typographie avec des éléments qui se transposent, notamment à travers la nouvelle génération. On peut même parler de génération ECAL, puisque 80% des jeunes tatoueurs qui travaillent depuis moins de dix ans viennent du graphisme« , indique Clément Grandjean qui raconte dans son livre le tatouage avec une perspective historique, artistique et sociale.

Le tatouage est de la pure exhibition

Des footballeurs célèbres et des musiciens de l’univers pop-rock sont évidemment célèbres pour exhiber leurs tatouages, d’ailleurs tellement visibles qu’ils n’échappent à personne, Pourtant, dans les recoins d’un corps, un tatouage peut exprimer une intimité individuelle (un symbole, un signe d’appartenance, un souvenir, une image chère).

Le tatouage viole le corps tel qu’il était à la naissance

Dès la naissance, ou même avant, notre corps est « culturel » dans le sens que de multiples influences humaines vont le modeler et en faire un objet. Le bébé sera nourri et éduqué à utiliser son corps d’une certaine manière. Des interventions sur son corps, parfois discutables ou tout bonnement intolérables (circoncision ou excision) le marqueront. Plus cosmétiques, ses coupes de cheveux, ses cicatrices dues à des opérations, sa corpulence plus ou moins forte selon la façon dont, adulte, il se nourrira, le marqueront culturellement. Nos corps portent les multiples traces de notre passé et de notre présent. Aucun corps n’est pur et aucun tatouage, librement choisi, n’est un viol sur lui.

@samuel_perret

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