L’engagement des retraité-e-s de la fonction publique au Conseil communal


Le 11 septembre ont été communiquées les listes officielles des candidatures pour le Conseil communal de La Chaux-de-Fonds. Parmi elles, deux ancien-ne-s membres de la direction d’une école et une candidate enseignante qui aura 64 ans en 2021. Les trois, de gauche, ont des chances d’accéder à un fauteuil. La question du cumul de leur salaire de membres de l’exécutif avec leur pension et leur rente AVS se pose. La Ville ne pourrait-elle y gagner à ce qu’il ou elles et/ou n’exigent pas leur salaire complet de conseiller-ère communal-e ?

ARTICLE PUBLIÉ LE 12 SEPTEMBRE ET ACTUALISÉ LE 17 SEPTEMBRE

L’engagement pour un poste de maire quand on est à la retraite a un célèbre précédent littéraire : Michel de Montaigne, le célèbre humaniste de la fin du seixième siècle. Retiré dans son château vers Saint-Émilion, il souffre de douloureux calculs rénaux et c’est lors d’un voyage dans une ville thermale italienne qu’il est appelé à assumer la charge de maire de Bordeaux. Il est connu pour son sens de la diplomatie et du dialogue et « l’appel de la population » le sollicite pour la charge suprême.

Chez nous cet automne, il est respectacle que des fidèles serviteurs de l’État arrivés à la retraite veuillent encore et toujours s’engager pour le bien public.

Dans cet extrait du chapitre 10 des  Essais III« De mesnager sa volonté »), Montaigne raconte, en français du seizième siècle, comment il fut élu maire de Bordeaux et comment il assuma sa charge. : « Messieurs de Bordeaux m’esleurent maire de leur ville, estant esloigné de France, et encore plus esloigné d’un tel pensement. (…)  C’est une charge qui en doibt sembler d’autant plus belle, qu’elle n’a ny loyer ni guain autre que l’honneur de son execution. (…)A mon arrivée, je me deschiffray fidelement et conscientieusement, tout tel que je me sens estre : sans memoire, sans vigilance, sans experience, et sans vigueur ; sans hayne aussi, sans ambition, sans avarice, et sans violence ; à ce qu’ils fussent informez et instruicts de ce qu’ils avoyent à attendre de mon service. Qui ne vit aucunement à autruy, ne vit guere à soy.« (c’est moi qui souligne).

 

Voilà vraiment un texte admirable du grand écrivain-philosophe.

Montaigne écrit que la charge est belle, parce qu’on n’y gagne rien d’autre que de l’accomplir. Il l’assume en connaissant les faiblesses de sa constitution et de son caractère. Il se reconnaît des qualités (la bienveillance, la modestie, la générosité et la paix intérieure). Faiblesses et forces d’ailleurs que ses compatriotes connaissaient en l’élisant maire de Bordeaux.  Un homme s’engageant dans les affaires publiques et qui affirme : « Qui ne vit aucunement à autruy, ne vit guere à soi« .

À six semaines des élections du 25 octobre, une question doit être posée et à mon avis très rapidement résolue : sur le cumul possible des salaires, des pensions et des rentes AVS si l’un-e ou les deux, ou même les trois candidat-e-s, sont élu-e-s, ce qui est tout à fait possible.

Le salaire d’un membre de l’exécutif chaux-de-fonnier se monte, si on consulte le budget 2020, à environ 15’000 francs brut par mois avec une treizième salaire. En fait la somme de CHF 971’400 est divisée par 5, ce qui donne 194’280 par an pour chacun-e des cinq élu-e-s.

cc charges

La pension (deuxième pilier) de Prévoyance NE dépend bien sûr du salaire versé durant toute la carrière et de années de cotisations. On peut l’imaginer, pour les trois ex-directrice et directeur et ex-enseignante, entre CHF 50’000.- et 75’000.-, disons pour ne pas faire large CHF 5’000.- francs par mois.

Quant à leur rente AVS, qu’ils touchent ou toucheront en cours de mandat, elle tourne autour de CH 20’000 francs, soit CHF 1’700.- par moisUn peu plus pour une personne célibataire.

Autrement dit, le cumul de ces trois montants porterait le « salaire » total à quelque CHF 22’000.- mensuels.

Si les partis de gauche concernés décidaient que leurs candidat-e-s pourraient se contenter de gagner autant que leurs collègues du Conseil communal mais pas plus, la ville y gagnerait quelque CHF 90’000 annuels par personne. Je trouve que ce serait un beau geste de solidarité de la part de partis qui font de ce thème un des axes de leurs campagnes respectives.

Ces questions passionnantes touchent ainsi à de multiples domaines (économique, financier, politique et éthique) qui méritent des réponses claires et rapides pour l’électorat qui ne choisit pas, rappelons-le dans le système proportionnel, des personnes mais des partis candidat-e-s représentés par des candidat-e-s.

L’engagement dans la politique de la cité nécessite aussi, auprès de l’électorat, un engagement contractuel : voici ce que nous, partis, nous nous engageons à faire si nous avons un-e candidat-e- retraité-e élu-e.

Chaque candidat-e, dans l’engagement de sa personne, « tel que je me sens estre« , devrait aussi nous le dire.

 

 

 

Le 16 septembre dans ArcInfo, les trois personnes concernées

ont pris posiiton dans ce débat.

 

a) La socialiste Carmen Brossard, si elle est élue, reversera une partie de son salaire de conseillère communale afin de toucher, après paiement de ses impôts et autres cotisations sociales, une rémunération équivalente à celle de ses collègues.

b) La popiste Françoise Jeandroz , si elle est élue, s’est engagée à verser sa rente LPP (deuxième pilier) à un fonds communal afin toucher le même salaire que ses collègues.

c) Le Vert Patrick Herrmann, s’il est élu revendique de pouvoir utiliser son salaire et sa rente « comme il le souhaite » (…) Cela pourrait pourrait prendre la forme de mandats confiés à autrui pour certaines tâches exécutoires liées à la fonction ».

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4 commentaires

  1. Très intéressant papier. Qui annonce assez assurément que le cumul des salaires et des rentes s’avérera. On se réjouit de te lire, Daniel, sur la représentativité: trois « roille-gosses » sur cinq, vive l’institutocratie…

  2. Je trouve la référence à Montaigne intéressante. Mais par contre, l’utiliser comme exemple de quelqu’un qui s’investit « pour autrui »… on parle d’un seigneur rentier qui a refusé sa nomination à Bordeaux avant de devoir l’accepter sur ordre de Henri III.
    Ceci étant, je trouve tout à fait pertinent de questionner le salaire (et le cumul) de nos élites. Et j’en profite pour signaler que notre candidate, Françoise Jeandroz, s’est d’ores et déjà engagée à ne pas dépasser le salaire qu’elle toucherait en tant que « simple » conseillère communale. Cohérence minimale lorsqu’on siège à gauche.

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