Mille tableaux

Blog de Daniel Musy

Les huit devoirs et défis de David Lemaire, nouveau conservateur du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds


Le 1er janvier 2018 va entrer en fonction le nouveau conservateur du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, David Lemaire. Devant lui, des défis et des devoirs. Comme membre d’honneur – depuis juin 2016 – de la Société des amis du musée, j’en vois huit que je me permets d’exposer : les quatre premiers sont des devoirs que la Commission du musée devrait exiger, les quatre autres des défis que M. Lemaire pourrait relever ou non. Cette liberté de parole que je prends, c’est précisément celle que la SAMBA voulait valoriser en m’honorant fin juin 2016 !

 

 

DEVOIRS

Art contemporain :  retrouver la vocation contemporaine 

Paul Seylaz et Edmond Charrière, par la plupart de leurs expositions, ont ancré le musée dans les tendances de la peinture contemporaine, de 1950 à 2007. C’est dans leur esprit que le musée doit explorer les voies nouvelles de la peinture et de la sculpture contemporaines dans les expositions temporaires qui se tiennent dans l’extension, conçue à cet effet. Cette position a été inlassablement défendue au sein de la commission par Gilbert Luthi, sans beaucoup de succès.

 

Fonds privés : être transparent sur leur provenance

Tant la Société des amis du musée que la commission financière du Conseil général et le Conseil communal doivent être précisément informés (même confidentiellement) sur la provenance de tous les fonds. Si CHF 400’000 .-  disent avoir été trouvés en 2016, notamment pour l’exposition soviétique, seuls CHF 180’000 .- apparaissent dans les comptes de la SAMBA. Il n’est pas transparent de simplement faire passer cet argent de sponsor à prestataire de service (« beaucoup de dons s’effectuent directement entre prestataires et sponsors« , ai-je appris de la SAMBA).

 

Budget et comptes : éviter des dépassements importants

Le musée est une institution publique dont le budget est accepté par le législatif. En 2014, lors du 150e anniversaire et des deux grandes expositions (vidéastes russes et Cendrars), les comptes ont dépassé de près de CHF 200’000.- les 1,7 millions budgétés, sans que le Conseil général, sauf moi qui n’ai pas voté ces comptes, lève le moindre des sourcils. Un respect rigoureux des budgets alloué est indispensable, notamment dans le recours à des vacataires, qui représentaient encore en 2015 13 % des charges salariales totales.

 

Liens entre la vie professionnelle et privée : ne pas engager ou faire travailler des membres de sa famille.

Une nette séparation, dans l’esprit d’Edmond Charrière, dont la femme, historienne de l’art, n’a jamais travaillé ni collaboré avec son mari, doit être retrouvée.

 

 

DEFIS

Prêts d’oeuvres : les diminuer dans un esprit d’économie ?

Le récent prêt, jusqu’au 10 octobre 2017, de 24 oeuvres d’art moderne au Musée de Daijeon, en Corée du Sud  a certes été financé par l’institution coréenne.



 

Mais organiser techniquement et administrativement de tels prêts coûte en ressources humaines alors que tous les services de la ville cherchent des économies qui ne péjorent pas trop les prestations offertes au public. De même, ne faudrait-il pas envisager de réduire un peu la fréquence des prêts systématiques des chefs-d’oeuvres de la collection Junod et des chef-d’oeuvres de Vallotton ? Prêter est indispensable, mais avec discernement !

 

Axes de présentation de la collection permanente : historique ou esthétique ?

L’axe actuel est historique puisque la grande salle du 1er étage, la seule aux cimaises continues, montre des oeuvres suisses du XIX siècle, alors que jusqu’en 2016, on profitait de ce large espace pour montrer les grandes oeuvres du XXe siècle justement exposées en Corée du Sud. Ce choix, en soi cohérent, mérite d’être discuté. Les deux photos ci-dessous (2017 et 2007) montrent la radicalité des options choisies.

 

 

Nombre de salles pour les expositions temporaires : les diminuer au profit de la collection permanente ?

Dans l’esprit de la rénovation de 2002, les trois grandes salles de l’extension ainsi que la salle d’accès et les deux petit cabinets accueillaient l’exposition temporaire. Les deux premières salles du rez-de-chaussée pouvaient présenter un accrochage tournant d’oeuvres de la collection ou d’artistes vivant dans la région. Actuellement, elles accueillent le début de certaines expositions temporaires. La deuxième salle du 1er étage présente aussi d’autres petites expositions temporaires, rompant ainsi le parcours des collections. Ces choix peuvent être repensés. Ci-dessous, l’exposition temporaire André Ramseyer, actuellement visible.

 

Accrochage des oeuvres : confrontation ou contemplation, surprises ou classicisme ?

Le choix actuel est de mettre les chefs-d’oeuvres en confrontation avec d’autres oeuvres du même thème ou de créer la surprise en les accrochant à côté d’une oeuvre mineure. Je préférerais que le Nu à l’écharpe verte de Vallotton respire et s’ouvre dans l’espace plutôt qu’il soit flanqué de deux autres tableaux à sa gauche et à sa droite. De même, mettre un Zoran Music à côté d’un Raymond l’Epée neutralise la puissance émotionnelle de l’oeuvre du rescapé des camps.

 

 

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Cette entrée a été publiée le 16 octobre 2017 par dans Politique, Portraits culturels.
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