Quatre jours après le 7 octobre 2026, les Jeunes Pop Suisse ont dénoncé des propos de la conseillère générale et députée vert’libérale Brigitte Leitenberg. Des affiches sauvages ont été placardées en ville. L’élue est notamment accusée d’être une négationniste et de tenir des propos racistes. Elle est aussi appelée à démissionner du Grand Conseil. Cet article a pour objectif de résumer et d’éclairer des faits.
Une première dans la La Chaux-de-Fonds
Pour la première fois dans l’histoire de notre ville, une personnalité politique locale est dénoncée de cette manière. Dans notre mémoire collective, il n’y a pas souvenir d’une action d’affichage avec photo d’une citoyen·ne élu·e et critiqué·e par des textes.
L’image et le texte des affiches
L’affiche avec photographie retravaillée représente BL de face avec un sourire, en noir et blanc. Il est écrit en-dessous, en lettres blanches sur fond rouge : BRIGITTE LEITENBERG: NÉGATIONNISTE, MÉGA SIONISTE ! Tolérance zéro pour les propos racistes et impérialistes de Mme Leitenberg.
L’utilisation du noir, du blanc et du rouge est traditionnel dans les affiches de propagande communiste.



Plusieurs autres petites affiches rouges avec texte blanc ont été collées à côté ou sur la photo. Comme ci-dessous, sur ce panneau photographié par JPS et situé à 100 mètres au nord de la synagogue, devant l’École d’art.
« Les massacres des Palestiniens, c’est très relatif »
« Jamais je ne dirai un seul mot contre Tsahal »
Brigitte Leitenberg au sujet du Génocide palestinien
« Brigitte Leitenberg convoque les mots de « barbarie », « sauvagerie », « massacres », elle rejette en revanche le thème de « génocide » pour les Palestiens.
Blick reprenant les mots de Mme Leitenberg
La naïveté des Européens influencé et aveuglé par l’islamisme radical gangrène notre société et la volonté de conquérir un électorat potentiel ont fait passer les victimes pour les bourreaux ! Pour les islamo-gauchiste c’est perdu, mais j’espère qu’avec ceux qui ont les yeux ouverts ou qui pourront enlever le voile qui les aveugles la paix arrivera avec tous ceux qui voudrons se reconnaître mutuellement ! [extrait d’un post sur Facebook, DM]
« Certaines communautés issues de la migration n’ont pas autant l’état d’esprit d’intégration qu’avaient les arrivants d’italie, d’Espagne, du Portugal ou du Kosovo »
Brigitte Leitenberg (au sujet de l’appauvrissement des famille ouvrières de La Chaux-de-Fonds) [extrait d’une déclaration parue dans un article d’ArcInfo le 26 novembre 2025, DM]
Ces propos intolérables de la députée des Verts Libéraux se font le véhicule du sionisme de l’islamophobie. Elle assume sans honte une vision raciste et réactionnaire de la société. Brigitte Leitenberg doit quitter ses fonctions de députée. Ce genre de propos ne peut être toléré.
L’extrait de l’article de Blick consacré à Brigitte Leitenberg
À l’occasion du 3e anniversaire des attaques du Hamas du 7 octobre 2023, le média Blick a publié un reportage. Plusieurs personnalités de la communauté juive de Suisse romande ont été interrogées. Le texte de la journaliste Myret Zaki sur BL est le suivant. Certains propos cités par JPS sont ici lisibles dans leur intégralité.
Si pour qualifier les attentats du 7 octobre, Brigitte Leitenberg convoque les mots de «barbarie», «sauvagerie», «massacres», elle rejette en revanche le terme de «génocide» pour les Palestiniens, et leur refuse même ceux d’«extermination» ou de «massacre», leur préférant celui de «guerre». «Jamais je ne dirai un seul mot contre Tsahal», répète-t-elle. Les massacres de Palestiniens, c’est très relatif, oui il y a eu des morts, c’est toujours désolant des morts innocents qui partent pour rien, mais Israël a été attaqué et a le droit de se défendre, poursuit Brigitte Leitenberg, dont le mari préside la Communauté israélite du canton de Neuchâtel. Comment imaginez vous qu’un pays puisse se défendre quand une armée terroriste, le Hamas, a mis des caches d’armes sous des maisons, des écoles, des hôpitaux ?»
Une photo de BL est ainsi légendée : L’élue de la Chaux-de-fonds (sic) Brigitte Leitenberg assume une posture d’ardente défenseuse d’israël et de Tsahal.
Comme vu plus haut, d’autres déclarations de BL dans la presse et sur Facebook ont été placardées.
La plainte de Brigitte Leitenberg : ce que dit le droit suisse
BL a déposé plainte contre les Jeunes POP Suisse. Mais que dit le droit suisse ?
Avant de publier quelque chose publiquement, un accord avec la personne représentée sur l’image est nécessaire. Sans cet accord, la personne peut engager des poursuites judiciaires en vertu de l’article 28 du Code civil protégeant la personnalité. Toute personne victime d’une atteinte illicite à sa personnalité (honneur, sphère privée, intégrité physique ou psychique) peut agir devant les tribunaux civils pour demander la cessation du trouble, son interdiction ou des dommages-intérêts. Dans notre cas, les affiches ont très vite été retirées.
Il est d’autre part interdit de placarder des documents sur le mobilier urbain ou les murs sans autorisation administrative préalable des autorités communales.
Le code pénal (articles 173-177) intervient lorsque l’atteinte à la personnalité constitue une infraction pénale spécifique. Placarder une affiche visant publiquement une personne en Suisse est illégal.
Cela peut être de la diffamation. Si l’affiche accuse la personne d’un fait précis ou jette le soupçon sur elle de tenir une conduite contraire à l’honneur (ex. ici : « Cette personne tient des propos racistes »), les auteurs peuvent être condamnés. À moins qu’ils ne puissent le prouver.
Si on accuse la personne d’un fait qu’on sait pertinemment faux dans le but de lui nuire, c’est de la calomnie (ex. ici : « Vous êtes négationniste »).
La pétition de soutien aux Jeunes POP Suisse
Un jour après l’affichage, dès le 12 octobre, une pétition a circulé sur les réseaux sociaux jusqu’au 14 octobre. Elle a été initiée (voire écrite) par Madame Virginie Mouche, présidente de la section chaux-de-fonnière du POP depuis avril 2026. Elle est également élue suppléante au Conseil général de La Chaux-de-Fonds. Elle a réuni 150 signatures : certaines anonymes mais d’autres signées. Par exemple par des collègues de gauche (POP, Verts, PS) de BL au Conseil général de La Chaux-de-Fonds et au Grand Conseil neuchâtelois. Le texte de cette pétition a été publié dans la version WEB du courrier des lecteurs de ArcInfo le 21 octobre.
À La Chaux-de-Fonds, l’affichage politique fait partie intégrante de l’histoire de notre démocratie de combat. En placardant des affiches pour dénoncer les propos de la députée vert’libérale Brigitte Leitenberg, les Jeunes POP n’ont fait qu’exercer leur devoir de vigilance face à des déclarations d’une gravité sans précédent pour une représentante du peuple. Aujourd’hui, face à la plainte pénale brandie par l’élue, nous affirmons notre solidarité totale avec ces jeunes militants.
Rappelons les faits. Dans un article du Blick daté du 7 octobre dernier, Madame Leitenberg a osé déclarer : « Le massacre des Palestiniens, c’est très relatif », tout en affirmant qu’elle ne dirait « jamais un seul mot contre l’armée israélienne ».
Ces propos ne sont pas de simples avis divergents ; ils constituent une offense intolérable au droit international et à la mémoire des victimes. Faut-il rappeler à une représentante de la République que la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU a conclu, dès septembre 2025, qu’Israël commettait un génocide à Gaza ? Faut-il lui rappeler que les rapports onusiens de juin 2026 documentent l’extermination planifiée de civils et l’utilisation de la famine ? En qualifiant ces crimes de « relatifs », Madame Leitenberg s’enfonce dans un révisionnisme politique indigne de sa fonction.
Lorsque le débat d’idées est ainsi bafoué par le déni des faits, qualifier cette posture de «négationniste» relève de la stricte vérité politique. L’action des Jeunes POP ne visait en aucun cas la confession de l’élue, mais bel et bien ses responsabilités politiques.
D’ailleurs, la condamnation de ses propos transcende les clivages, puisque les Vert’libéraux neuchâtelois eux-mêmes ont dû se distancier fermement de leur députée.
Nous refusons que la justice pénale soit instrumentalisée pour faire taire la jeunesse qui se lève contre l’inacceptable. Brigitte Leitenberg doit assumer la portée de ses déclarations. Les Jeunes POP ont eu le courage de mettre des mots sur l’horreur. Ils ont tout notre soutien.
Les réactions des autorités
Avant le Conseil général du 27 octobre, une seule réaction des autorités exécutives et législatives communale et cantonale avait eu lieu. C’était celle du président de la Ville de La Chaux-de-Fonds, Théo Bregnard, élu POP au Conseil communal. Interrogé par Watson le 12 octobre, il avait déclaré :
Le président (POP) de La Chaux-de-Fonds «condamne»
Joint par watson, le président du Conseil communal de La Chaux-de-Fonds (équivalent de maire), Théo Bregnard, lui-même POP, réagit aux affiches des Jeunes POP:
«Je condamne cet affichage dirigé contre Madame Leitenberg. Quoi qu’on pense des idées défendues et des propos tenus par chacun, c’est un procédé stigmatisant. Je ne partage absolument pas le point de vue de Madame Leitenberg sur la situation à Gaza et en Israël, mais les désaccords doivent toujours donner lieu au débat, pas à la stigmatisation.»
Certains arguments et propos du comité des JPS
Sur les réseaux sociaux et dans la presse suisse et régionale, les deux membres de la présidence et de la vice-présidence des JPS, Maya Flückiger (MF) et Inès Marthaler (IM), ont justifié leur action. Je retiens ici quelques arguments et propos.
Refus d’être antisémite : « Sa confession [de BL] n’est pas en cause », déclare IM.
Utilisation du mot négationniste : « Nous savons que c’est un mot qui marque l’imaginaire collectif. De notre côté, nous le relions à la négation de toute forme de génocide », continue IM.
Sur l’affichage public : « Nous regrettons que l’attention soit portée sur la méthode, et non sur les propos problématiques de Madame Leitenberg », toujours IM.
Sur l’État israélien : « On va se battre tant que l’entité sioniste n’est pas démantelée, tant que la Palestine n’est pas libre», déclare dans une vidéo MF.
Les deux vidéos des JPS sur Facebook (octobre juillet 2026) sont visibles en continu ci-dessous.
Voici un extrait de la vidéo d’octobre.
Les difficultés financières du comité des JPS
Une phrase de MF à la fin de la vidéo d’octobre 2026 mérite un développement plus important. : « Donnez du fric au fond légal des jeunes Pop pour soutenir nos camarades en procès contre la ville de Neuchâtel. »
Le 5 octobre 2025 a eu lieu à l’initiative des JPS une manifestation propalesrtienne, non autorisée. La circulation a été bloquée au centre-ville durant une dizaine de minutes. Les manifestants ont ensuite rejoint la gare, où ils ont posé un drapeau palestinien sur un ballast entre deux voies des quais 2 et 3. Les CFF ont totalement suspendu le trafic pour des questions de sécurité.
Il y a eu des suites judiciaires à la suite des plaintes de la Ville de Neuchâtel et des CFF. Le ministère public neuchâtelois a requis des amendes à l’encontre des deux organisateurs de l’événement, dont MF.
Le 11 juillet 2026, un défilé autorisé dénonçant « les massacres impérialistes » s’est déroulé à Neuchâtel. Il a été organisé en soutien aux deux personnes, dont MF qui, suite à la manifestation d’octobre 2025, devront comparaître devant un tribunal.
Dans la vidéo de juillet 2026 visible plus haut, MF dénonce la pression judiciaire à son égard, mais sans se nommer explicitement : « Le 5 octobre 2025, suite à une mobilisation de 300 personnes à Neuchâtel, deux personnes ont été prises à partie par la justice du canton et identifiées comme responsable de cette mobilisation. L’affaire est toujours en cours aujourd’hui et les deux militants font face à des amendes qui au total avoisinent les 10’000 francs. Cette pression judiciaire a un objectif très clair : faire peur à la population, faire peur aux personnes qui envie de parler de l’impérialisme. Malgré les menaces de l’État, de la loi sur la population, le mouvement pro-palestinien et anti-impérialiste continue de se mobiliser et on ne sera pas intimidé par les attaques de l’État. Nous demandons l’abandon de toute poursuites, de toute charge et de toute mesure à l’encontre des militants anti-impérialistes et pro palestiniens en Suisse qui sont actuellement ciblé par la justice. »
MF a expliqué dans ArcInfo : « En additionnant les amendes et les frais de justice, deux personnes, dont moi-même, pourrions devoir payer environ 2500 francs chacune, non compris une amende à venir de 6000 francs pour ce qui s’est passé à la gare. Les montants requis sont monstrueux ! Sans compter que nous n’avons pas les moyens de payer de tels montants. »




