Une osteria de rêve à Sapri


Dans nos rêves les plus beaux, nous nous voyons manger de bons plats dans un bel endroit, mais rarement avec les odeurs et les saveurs. À modiques prix dans cette petite ville à 200 km au sud de Naples, l’Osteria U’Mostazzo fait devenir le rêve réalité. Ses plats simples et typiques du Cilento sont beaux à voir, odorants et goûteux. Mieux que dans n’importe quel rêve.

À l’extrême sud de la Campanie, Sapri, avec son golfe clair, ses montagnes alentour rafraîchissant l’air, son lungomare bien aménagé et sa place du Plebiscito à côté de l’église Santa Maria Immacolata, est l’essence même d’une Italie du Sud authentique épargnée par le surtourisme.

Pendant que le rosaire était psalmodié entre 19 et 20 heures dans l’église à côté, je suis allé deux fois manger sur la terrasse de l’Osteria U’Mustazzo. Le moustachu en question est le vieux propriétaire qui sert les plats et son délicieux vin rouge de table, un Aglianico vinifié dans sa maison de campagne. On choisit les plats sur le menu écrit au feutre devant la terrasse. Ou le fils aux commandes de la trattoria propose ses spécialités selon les arrivages.

Le premier soir, j’ai été tenté par les scialiatielli au thon frais et menthe (13 euros) que le patron m’a conseillés : certains clients feraient 110 kilomètres pour manger ce plat ! Comme antipasto, j’ai choisi du poulpe rôti au fenouil sauvage, aussi facturé 13 euros.

« Ô sublimités du goût, Ô délices de l’odorat », je suis devenu ce lundi le commissaire Montalbano s’extasiant devant les plats de sa trattoria de Vigata ou préparés par Adelina, qui lui laisse de délicieux plats traditionnels siciliens dans son réfrigérateur lorsqu’elle vient s’occuper de son intérieur.

Le poulpe frais, tendre, est délicatement relevé par la douceur anisée de l’herbe sauvage de la macchia mediterannea, la végétation dense des sentiers maritimes et rocheux. Un plat en coeur et pour notre coeur.

Les scialatielli sont des pâtes typiques de Campanie, courtes et épaisses, de section rectangulaire et de forme irrégulière, faites avec de la farine, des oeufs, du lait et de l’eau. Dans ce plat mémorable à 13 euros, leur fraîcheur s’allie à celle du thon et de la menthe : comme un miracle de San Vito, le saint tutélaire de Sapri, honoré par des épis de blé, lui qui sauva, selon la légende, la région d’une grande disette causée par la colère de Dieu.

Un miracle est généralement unique, encore moins commandable. Pourtant, délices renouvelées le lendemain soir, toujours au rythme du rosaire chanté en l’honneur de ce cher Saint Guy. Sa fête est le 15 juin. Nous étions le 9 !

Gloire encore à la mer, si belle à Sapri, si intime et naturelle pour ses habitants. Plus de Naples on avance vers le sud, plus on est certain de trouver de l’espadon (pesce spada) dans les restaurants. Grillé mais aussi accommodé avec des pâtes. Ce mardi soir-là, il était servi mariné, comme un carpaccio : huile d’olive avec des soupçons de vinaigre, persil et piment. 13 euros…

À 15 euros, le fritto misto ne me convenait pas vraiment avec des crevettes. Le patron me proposa de les remplacer par un morceau de baccalà, de la morue. Grande fut alors ma nouvelle joie : pavé de morue, anchois, calamars, poulpe et tout petits poulpes, les moscardini. Pendant la dégustation, l’assiette se métamorphosait en natures mortes successives, jusqu’à l’épure.

Je n’avais pas vraiment envie de desserts à la crème ou trop lourds (babá, crostata, delizia al limone, profiteroles). J’ai demandé s’il était possible de finir ce repas sublime à 30 euros par une simple salade de fruits. Pas de problèmes pour le patron. Trois minutes plus tard, ce petit chef-d’oeuvre : pastèque, melon blanc, pêche jaune et morceaux de cerises dénoyautées.

Sapri, ce ne sera pas fini pour moi, sapristi ! J’en rêverai la nuit et y reviendrai en Frecciarossa.

À tout bientôt sur la belle Piazza Plebiscito près des beaux jardins des belles demeures, de la grande place aux grands ficus, des eucalyptus du lungomare.

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