Construire en densifiant le périmètre urbain


Dans les villes suisses, de nombreuses villas des années 1950-60, sans intérêt architectural majeur, mais avec de grands terrains à l’intérieur du périmètre urbain, font place à de petits immeubles locatifs ou en PPE. C’est l’avenir d’un urbanisme qui veut privilégier l’habitat collectif par rapport à de nouvelles villas individuelles mangeant les périphéries. À La Chaux-de-Fonds, un récent courrier des lecteurs fait croire qu’un projet de trois nouveaux immeubles va saccager un quartier au nord de la ville.

Ce courrier parle d’un projet immobilier prévu rue de la Montagne 17.

Décryptons les arguments et les affirmations bien tranchées de ce texte qui donne l’impression que la Ville de La Chaux-de-Fonds fait tout faux !

  • À La Chaux-de-Fonds, au nord-est de la cité, une villa en bon état et de belle facture, entourée d’un grand jardin, a été vendue récemment.

Cette villa des années 50-60 n’a aucun intérêt architectural ou patrimonial majeur. D’innombrables autres maisons de ce type furent construites en Suisse il y a 70 ans et elles sont souvent des gouffres énergétiques qui dissuadent toute rénovation.

  • Elle est située entre la limite du périmètre de la zone Unesco et les maisons construites par Le Corbusier situées à la lisière de la forêt.

Située rue de la Montagne 17, elle est éloignée de 280 mètres de la Villa Fallet et de 500 mètres de la Maison Blanche !

  • Le promoteur mandaté projette d’ériger sur cette parcelle trois immeubles de quatre étages en béton et de toit plat avec un garage de 26 places (dont l’entrée donnerait sur une rue assez étroite à l’est du terrain).

Cette rue du Tir-Fédéral relie la rue de Tête-de-Ran à la rue de la Montagne et passe devant l’immeuble locatif Chasseron 5 où habite l’auteure du courrier à ArcInfo…

  • La villa serait donc démolie et onze arbres (dont trois très grands protégés par la législation) seraient condamnés à un abattage impitoyable. Quant au jardin bien entretenu, il serait voué à un saccage déplorable.

Sur les onze arbres, il y a huit sapins et trois pins de hauteur moyenne, sans intérêt exceptionnel comme le séquoia de la parcelle rue Staway-Mollondin, en image plus bas, et qui a été protégé.

  • Au sud de la parcelle à bâtir, on trouve des maisons du début du siècle passé de belles proportions. Sur le reste du pourtour et au-dessus, jusqu’à l’orée de la forêt, sont situées des villas des années 1950-1960, à toits de deux pans.

Au sud se trouve la rue de Tête-de-Ran avec des immeubles de trois étages. Au nord, évidemment que quelques villas, construites à la même époque que celle qui sera démolie, auront moins de dégagement côté sud…

  • L’intégration de ces nouveaux immeubles est donc extrêmement contestable à cet endroit, car elle porterait gravement atteinte à l’harmonie de l’un des quartiers les plus homogènes et les plus beaux de la ville.

L’atteinte à l’harmonie n’est pas négligeable mais assez faible car les immeubles projetés prolongeraient ceux de la rue de Tête-de-Ran et les deux locatifs de la rue du Chasseron.

  • En constatant la hauteur des gabarits posés, à laquelle il faut ajouter 1m20 pour les panneaux solaires prévus, on peut comprendre le choc émotionnel, voire la colère, ressentis par la plupart des habitants du quartier au moment où ils les ont découverts.

Le choc émotionnel de l’habitante voisine des futurs immeubles, rue du Chasseron 5, est compréhensible mais ses arguments exagérés au ton catastrophiste ne relèvent que de ses intérêts particuliers.

  • À nos yeux, ce projet aurait un impact esthétique et écologique désastreux sur l’ensemble de ce quartier. Nous espérons fermement que nos autorités ne donneront pas le feu vert à cette réalisation qui serait en contradiction totale avec leur politique de valorisation du patrimoine urbanistique de la cité.

À partir du moment où cette parcelle Montagne 17 serait dans une zone de densité moyenne, donc constructible, la ville ne pourrait que donner son accord à un projet qui densifierait le périmètre urbain sans porter atteinte ni au périmètre Unesco ni aux belles villas Le Corbusier.

Construire de tels immeubles dans un quartier de qualité permet d’attirer de nouveaux habitants ou locataires. D’autres exemples de constructions récentes ou à venir (22-Cantons, Staway-Mollondin, Bellevue, Avocat-Bille) servent d’exemples. De plus, installer des panneaux photovoltaïques sur les immeubles a un évident impact écologique qui compensera partiellement l’arrivée de nouvelles voitures dans le quartier.

Bref, permettre, et même encourager, à La Chaux-de-Fonds, ce qui se fait partout ailleurs en Suisse relève de la responsabilité politique et économique pour autant que les projets immobiliers soient de qualité. Que des intérêts particuliers ameutent la République pour des désagréments supportables ne porte pas de vision d’avenir.

Annexe :

4 immeubles récents ou futurs construits sur des terrains proches de villas dans des zones à bâtir de densité moyenne

Rue des 22-Cantons, construit
Rue Staway-Mollondin avec un séquoia protégé, en construction
Rue de Bellevue, en construction
Rue de l’Avocat-Bille, projeté à la place d’une villa semblable à celle de Montagne 17

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