Oeuvres chaux-de-fonnières spoliées dans leur beauté.


Le long du Mille de la culture, de l’ancienne École de commerce au collège des Gentianes, nombre d’œuvres d’artistes chaux-de-fonniers sont intégrées dans des bâtiments publics depuis les années 1960. Dommmage que la beauté de certaines d’entre elles, et non des moindres, soit spoliée par de l’indifférence ou de la négligence à leur égard. Paradoxalement elles ont été achetées ou commandées pour mettre en valeur des institutions de formation. Heureusement que quelques-unes s’offrent intactes à notre admiration.

Le périple débute dans la douleur au 2e étage de l’ancienne École supérieure de commerce, maintenant siège intercantonal de la Haute École pédagogique. Le magnifique triptyque de Laurent Wolf, mi-figuratif mi-abstrait, est accroché là où il a toujours vécu depuis son achat dans les années 1980. Il ouvrait l’imaginaire des maîtres et des élèves qui montaient ou descendaient le grand escalier. Aujourd’hui, pupitre, tables, affiches et autres paperasses ruinent le regard de celles et ceux qui, paradoxe difficile à surmonter, vont être formés à faire aimer l’art et la culture à leurs futurs élèves.

Re-table et non retable

On descend vers l’entrée ouest du centre scolaire municipal Numa-Droz, construit dans les années 1970. Sous l’auvent se déploie une grande céramique de Claude Loewer. Sa vivacité heureuse accompagne le temps scolaire et le chemin des habitants du quartier qui passent par là pour descendre en ville. Si le grand bus scolaire bleu roi se garait ailleurs le soir et le week-end, les mânes du grand artiste et formateur irradieraient comme elles le firent pendant SUR LE HAUT (F)ESTIVAL.

Juste à côté, dans la salle de prêt de son premier étage, la Bibliothèque de la Ville déplacerait ces tables et ces chaises et permettrait à la mosaïque de Carlo Baratelli, un autre grand maître chaux-de-fonnier, de manifester sa puissance expressive adéquate à ce cher lieu qu’il fréquentait tant.

Dans la salle d’entrée du Conservatoire cantonal, on fit grand cas, il y une trentaine d’années, des panneaux en bois peint de André Évrard, conçus comme des espace-temps musicaux. On aurait apprécié de sortir d’un récital de Marc Pantillon ce dimanche de novembre 2022 sans en voir un noyé sous les manteaux d’hiver.

La montée vers le sud de la ville procure davantage de joies. Joie de voir irradier la grande céramique de Loewer sur la face nord de la salle de gymnastique des Crêtets.

Joie de remonter le chemin des Beaux-Dimanches vers les deux cours du collège des Gentianes. Gloire aux deux grandes mosaïques de Georges Froidevaux et de Carlo Baratelli, intactes présences depuis soixante ans auprès des petits enfants.

Froidevaux, Loewer, Baratelli et Évrard furent des pionniers de l’art abstrait neuchâtelois et Laurent Wolf est leur héritier encore vivant. L’achat de leurs œuvres par les pouvoirs publics témoigne du lien fort entre la cité et ses créateurs. Un peu de bonne volonté permettrait, en vue de 2025, de perpétuer la mémoire de ces maîtres qui ne méritent pas les oubliettes de l’usage quotidien. « Alors que la finalité des objets techniques est dans leur usage, leur utilité, la finalité d’une œuvre d’art n’est rien d’autre qu’elle-même », écrivait Hannah Arendt.

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