Pour les personnes de gauche qui pensent que Le Pen et Macron c’est bonnet blanc/blanc bonnet


La gauche et l’extrême-gauche française comptent un certain nombre de personnes, influentes ou non, parfois vivant en Suisse, dont la boussole morale s’affole dans la perspective d’un second tour Le Pen-Macron. Elles s’abstiendraient car ces deux candidats sont « anti-classe » ou « anti-race » : le néolibéralisme ou l’autoritarisme néo-fascisant produiraient les mêmes ravages. Pour elles, j’offre en version PDF téléchargeable l’article de Lucie Delaporte paru le 7 avril dans Mediapart.

L’exemple emblématique de cette position est l’ancien député socialiste neuchâtelois Matthieu Béguelin, qui est aussi un électeur français partisan de Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, « Marine Le Pen est dédiabolisée car à l’exception de certaines mesures comme la préférence nationale, son programme est déjà en place et les instruments de contrôle et de répression dont elle aurait pu rêver également ». Autrement dit, Macron a fait la politique de Le Pen ces cinq dernières années. Or, la mesure-clé de vote de la candidate néo-fasciste, minimisée par Béguelin, est la préférence nationale, dont l’article de Lucie Delaporte détaille les horreurs qui ne semblent pas faire peur à certains militants de la France insoumise.

Ceux-ci, dans une posture rigide, oublient qu’après las 22 % de Mélenchon, l’élection de Macron ouvre les portes à la France insoumise pour augmenter sa représentation à l’Assemblée nationale lors des élections de juin. En effet, avec une Le Pen battue, ils sortiront de nombreuses fois vainqueurs lors des triangulaires du second tour. Ils constitueront une puissante force d’opposition à Macron. Avec Le Pen présidente, ils seront battus aux législatives !

L’article paru dans Mediapart s’intitule « Le projet présidentiel de Marine Le Pen foule aux pieds les droits fondamentaux ». En voici quelques extraits :

 » Le Pen défend un programme brutal, profondément xénophobe et autoritaire, qui mettrait la France au ban des démocraties européennes. (…) Un projet qui, sur bien des aspects, ferait basculer le pays dans un régime autoritaire à la hongroise avec des conséquences humaines, sociales pour des millions de résidents étrangers difficile à imaginer. (…)

Le Pen et Orban

Comme la « priorité nationale » est aujourd’hui anticonstitutionnelle, car contraire au principe constitutionnel d’égalité, la candidate RN veut faire sauter les verrous du droit susceptibles d’entraver sa politique xénophobe. Ne pouvant s’appuyer sur l’article 89 pour modifier la Constitution – lequel nécessite que le projet soit discuté à l’Assemblée nationale et au Sénat, avant d’être adopté en termes identiques par les deux chambres –, elle veut donc recourir à l’article 11, soit le recours au référendum, en arguant que de Gaulle l’a bien utilisé en 1962 dans ce cas de figure. (…) Son projet de « priorité nationale », rappellent tous les juristes consultés par Mediapart, contrevient pourtant à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui interdit d’opérer une distinction entre les Français et les étrangers dans l’accès aux droits fondamentaux. (…)

Au-delà des considérations juridiques, « la priorité nationale » aurait des conséquences dévastatrices pour des millions de personnes. Priver potentiellement près de 5 millions de résidents étrangers, parmi lesquels 38 % d’Européens, de l’accès au travail, au logement social, au RSA, aux allocations familiales ou aux soins médicaux (hors situation d’urgence) provoquerait un chaos social difficile à imaginer.« 

Le 14 avril, après le 1er tour de l’élection, le constitutionnaliste Dominique Rousseau montre que la fascisme de Le Pen doit passer par l’instauration d’une démocratie illibérale comme en Hongrie.

1 commentaire

  1. L’article de Lucie Delaporte, lu dans son intégralité, est glaçant. Plus terrifiant encore, l’article de l’anthropoloque Véronique Nahoum-Grappe intitulé « Le lendemain de l’élection de Marine Le Pen » publié le 7 avril sur le site de la revue Esprit (https://esprit.presse.fr). L’autrice y décrit les conséquences, en France et au niveau international, des modifications législatives prévues par M. Le Pen. Ces cris d’alarme seront-ils entendus ? Vu l’état (d’esprit) actuel d’une partie de la gauche, je suis assez pessimiste.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s