Comme au Tessin, élisons le Conseil d’État à la proportionnelle


Le 9 mai 2021, le canton de Neuchâtel va vivre sa sixième élection en dix-huit mois : le second tour pour le choix de nos 5 ministres cantonaux. Les cinq premières (élections des 4 conseillers nationaux, des 2 conseillers aux États, des Conseils généraux et communaux, du Grand Conseil) ont lieu à la proportionnelle à Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et au Locle. Afin de garantir une répartition qui reflète les forces politiques multiples, pourquoi ne pas élire notre gouvernement à la proportionnelle comme au Tessin et dans nos trois grandes villes ? Après le 9 mai, quel que soit le résultat, pourquoi les Verts, le Vert’libéraux, le Centre, le POP et l’UDC ( et même le PS qui défend le système proportionnel dans les villes) ne lanceraient-ils pas une initiative cantonale afin de changer de système dès 2025 ? Le PLR qui vise trois sièges le 9 mai y sera sûrement opposé, au nom de l’importance d’un vote pour des personnes libres et responsables.

La Constitution tessinoise est cohérente dans son uniformité. Au Tessin,toutes les élections, à la Constituante, fédérales et cantonales, se déroulent à la proportionnelle dans une circonscription unique. Dans notre canton (sauf dans les petites communes), seule l’élection au gouvernement se fait au système majoritaire, obligeant l’électeur, comme en Valais ou à Lausanne (et dans tous les cantons suisses sauf Zoug, semblable au Tessin), à retourner une seconde fois aux urnes après le premier tour.

Au Tessin, n’existe, comme dans notre canton, qu’une seule circonsription pour l’élection au Grand Conseil. L’élection du Conseil d’Etat du 7 avril 2019 a donné les résultats suivants. Les sièges ont été attribués aux partis et les premiers de liste de ces partis ont été élus (Lega 2 sièges, PLR 1 siège, PS 1 siège, PDC (PPD) 1 siège).

Voici la liste des ministres tessinois depuis 2011.

Dans la législature 2011-2015, trois conseillers d’Etat de la Lega se se succédé. En effet, le 14 avril 2013, M. Borradori a été élu maire de Lugano et son remplaçant, M. Barra, est mort le 20 octobre 2013. Son successeur, Claudio Zali, a été réélu en 2015 et 2019.

Dans le canton de Neuchâtel, en 2010, l’UDC a proposé un décret instituant le vote à la proportionnelle, dans la perspective intéressée des élections de 2013. (où Yvan Perrin a été élu dans le système majoritaire…).

Je partage aujourd’hui les arguments de l’UDC développés à l’époque dans le cadre d’une commission chargée d’examiner ce décret qui sera refusé en 2011 par le Grand Conseil. Le système proportionnel garantit « une meilleure représentation des forces politiques, qui permettrait d’aller à l’encontre d’une certaine tendance au bipartisme » et « un moindre risque d’avoir des majorités différentes entre le législatif et l’exécutif« .

Évidemment que le PS et le PLR ne voulaient pas de ce nouveau système qui aurait propulsé Jean-Charles Legrix ou Yvan Perrin au gouvernement. Ce dernier a malgé tout été élu au système majoritaire en 2013.

Le Conseil d’Etat s’est opposé à ce projet de décret. Il considérait « que le peuple élit avant tout des personnalités, et que le système majoritaire est dès lors le mieux adapté. Il n’y a pas de raison d’avoir le même système pour l’élection du Conseil d’Etat que pour celle du Grand Conseil, car il y a une différence claire pour le peuple entre ceux qu’il délègue pour le représenter et ceux qu’il délègue pour gouverner. Qui plus est, la concordance entre la majorité au gouvernement et au parlement ne serait pas forcément assurée même si le système proportionnel était en vigueur pour les deux élections. »

C’est exactement le contraire de que ce pensait le PS de La Chaux-de-Fonds quand il a défendu le système proportionnel pour l’élection du Conseil communal lors de la votation de novembre 2019 !

Dans les débats de la commission parlementaire est intervenu le problème des démissions ou départs. « Le système proportionnel a pour désavantage de permettre à des viennent-ensuite d’arriver à l’exécutif, ce qui est jugé néfaste pour les institutions. Les viennent-ensuite n’ont en effet pas la légitimité nécessaire pour occuper un siège de conseiller d’Etat (ce d’autant plus que, contrairement à l’élection au Conseil des Etats où il n’y a qu’un seul viennent-ensuite, on pourrait voir ici le 4e ou le 5e d’une liste être élu, de par des désistements successifs). Plusieurs commissaires estiment que le problème pourrait néanmoins être évité en instituant une élection au système majoritaire en cas d’élection complémentaire. Il est en effet jugé essentiel qu’il y ait de toute façon une élection en cas de vacance. Et d’un point de vue juridique, il s’avère que tous les systèmes et combinaisons de systèmes sont effectivement possibles« .

Aujourd’hui 21 avril, à deux semaines et demie du second tour, nous prenons le risque d’élire un gouvernement PLR avec deux élus expérimentés et une néophyte qui n’a siégé dans sa vie que six fois dans des parlements et n’y a pris qu’une fois la parole. Portée par une vague violette, Crystel Graf a toutes ses chances et la campagne qui démarre aujourd’hui risque de perpétuer le système de partage du pouvoir en alternance entre les deux partis historiques, qui ont pourtant chacun perdu des plumes au Grand Conseil. À eux deux le PS et le PLR ne représentent que 53 % du Grand Conseil, chiffre historiquement jamais aussi bas.

Le PLR a reçu moins de 30 % des suffrages au parlement et pourrait avoir 60 % d’élus au gouvernement ! Aussi absurde que dans la ville de Lausanne où la droite qui pèse 40 % n’a qu’un siège sur sept à l’exécutif. Ou qu’en Valais qui a eu jusqu’en mars 2021 un gouvernement avec trois PDC et moins de 40 % de parlementaires au Grand Conseil dans les dernières législatures.

Une juste répartition des forces politiques dans notre canton serait identique à celle de la commune de Neuchâtel : 2 PLR, 1 PS, 1 Vert et 1 Vert’libéral. En effet, si l’on calculait la répartition des sièges au Conseil d’Etat d’après les résultats au Grand Conseil, les VL auraient droit à un siège avec leur 8 %. C’est la logique de la proportionnelle difficile à faire avaler à ceux-là mêmes qui la défendent dans les grandes communes !

Les deux grands partis qui se sont réparti le pouvoir cantonal pendant cinq décennies sont à un tournant de leur histoire. Les forces politiques neuchâteloises sont composites : la gauche plurielle PS-Verts-POP (48 sièges-21/19/8), le centre pluriel VL-CE (12 sièges-8/2) et la droite plurielle PLR-UDC (40 sièges-32/8). Que le pouvoir exécutif se partage équitablement entre elles selon leur importance est un défi qu’elles devraient toutes relever dès 2025 !

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