La prunelle, de la fleur à la confiture


Au sud du Bois-du-Couvent, les épines noires printanières ont fleuri et donné leurs fruits en automne, les « blosses », petites prunes acides qui doivent geler pour s’amadouer. Le premier jour de cette nouvelle et incertaine année a été consacré à cueillir un kilo de ces prunelles, les dénoyauter patiemment, les mélanger à des Boskoop pour en tirer une confiture de proximité sauvage.

À l’image de cette année nouvelle qu’il faudra goûter dans ses moindres plaisirs, ici ou ailleurs. Plaisirs que je vous souhaite intenses en goût.

La blosse jurassinne est le fruit du prunelier, appelé aussi épine noire, arbrisseau épineux à fleurs blanches qui fit notre bonheur pendant les promenades du confinement printanier, à un jet de pierre des Jardinets. Très astringente en raison de ses tanins, la prunelle devient plus sucrée à maturité, surtout après la premières gelées, le bon moment pour la cueillir dans la neige avec d’épais gants.

Ce que je fis hier devant le Reymond, à la lisière du Bois-du-Couvent. La récolte fut bonne.

Elle m’évoqua mes amis Patrick qui n’habitent pas loin, là-bas à gauche ou juste en-dessous, car l’épine noire est l’arbre protecteur du saint irlandais. La tradition veut en effet que Saint Patrick, arrivé d’Irlande auprès de Saint Martin de Tours pour suivre son enseignement, porta la bonne parole jusque dans des lieux reculés. Revenant vers Tours, il longea les bords de la Loire et la traversa. C’était en plein hiver aux alentours de Noël, Patrick était épuisé et trempé. Il enleva son manteau, le posa sur un buisson pour le faire sécher, planta son bâton de marche dans la terre et s’allongea à même le sol pour se reposer. Au réveil quelle ne fut pas sa surprise de voir que son bâton s’était enraciné, transformé en une épine noire et chargé de feuilles et de fleurs formant un toit protecteur au dessus de lui. Ce dont il remercia Dieu.

Remercions la nature, qui est notre Dieu, de nous gratifier de ce fruit original. Sitôt cueilli, sitôt dénoyauté après que je suis redescendu sur le plateau de Beau-Site par chez Andreas. Le kilo récolté prendra deux heures à être patiemment libéré de ses noyaux pour former un mélange qui colle aux doigts et à la spatule. J’ai ajouté à la livre qui m’est restée 400 grammes de pommes boskoop, 750 grammes de sucre et 1décilitre de jus de pommes de la Bocarderie.

La confiture amoureusement touillée fut mise en bocal et étiquettée.

À la déguster, on acceptera la rusticité des tanins encore présents, on s’inclinera devant la puissance des saveurs originales de la blosse, adoucies par la pomme. Et on remerciera notre ville d’être si proche de la vie sauvage.

Enfin on se réjouira d’offrir trois bocaux aux trois premières personnes qui auront écrit un petit commentaire sur ce premier article de l’année 2021.

2 commentaires

  1. Magnifique texte. Comme souvent avec Daniel, on est surpris car dans ses textes le voyage est double (la promenade et l’amitié dans les mêmes propos), et ici triple (l’odeur de la cuisine qui met les sens au garde à vous).

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