10 lieux secrets au nord et au sud du Tessin


Dix endroits où l’on parle italien au Tessin, presque tous un peu à l’écart ou d’une beauté si secrète qu’elle n’est pas assez mise en valeur. Dix lieux de culture et de saveurs, comme préservés, dans un canton de plus en plus uniformisé sous l’influence de la Suisse alémanique. Dix petits paradis qu’on se réjouit de retrouver sitôt les beaux jours revenus.

1. Val Bedretto

Franchi le Nufenen – la Novena -, on arrive dans le Val Bedretto qui aboutit au carrefour routier d’Airolo. Douce vallée avec une douce étoile, l’hôtel-chalet Stella Alpina. Le matin quand le car postal passe pour rejoindre Ulrichen en Valais, les lacets du Gothard nous inviteraient à demeurer plus longtemps à Bedretto, histoire même de rejoindre à pied, par le col San Giacomo, le village italien de Riale, au fond d’une longue vallée qui commence à Domodossola. C’est dans le nord du Tessin qu’on comprend le mieux les Alpes comme lieux de passage…

2. L’hôtel des Alpes à Airolo

À la sortie de l’ancien tunnel du Gothard, la gare d’Airolo, à 1150 mètres d’altitude. Le train régional-express Ertsfeld-Bellinzone s’y arrête toutes les heures, histoire de nous laisser cent vingt minutes pour jouir d’un moment unique aux Alpes, en face de la gare. Un hôtel-restaurant imperméable à la modernité aliénante, comme il en existe encore tant dans la vallée de la Léventine. Pizzas au feu de bois (en automne : aux bolets frais et à la saucisse tessinoise), cannelloni et tiramisu maison, encore confectionnés par la mamma. Les clients de midi sont des ouvriers des CFF qui prennent le menu à 17 francs avec salade et café. Je connais un ancien hockeyeur d’Ambri-Piotta qui a habité Airolo et qui s’y est morfondu. Pourtant, cette bourgade vivante est la porte d’entrée dans notre Sud et son charme improbable ne se révèlera qu’aux amoureux des proximités chaleureuses. Ou à ceux qui y établiront leur camp de base pour parcourir les cinquante kilomètres de la Strada Alta de la Leventina, le chemin pédestre en altitude qui mène à Biasca.

3. La gorge du Monte Piottino

Ce lieu étroit, accessible de l’arrêt du car postal de Rodi, Dazio Grande, est pourtant d’une grande intensité émotionnelle. Il nous ouvre à ce que nous ignorons habituellement quand nous traversons, en aveugles, le Gothard : l’histoire des hommes qui ont construit ces voies. Émotion décuplée par la référence à cette gorge que Turner immortalisa en 1842 quand il allait de Lucerne à la Venise tant aimée. Le chemin uranais du seizième siècle a été récemment restauré pour les marcheurs et c’est un enchantement sauvage et romantique. Le cours du Ticino a certes été apaisé mais la profondeur de la gorge et l’âpreté de la roche sont intactes : dire qu’une partie du trafic économique européen passait par là !

4. L’église San Nicolas de Giornico

Entourée de vignes, au pied d’une montagne dans laquelle sa pierre semble se fondre, cette église romane du XIIe siècle est ma favorite en Suisse. Précédée d’un portail dont les colonnes reposent, selon la tradition lombarde, sur des fauves accroupis, elle possède deux choeurs superposés présentant une disposition très rare, remontant aux origines de l’Église, qui permettait aux fidèles de se placer littéralement « sous » la protection du saint patron du sanctuaire. Le village de Giornico est le plus beau de la Léventine avec son musée régional passionnant, ses chambres d’hôtes et son grotto fameux, Ai 2 Ponti.

5. La Fiore di pietra de Mario Botta au Monte Generoso

Seule concession au tourisme de masse, on prendra le train à crémaillère du Monte Generoso à Capolago pour se retrouver devant la Fleur de pierre de Mario Botta, un chef-d’oeuvre de l’architecture contemporaine. L’ancien hôtel-restaurant qui se trouvait sur le site a été démoli car il avait été endommagé par un glissement de terrain. La construction est posée au bord d’une falaise surplombant le lac de Lugano. « Je voulais que les éléments organiques de la falaise, changeants dans leur texture et leur couleur au fil des saisons, contrastent avec ceux du bâtiment, déclare l’architecte. Si mes projets s’inspirent toujours du lieu, ils n’imitent pas la nature mais dialoguent avec elle » a déclaré Mario Botta qui construit ce bâtiment, inauguré en 2017, sur la montagne de son enfance. Celui-ci propose une offre gastronomique mais sans hébergement, contrairement à l’histoire prestigieuse de l’ancien hôtel, haut lieu du tourisme tessinois depuis la fin du XIXe siècle. La vue est sublime…

6. Le Monte San Giorgio

En face du Monte Generoso, un autre sommet, accessible à pied seulement de Meride par exemple (bus au départ de Mendrisio), le Monte San Giorgio, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Cette montagne boisée, »est considérée comme le meilleur témoin de la vie marine du Trias (il y a 245 à 230 millions d’années). La séquence témoigne de la vie dans un lagon tropical abrité et en partie séparé de la haute mer par un récif. Des formes de vie marine diverses ont prospéré dans ce lagon, notamment des reptiles, des poissons, des bivalves, des ammonites, des échinodermes et des crustacés. Comme le lagon était proche de la terre, on trouve aussi quelques fossiles terrestres de reptiles, d’insectes et de plantes, notamment. Il en résulte une ressource fossilifère très riche. » Ces trésors enfouis sont en partie visible à Meride et la montée à pied exigeante nous gratifie d’une vue sur le lac de Lugano, plus belle encore que du Monte Generoso, et sans… touristes.

7. Meride et le musée des fossiles du Monte San Giorgio

Charmant et typique village du Basso Ceresio, entouré de vignes, Meride abrite le Musée des fossiles. Situé dans la Casa communale, agrandi et transformé par Mario Botta – toujours lui – ce petit musée possède une collection unique au monde de plantes et d’animaux fossilisés provenant du Monte San Giorgio. L’expérience quasiment philosophique d’une excursion et d’une visite dans ces lieux vaut la peine : on plonge dans un monde pré-humain dont les traces sont préservées par les hommes mêmes.

8. Le Baptistère San Giovanni à Riva San Vitale

Le Baptistère de Riva San Vitale, plus ancien monument chrétien de Suisse conservé, est situé au pied du Monte San Giorgio, au bout de la partie « Ceresio » du lac de Lugano. Sans doute construit au Ve siècle, l’édifice est à plan octogonal inscrit dans un carré. Du bord du lac, on distingue la Fleur de Pierre de Botta, on peut se baigner à la petite plage de Capolago, prendre un apéro, ou même se loger, à l’Albergo Svizzero et/ou revenir à Mendrisio en train ou en bus. À noter que le Tessin est très avantageux pour les touristes qui savent s’y prendre puisque la vie y est moins chère qu’en Suisse romande. Passer une nuit sur place dans un hôtel ou une chambre d’hôtes donne droit au libre accès aux transports publics de tout le canton, grâce à la Ticino card qu’il faut demander chez votre logeur !

9. Le Val Muggio

Le Val Muggio est la vallée la plus méridionale de la Suisse. Sur le versant est du Monte Generoso, cette vallée préalpine typique compte une dizaine de petits villages. Grâce à la mobilité de la population, depuis la seconde moitié du XXe siècle, elle a pu éviter le dépeuplement et le nombre de ses habitants est resté stable dans toutes les communes. « Paix et tranquillité, des paysages magnifiques et des espaces vierges. En fait, la plupart de tout le territoire est fait d’alpages et de bois à une altitude variant entre 300 et 1700 mètres« . La description de l’Office du tourisme du Mendrisiotto est véridique… Les dix-sept kilomètres de randonnée au départ de Scudellate jusqu’à Mendrision furent mémorables : la Suisse aimée !

10. Le Grotto Bundi à Mendriso

Au pied du Monte Generoso, sur les hauteurs de Mendrisio se trouvent plusieurs grotti typiques, des restaurants qui servent en plein air en été. « Leur nom vient de grottes naturelles où la population rurale du Tessin conservait vin, jambon et fromage. Les méthodes modernes de réfrigération rendant ce type de conservation superflu, de nombreux paysans ont transformé ces grottes de stockage en lieux de rencontre pour la dégustation de vin ou d’autres produits ». Un des plus fameux du Tessin est le Grotto Bundi. Rarement trouvera-t-on en Suisse pareille cuisine patrimoniale ! Le büscion (fromage de chèvre du Val Muggio, frais ou affiné, terme provenant du français « bouchon »), la busecca (soupe à base de tripes et de pois chiches), la mortadella e fagioli con polenta (sorte de saucisse grasse aux fèves servie avec une mémorable polenta cuite au feu de bois), la panna cotta aux cerises amarena Fabbri, les petits merlots blanc ou rouge, la liqueur de noix : tout est ici enchantement dans cette ville tessinoise qui abrite également le musée d’architecture construit par… Mario Botta.

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