Le Quatuor Arod à la Salle de musique


Le 7 juillet 2020, ce fut un bonheur infini de retrouver, après cinq mois de privation, le confinement si heureux de la Salle de musique, l’apaisement de la salle obscure, la finesse stellaire du Quatuor Arod dans Schubert. Un jeune quatuor français dont le disque The Mathilde album est un chef-d’oeuvre.

Nous ne le dirons jamais assez : notre Salle de musique nous ouvre au monde vivant, plus que le Corbusier ou l’Unesco, entités du passé qu’on embaume…

Grâce au dynamisme de Frédéric Eggimann, responsable de Tous pour la musique, le jeune quatuor a joué Schubert devant trois cents mélomanes qui savaient pourquoi ils étaient là : se déconfiner du Covid 19 avec La Jeune fille et la mort de Schubert. Bardée de micros haut perchés pour les besoins d’un futur enregistrement Erato, la Salle de musique a vécu un de ses moment magiques.

La mémoire musicale de l’amateur se souvient précieusement de l’ampleur grasse du Quatuor Vegh et du lyrisme opératique du Quartetto Italiano, deux ensembles qui enregistrèrent Beethoven il y a cinquante ans dans cette salle mythique. Dans quelques mois, il retrouvera sur disque la finesse stellaire des Arod, dans le style épuré dont les quatuors francophones ont le secret depuis le quatuor Calvet dans les années trente. Fini l’esthétique expressionniste du Quatuor Alban Berg ou même du Quatuor Artemis. Les Arod n’insistent jamais, laisse couler la musique au point que les variations du second mouvement se donnaient à entendre dans une pureté qui imposa un silence absolu.

Le précédent disque du Quatuor Arod s’intitule The Mathilde AlbumCitons François Hudry :  « Qui est donc cette mystérieuse Mathilde ? C’est une muse et son histoire nous est contée en musique. Sœur du compositeur Alexander von Zemlinsky, Mathilde est mariée à Arnold Schönberg, peintre et musicien. À travers eux, c’est toute une communauté d’artistes d’avant-garde qui se rencontrent, parmi lesquels Alban Berg, Anton Webern, Heinrich Jalowetz, Karl Horwitz, Erwin Stein et un jeune peintre de 23 ans, Richard Gerstl, qui pousse Schönberg vers la peinture et que ce dernier prend sous son aile.

Tout bascule lorsque Mathilde devient la maîtresse de Gerstl, faisant des allers-retours entre ce dernier et Schönberg, son époux légitime. Ce triangle amoureux finit en tragédie avec le suicide de Gerstl, pendu et entouré de ses toiles. Cette singulière histoire d’amitié, d’amour et de mort est pudiquement racontée dans ce disque à travers le Langsamer Satz de Webern, le Deuxième Quatuor de Zemlinsky et le Deuxième Quatuor avec voix de Schönberg. Composé sur des poèmes de Stefan Georg, ce dernier est dédié à Mathilde et chanté ici par Elsa Dreisig. »

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Le Deuxième quatuor de Schönberg fait basculer la musique de la tonalité à l’atonalité et les Arod, avec Elsa Dreisig, restituent avec conviction ce moment capital dans l’histoire de la musique. L’association des trois oeuvres nous plonge dans l’incomparable Vienne du début du vingtième siècle où tout se joue.

Je perçois l’aura de l’autre planète

L’obscurité voile les nuages amis

qui a l’instant  encore se tournaient vers moi.

Le livret du disque nous dévoile des photos enthousiastes des interprètes et une page consacrée à notre chère salle.

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Une salle unique pour un concert et des disques uniques qui font honneur à notre ville. Merci chers Jordan, Alexandre, Tanguy, Samy et Frédéric.

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