Jean Rondeau et Piotr Anderszewski, deux musiciens hors normes si semblables


À quelques semaines d’intervalle, j’ai eu le privilège d’assister à des récitals de deux maîtres des claviers d’aujourd’hui, le claveciniste Jean Rondeau et le pianiste Piotr Anderszewski. Que de similitudes entre ces deux musiciens hors normes.

Ces stimulantes ressemblances sont pour moi au nombre de quatre :

1. La stature et la présence sur scène

Les deux musiciens sont de grands longilignes très détendus dans leur corps. Ils ne s’embarrassent pas de vêtements empesés et chics. Quand Jean Rondeau est arrivé sur scène à La Chaux-de-Fonds le 4 novembre 2018, je l’ai pris pour le technicien de la salle dans ses vêtements « bleus de travail » navy, avec sa chemise retroussée et son pantalon chino.

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photo de Daniel Musy prise à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds le 4 novembre 2018

Piotr Anderszewski, plus âgé, reste physiquement très svelte comme un beau jeune homme, simplement habillé en noir lors de son concert de Lucerne le 25 novembre.

Capture d_écran 2018-11-29 à 11.09.29Piotr Anderszewski © Claudia Höhne

2. Les longs voyages proposés aux mélomanes

Quel soliste propose-t-il aujourd’hui un programme de 70 minutes sans aucune pause ni applaudissements ? Jean Rondeau avec la Fantaisie de Bach, des sonates de Scarlatti et la Chaconne de Bach transcite par Brahms ! Quant aux Variations Diabelli de Beethoven jouées  par Anderszewski, elles avancent évidemment d’un trait, mais avec des « stations de méditation » sur le chemin spirituel, en 59 minutes.

3. La plongée personnelle et concentrée dans l’univers des œuvres

Stupéfiant contraste chez Jean Rondeau entre l’allure décontractée de son arrivée sur scène et l’extrême concentration avec laquelle il plonge dans chacune des sonates de Scarlatti.

Même intensité artistique et esthétique dans l’épopée  beethovenienne d’Anderszewski.

Leur vision est très personnelle dans l’expressivité maximum qu’ils cherchent à donner à chacun des courts morceaux.

4. La création de paysages sonores particuliers à chaque morceau

Quand Rudolf Serkin ou Maurizio Pollini jouent les Variations Diabelli, ils construisent un arc agogique en un seul tenant comme s’ils avaient affaire à une immense fresque sonore. A l’inverse, Piotr Anderszewski conçoit chaque variation comme un univers en soi, avec ses colorations, son expressivité, son rythme et même son esthétique propres. Jean Rondeau joue de même chaque sonate de Scarlatti.

Ces musiciens des grandes traversées sont des artistes miniaturistes passionnés, dans un certain sens obsessionnels, et font de leurs récitals des expériences de la modernité interprétative d’aujourd’hui.

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