Mille tableaux

Blog de Daniel Musy

La « rua do Emigrante » à Louredo


A une trentaine de kilomètres au sud de Porto, la rua do Emigrante se trouve dans la bourgade de Louredo. Un lieu-diamant aux facettes bien taillées qui nous renvoient d’émouvantes images de nous-mêmes, nous Chaux-de-Fonniers.

 

 

De loin, on comprend vite ce qu’était, il y a quarante ans, ce lotissement de maisons et villas : une colline d’eucalyptus et de champs d’une petite bourgade paysanne, une freguesia (paroisse civile) de la grande municipalité de Santa Maria de Feira, dans le district d’Aveiro, au centre du Portugal.

Selon Wikipedia, cette ville de Feira doit son nom à une longue tradition « datant déjà de 1117; un document mentionne la « Terre de Sainte Marie, un lieu qu’on on appelle Foire « , en faisant allusion aux foires et aux marchés réalisés au pied de la colline où s’élève le château et où les paysans pouvaient trouver des grains, des instruments agricoles, des outils, des tissus et tout le nécessaire pour la vie quotidienne« .

Louredo forme aujourd’hui, avec les autres freguesias de Guisande, Lobão et Vale une entité administrative dépendant de la grande ville voisine.

La bourgade voit la naissance, au début des années cinquante, de Agueda, fille d’un menuisier dont l’épouse eut seize enfants et vécut plus de cent ans jusqu’en 2010. Son époux Angelo est le fils d’un puisatier de Vale. Ce couple émigre à La Chaux-de-Fonds en 1983 car Angelo, chauffeur de poids lourds, a trouvé un emploi de grutier; il acquiert en 1984 un terrain sur la colline aux eucalyptus. Il y construit sa maison, avec tout le confort moderne, dans laquelle il retourne pendant ses vacances d’été et de Noël.

Maria Belo, la future première citoyenne de la ville dès le mois de mai, me fait observer que dans les années 90, «  75 % de la communauté portugaise de La Chaux-de-Fonds était issue de la région de Terras de Feira ». 

D’autres immigrés font de même qu’Angelo sur la colline-diamant, sertie aujourd’hui  d’une septantaine de maisons et villas construites au fil des ans : c’est devenu la rue de l’Emigrant !

D’ailleurs, beaucoup de voisins d’Agueda et d’Antonio vivent encore dans notre ville, dans notre canton, ailleurs en Suisse ou même en France. Ils reviennent à Louredo pendant les vacances. Agueda et Angelo, pour leur part, sont retournés chez eux, dans leur belle maison, en juin 2016. Nous sommes maintenant amis car Agueda a travaillé comme employée de maison 18 ans chez nous. 



Un couple d’émigrants retrouve ainsi ses racines, la tranquillité de Louredo, non sans nostalgie pour Agueda dont les enfants et petits-enfants restent et resteront sûrement toujours à La Chaux-de-Fonds : leur vie est là, sauf que le destin de l’aîné, Paolo, est serti d’une réussite particulièrement émouvante.

Lui finit sa scolarité à Santa Maria da Feira et arrive en Suisse en 1987 avec son frère plus jeune. Il travaille d’abord deux ans dans la construction puis onze ans comme polisseur. En mars 2000, il créé son entreprise de polissage au Locle et, à force de travail, d’énergie et du sens des affaires, il est à la tête d’un des quatre ateliers importants de notre région, avec septante employés. Son frère Pedro est chef de la production. La soeur cadette Monica a fait sa scolarité en Suisse et est aide en pharmacie.

Au Locle, on polit l’or et le platine pour des cadrans, bracelets et fermoirs de montres de grandes marques : comment alors diversifier l’entreprise et travailler l’acier pour moins cher, avec des clients exigeants et fidèles ?

Pardi, en ouvrant à Louredo en 201o un atelier de polissage ultra-moderne dans une ancienne fabrique de papier reconvertie en petite usine !

Une cinquantaine de jeunes personnes du coin, formées aux exigences du métier, y travaillent comme au Locle : le savoir-faire des Montagnes se duplique à Louredo, tel un diamant aux deux facettes !

La dernière facette de ces bourgades précieuses est celle d’un beau marbre noir, deux kilomètres plus loin, dans le cimetière de Guisande, à côté de l’église décorée d’azulejos.

Là repose celui que tout le monde aimait à La Chaux-de-Fonds,  le « Siffleur »Antonio Pereira de Paiva, mort écrasé par un camion poubelles le 29 juin 2015 sur la place de la Gare. Nous sommes allés nous recueillir sur sa tombe avec Agueda et Angelo, que je remercie de nous y avoir emmenés.

C’est ainsi que notre ville de La Chaux-de-Fonds, à tout jamais, est liée à ce saint (ou sacré) émigrant et à sa freguesia natale.

Louredo, Guisande, « terras de Feira » : celles et ceux qui en viennent et y reviennent, vivants ou morts, ne font pas seulement la « richesse » de notre ville : ils finissent par en devenir aussi l’âme. Une âme sertie de mille feux brillants, sur terre et dans les étoiles.

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Cette entrée a été publiée le 6 avril 2017 par dans Paysages, et est taguée .
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