Mille tableaux

Blog de Daniel Musy

Fabien Fivaz comme détonateur ?


Après la mortifiante défaite du gouvernement, et singulièrement de Laurent Kurth, sur le dossier hospitalier, les cartes sont totalement rebattues pour le premier tour de l’élection du Conseil d’Etat le 2 avril. Examinons différents scénarios pour ce qui pourrait être le “second tour” de la votation du 12 février : celui où les électeurs confirment ou non leur choix, châtient à nouveau ou absolvent. Dans cette perspective, l’avenir de Laurent Kurth pourrait être un calvaire ou une assomption ! Avec Fabien Fivaz comme détonateur d’une éventuelle bombe !

 

Rien n’est si solide qu’il ne puisse s’évaporer dès demain. Rien n’est si invraisemblable qu’il ne puisse survenir, et nous n’avons pas la moindre idée de ce que l’avenir nous réserve dans les prochains jours”. Le grand écrivain espagnol Angel Muñoz Molina exprime bien dans ces quelques mots la totale volatilité de l’électorat occidental du XXIe siècle qui défie les pronostics : le Brexit, Trump, et même peut-être Marine le Pen. Dans ces trois exemples, le vote est partiellement négatif et protestataire : on s’exprime pour se défouler, briser le plafond de verre des élites et créer un chaos dont est souvent soi-même la victime.

 

Pour comprendre le contexte électoral du 2 avril, dans 44 jours seulement, il faut mettre en avant quelques données objectives en comparant 2013 et aujourd’hui :

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A.  Dans une élection au système majoritaire à deux tours, tout se joue au 1er tour, surtout si les votants veulent éliminer ou mettre en avant des candidats. Ainsi en 2013, Philippe Gnaegi et Thierry Grosjean (PLR) ont été balayés avec des écarts de plus de 4000 et 3000 voix sur Alain Ribaux; le vote protestataire des électeurs de droite a aussi bénéficié à Yvan Perrin (UDC) qui a recueilli 1800 voix de plus qu’Alain Ribaux;

B. En avril 2013, le PLR présentait une liste à 5 candidats, de même la “Gauche plurielle” avec L. Kurth, J.-N. Karakash, M. Maire-Hefti (PS), P. Herrmann (Verts) et N. Humbert (POP). La dynamique générée par l’union de la gauche a été favorable au parti le plus puissant et a permis l’élection des trois socialistes au second tour.

C. Pour être élu au 1er tour, il faut obtenir une majorité absolue qui tournait autour de 22300 voix en 2013 avec une participation cantonale faible de 34 % (29 % à La Chaux-de-Fonds). Si personne ne l’atteint, il y a un second tour où normalement ne se présentent, dans chaque camp gauche-droite, que les candidats ayant le mieux réussi au premier tour.

 

 

Aujourd’hui, en 2017, après la grève des enseignants à la fin de l’année 2016 et la déconfiture du contreprojet hospitalier le 12 février, ce sont Monika Maire-Hefti et surtout Laurent Kurth qui sont potentiellement le plus exposés alors qu’en 2013, c’était Gnaegi et Grosjean. Trois données sont objectives :

A. Le PLR ne part qu’avec trois candidats (les sortants Favre et Ribaux et la nouvelle, Isabelle Weber, totalement inconnue et d’ailleurs sans réaction aucune sur les réseaux sociaux https://www.facebook.com/isabelle.weber.14268). Cette candidate (a-t-elle quelque chose à dire après le 12 février ?) est trop peu profilée pour faire jeu égal avec Favre et Ribaux et le PLR a avantage à tenir les rênes du Grand Conseil plutôt que de mettre les mains dans le cambouis avec une majorité au Conseil d’Etat.

B. La “gauche plurielle” part avec 5 candidats dispersés sur trois listes. Les trois ministres socialistes, le député vert Fabien Fivaz (https://www.facebook.com/fabien.fivaz) très impliqué dans la vie politique neuchâteloise depuis de nombreuses années et le popiste Nago Humbert qui reviendra du Canada début mars pour faire campagne, d’après ce qu’on m’a dit au POP. A noter aussi son absence totale de réaction après le 12 février. (https://www.facebook.com/nago.humbert). Fivaz a donc au départ le net avantage de la compétence cantonale et de la jeunesse en face de Nago Humbert, l’éternel revenant !

C. Il existe dans les Montagnes, qui ont voté à 49 % le 12 février, un très fort ressentiment contre Laurent Kurth qui pourrait influer sur le 1er tour si les électeurs se mobilisent plus que d’habitude.

 

A partir de ces données objectives, des hypothèses peuvent s’échafauder. Voyons d’abord le scénario retentissant du renversement :

  • Contrairement à 2013, une partie des membres du gouvernement (Favre, Ribaux et Karakash, et même M. Maire-Hefti, la plus à gauche et la seule femme) qui n’ont pas été mis en grande difficulté dans cette fin de législature pourraient être élus dès le 1er tour;
  • Des électeurs des Montagnes remontés contre Kurth pourraient utiliser cette élection comme second vote sanction après le refus du contreprojet hospitalier; L. Kurth était en tête en 2013 avec 21351 voix et pourrait en perdre plusieurs milliers dans les Montagnes où il avait recueilli 6035 voix le 28 avril 2013;
  • Ces électeurs coupeurs de tête se mobiliseraient davantage et trouveraient, en Fabien Fivaz, au premier tour, le détonateur idéal pour faire sauter le ministre de la santé. Même s’ils votent à droite, ils le rajouteraient sur leur liste, à l’image d’électeurs de gauche qui ont voté Arlettaz pour éliminer Legrix en juin 2016. Ainsi Fivaz pourrait recueillir davantage que Patrick Herrmann (15363) et pourrait dépasser L. Kurth ou même M. Maire-Hefti. L’un des deux socialistes, placés derrière Fivaz en ballottage, n’aurait donc d’autre choix que de se retirer au 2e tour, au risque de jouer avec le feu dans une triangulaire ou une quadrangulaire et ouvrir la voie à la PLR Weber ou même à un UDC placé en embuscade loin derrière. En effet, l’UDC, autant avec J.-C. Legrix et ses casseroles qu’avec X. Challandes et son inexpérience, ne semble pouvoir espérer avoir un candidat avec plus de 10’000 voix au premier tour (R. Clottu dans l’élection complémentaire de 2014 avait moins de 9’000 voix contre plus de 34’000 à L. Favre).

 

 

Le scénario de la stabilité s’énonce ainsi :

  • Les 5 ministres sont réélus dès le 1er tour; contrairement à Yvan Perrin en 2013, il n’y aucun autre candidat très notoire pour les menacer sérieusement malgré un important vote protestataire;
  • Les Montagnons en particulier comprennent que l’initiative qu’ils ont plébiscitée aura plus de chance d’aboutir vite avec un ministre qui connaît les dossiers et qui a déjà reçu un coup de gourdin sur la tête;
  • Leur mobilisation ne sera pas plus forte que pour une autre élection et les manoeuvres politiques finiront par leur déplaire. Ils feront preuve de bonne volonté.

 

 

La réflexion des électeurs sur le bon choix politique à faire est ouverte, comme les paris; les discussions de bistrots ou d’officine iront bon train et, surtout, la campagne a commencé. Elle révèlera celles et ceux qui s’engageront sur le terrain et sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, une élection ou une votation ne se gagnent pas dans des châteaux ou des tours d’ivoire !

 

 

 

 

Un commentaire sur “Fabien Fivaz comme détonateur ?

  1. Pingback: Le toupet sans vergogne d’Isabelle Weber | Mille tableaux

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Cette entrée a été publiée le 17 février 2017 par dans Politique, et est taguée .
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