Marseille, cité radieuse


A 380 minutes en train de La Chaux-de-Fonds, Marseille est la métropole maritime la plus proche de la cité natale de Le Corbusier. C’est une cité radieuse, entourée d’un cirque de pierres et s’offrant à la mer comme aucune autre ville méditerranéenne européenne. La lumière du ciel, de la terre et de la mer la magnifie.

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Cézanne, dans un de ces Marseille vue de l’Estaque avait tout saisi de la ville. Son golfe bleu bordé par la côte de l’Estaque jusqu’à la Madrague de Montredon, son centre urbain surmonté par la colline de Notre-Dame de la Garde et barré à l’est par le massif des calanques de Cassis. Et son ciel immaculé clarifié par le mistral. Il nous dit dans son tableau qu’une ville ne se lit que comprise dans son espace : celui parcouru en quelques jours autour de la ville, où comme à La Chaux-de-Fonds, la séparation ville-campagne, entre l’espace habité et l’espace naturel, est sans transition.

Au Nord la ville s’arrête aux contreforts du petit cirque montagneux siège des écrits de Pagnol, né à Allauch ; à l’ouest après l’Estaque commencent les calanques jusqu’à La Redonne ; à l’est, dès l’arrêt de bus de Callelongue, l’exigeant sentier des calanques de Cassis débute.

capture-decran-2016-10-09-a-20-53-09 Le cirque de montagnes

L’espace urbain actuel se structure autour de la colline de la Bonne Mère, à travers d’autres collines et vallons qui donnent sur la mer et de petites plages. Les quartiers bourgeois d’Endoume, de Bompard et du Roucas Blanc sont les plus agréables à vivre. Impasses, traverses et escaliers montent et descendent, offrant des échappées inédites et surprenantes sur la mer toute proche. Quelques minutes suffisent pour dévaler de sa maison à une petite plage, par exemple, celle du Prophète. Ainsi, loger à Bompard – j’ai de bonnes adresses – à quinze minutes en bus du Vieux-Port nous plonge dans une atmosphère urbaine villageoise que même Naples ne peut offrir.

L’appréhension visuelle totale de la ville exige d’accéder par le bus 144 à un lieu magique, l’église Notre-Dame d’Allauch. Ce que Cézanne montre de sa vision au bord du golfe est ici saisi dans une vue panoramique sans équivalent.

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Derrière nous les collines de Pagnol, celles du Château de ma mère ou de la Fille du Puisatier et devant nos yeux, toute la ville, dans son cirque. Si Allauch est une coquette petite ville surplombant Marseille, elle mérite aussi le détour pour sa pâtisserie-confiserie Eymery, fournissseur des hosties du Vatican. Nous avons préféré communié pour nos « quatre-heures » avec sacristains, navettes, croissants aux pignons et pâtes de fruit au coing.

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Il reste à embrasser la ville de la côte par les sentiers maritimes assez périlleux des calanques. Le bus 20 amène à Callelongue et, par la plage de Marseilleveyre, on rejoint en moins de trois heures le col de Sormiou.

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Sur quelques kilomètres le paysage marin est le plus sauvage de la Méditerranée avec la nudité des roches tachetées de pins : et soudain, au sommet du petit col, la ville et la mer dans le même regard, de la calanque de Sormiou au stade Vélodrome.

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De l’autre côté du golfe, le sentier « pédestre » de La Redonne, si chère à Cendrars, à Niolon n’est à conseiller qu’aux marcheurs entrainés et peu sensibles au vertige.

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La ville s’offre au regard dans l’angle cézannien et la meilleure façon de récupérer des angoisses de se sortir vivant du chemin parcouru est d’avaler un plat de pieds et paquets à Niolon avant de reprendre le train des tunnels jusqu’à Saint-Charles.

Après quelque 80 kilomètres de marche en quatre jours, il existe évidemment une manière plus intellectuelle de comprendre Marseille, carrefour maritime qui a fait sa fortune du commerce avec l’Orient. C’est prendre le grand large au Mucem, le nouveau musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Sa réussite est totale. Le musée-boîte s’ouvre sur la mer, relié par une passerelle au Fort Saint-Jean qui veille sur le Vieux-Port. L’approche muséographique pluridisciplinaire (histoire, géographie, ethnologie et sociologie) allie l’exigence scientifique et la recherche de la vulgarisation, surtout dans le premier thème, l’agriculture méditerranéenne.

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Radieuse dans son site, ses ciels et ses flots, Marseille nous ouvre donc aussi dans son histoire sur tout l’espace méditerranéen dont elle est l’incomparable dépositaire, si proche de chez nous, on l’oublie trop souvent.

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