Mille tableaux

Blog de Daniel Musy

Pour la Semana santa de Sevilla au patrimoine mondial immatériel


 » Interrogez les metteurs en scène de théâtre et d’opéra : la Semaine sainte à Séville les éblouit autant qu’elle les désespère. Ce luxe, ce rythme, cette passion, ils n’y arriveront que par instants. Et encore, en rêvant beaucoup. »

 

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Cette citation de l’écrivain Francis Marmande (cf plus bas son texte de 2003) image bien ce qu’est la Semaine sainte de Séville qui mériterait d’être inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’humanité. Depuis 1998, je l’ai vécue une dizaine de fois sur place et cette année, je devrai me contenter d’internet et de Andalucia TV

C’est une fête opératique et les lecteurs et amis dubitatifs sur le pouvoir enchanteur de ce théâtre urbain, social, culturel et religieux peuvent regarder un montage chronologique des meilleurs moments sonores et visuels que j’y ai vécus en 2009 ainsi que dix minutes de saetas à la Vierge du Refuge, enregistrées en avril 2014.

 

 

Bandes de cornets et tambours, groupes musicaux interprétant des marches processionnelles, trio a capella d’instruments à vents, saetas et silences presque absolus: c’est l’opéra perpétuel.

« Pendant la Semaine sainte, la foule de Séville, le peuple de Séville, vit ensemble, rit ensemble, se tait ensemble, pleure doucement ensemble, déambule ensemble dans les nuits tièdes de la ville. Parfois fraîches. Personne à bousculer, à pousser, à s’avancer indûment, à ne pas voir qu’il y a là les autres, les semblables, les fragiles, les puissants et les faibles. La foule de Séville est la plus civilisée du monde.Sans ségrégation : ni d’âge, ni de sexe, ni de difformités, ni de couleur, ni de riches, ni de pauvres. La Semaine sainte de Séville est d’abord l’enchantement de ce lien social. Ailleurs, on l’a perdu. Ni pathos, ni flagellants, ni idiots, ni cynisme, ni tout ce qu’une fantasmatique sommaire désire. Ni-ni-ni, alors quoi ?

Les scènes les plus poignantes. Les musiques les plus poignantes. Une extraordinaire dramaturgie. Une mise en scène collective avec huit processions par jour, par nuit, près d’un million d’acteurs. A chacun son rôle, même pas son rôle, à chacun sa peau : sa peau de femme, sa peau d’amoureux, de parent, d’abuela (les grands-mères), de couple homosexuel, de bande de potes, de croyant, de demi-croyant, d’amateur de demis. Sa peau d’agnostique, de charbonnier, d’athée placide et de mystique sans Dieu. Sa peau d’enfant en bas âge, sa peau de gaillard dans la force de l’âge, de jolie fille trahie, d’invalide ou de handicapé, de désespéré fou d’espoir, de porteur de paso, de meneur de pasos, de pénitent (n’exagérons rien) ou de rieur. Ni-ni-ni mais quoi encore ? L’amour d’une splendeur vécue pour un but différé. Interrogez les metteurs en scène de théâtre et d’opéra : la Semaine sainte à Séville les éblouit autant qu’elle les désespère. Ce luxe, ce rythme, cette passion, ils n’y arriveront que par instants. Et encore, en rêvant beaucoup. »

 

La grâce de cette semaine clarifie l’esprit pour réussir à dialectiser les paradoxes de mes croyances et désirs.

En bref, je crois que Jésus Christ, immense penseur de l’égalité et de l’amour,  du fini et de l’infini, n’est pas le fils de Dieu ni qu’il y a une vie après la mort dans un quelconque royaume : je ne passe pas pourtant une vie militante à l’affirmer, mon athéisme est « négatif » comme le dirait André Comte-Sponville. Croire que Dieu n’existe pas n’équivaut pas à affirmer qu’il n’existe pas, « athéisme positif ».

J’aime en outre que la foi – des autres – soit avant tout intérieure, même dans l’exubérance, et qu’elle seule justifie leurs croyances sans une hiérarchie institutionnelle de prêtres, déjà abhorrée par Voltaire.

Et j’adore voir les belles images saintes chrétiennes, peintures ou sculptures de l’art baroque en particulier, qui parlent à mon cœur sensuel et qui m’ouvrent à l’infini de l’immanence. Il n’y pas de transcendance, seul le réel est perfection et seul ce qu’en lui je désire est bon pour moi.

Si, à partir de ces trois prémisses, socle défini de mes croyances, je pouvais fonder la confrérie des athées réformés baroques, je m’engagerais dès demain : mais pour le moment j’en suis le seul membre.

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Cette entrée a été publiée le 28 mars 2015 par dans Portraits culturels, et est taguée .
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