Jean-Charles Legrix fera-t-il son chemin de Damas ?


Dès la fin de ce mois de septembre, J.-C. Legrix va commencer sa traversée du désert. Fera-t-il, comme Saul devenu Paul, son chemin de Damas ? On peut le lui souhaiter mais la grâce de Dieu ne se commande pas.

Rappelons les faits racontés dans Les Actes des Apôtres : Saul vivait à l’époque de Jésus, et son passe-temps favori était de persécuter les chrétiens avec beaucoup d’ardeur. Alors que, peu d’années après la crucifixion du Christ, il allait à Damas en mission pour faire et ramener des prisonniers chrétiens à Jérusalem, il eut soudain la vision d’une lumière venue du ciel ; il entendit une voix lui dire « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ». « Qui es-tu seigneur ? » demanda Saul. Et la voix répondit « Je suis Jésus que tu persécutes ».

C’est là, sur le chemin de Damas, que Saul, qui pendant trois jours fut privé de la vue, de boisson et de nourriture, eut la révélation qui provoqua sa conversion et fit de lui un prêcheur convaincu que Jésus était le fils de Dieu. Tellement convaincu, même, qu’il devint également un apôtre sous le nom de Paul.

Michelangelo_Caravaggio_036                                                                                                                                                                Tableau de Caravage, vers 1605, La Conversion de Saint-Paul.
Saul terrassé gît par terre après avoir chuté de son cheval.
 

Les hérétiques et les ennemis de JCL sont les gaspilleurs des deniers publics, fonctionnaires et socialistes en premier lieu (et bien sûr pas les chrétiens, ce qui serait une offense faite à JCL). Il faut les traquer et les houspiller pour les économies à faire, faire bosser les fainéants, surveiller les factures, stigmatiser les dérapages. Avec rudesse, parfois grossièreté, sans empathie.

Avec le glaive purificateur de celui qui, envoyé par Dieu, veut  faire régner dans la cité ce qu’il croit être le bien suprême.

Or, depuis deux semaines et surtout depuis aujourd’hui, JCL est seul face au désert qu’il va traverser. Plus de téléphones incessants à faire, plus de courriels et de SMS incendaires à envoyer, plus de dossiers à peaufiner, de séances à préparer, de rencontres à organiser, de commissions à présider.  Pendant lesquelles on va discuter, contester, pinailler, se démonter, ne pas écouter, asséner ses vérités. Seulement un bureau chez soi, un ordinateur, un smartphone.

La situation n’est pas seulement ridicule, elle est tragique. « Le silence de ces espaces inconnus m’effraie« , écrivait Pascal. Dans cette posture du refus de la démission, JCL va devenir l’otage de lui-même, son propre harceleur.

Seule une révélation, comme celle de Saul, peut le sauver, le guider et l’aider à se convertir en un Paul qu’on lui souhaite d’être.

La raison a été jusqu’ici impuissante à le fléchir : démission demandée par la presse romande, par ses collègues, par nous les élus, par son propre parti en désarroi devant une telle situation. D’où alors peut-il, perdu dans son monde, entendre la voix de la conversion ? Je ne le sais mais la grâce vient aux êtres, même aux plus incroyants, quand on ne l’attend pas ou plus.

Et c’est alors, que, comme Rembrandt qui se peint en Saint Paul au crépuscule de sa vie en 1661, on peut mieux se voir soi. On a remisé son épée à ses flancs et on tient dans la main le livre d’une sagesse qui reconstruit : en l’occurrence, pour l’apôtre, la parole d’un Dieu d’amour.

Rembrandt.Self-portrait_as_apostle_Paul

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