Nicolas Willemin et les élections judiciaires neuchâteloises


Le journaliste d’ArcInfo Nicolas Willemin a pris sa retraite le 30 avril 2026. Démocrate humaniste, il a contribué par son engagement à sauver La Chaux-de-Fonds d’un trumpiste sournois en 2016. En avril 2026, un de ses derniers articles se préoccupait des élections judiciaires dans notre canton.

Souvenons-nous que le lundi 30 mai 2016, la une du journal, dont il était rédacteur en chef, avait aidé les électrices et électeurs à faire barrage à un candidat fondamentaliste, sexiste, harceleur et intolérant, dans la vaine d’un Trump aujourd’hui.

Je lui suis, nous devons lui être reconnaissants d’avoir osé s’engager pour une démocratie respectueuse des personnes. En page 5, il m’a donné l’occasion d’expliquer pourquoi j’appelais à faire barrage et à tenir tête !

Cet engagement humaniste pour les valeurs démocratiques s’est fait jour dans un de ses derniers articles, consacré aux élections judiciaires neuchâteloises. Les candidat·e·s aux postes de procureur·e·s et de juges, proposés par la commission judicaire au Grand Conseil ont été validées par celui-ci et ces personnes ont prêté serment le 28 avril 2026.

La procédure d’élection des juges et procureurs par le Grand Conseil neuchâtelois pose le problème de « l’équilibre entre la responsabilité de la commission judiciaire et la nécessité d’une évaluation plus transparente, selon Nicolas Willemin. « Visiblement, le Canton de Neuchâtel a un petit problème avec l’élection de ses juges et procureurs. Ces magistrats sont élus pour six ans par les députés du Grand Conseil. Ceux-ci suivent la plupart du temps les recommandations de leur commission judiciaire. Les sept membres de celle-ci se retrouvent ainsi dotés d’une importante responsabilité. Alors que dans d’autres cantons, par exemple Fribourg, d’autres commissions judiciaires bénéficient d’un préavis détaillé et public d’un organe spécialisé qui conduit des entretiens d’évaluation approfondis. »

Dans notre canton, une nouvelle loi sur la justice est en discussion pour modifier la manière dont les magistrats sont élus. Les députés devraient avoir accès à l’intégralité des dossiers de candidature et à un rapport écrit détaillé. Il serait prévu de créer un Tribunal de recours du pouvoir judiciaire, incluant des personnes tierces, pour gérer les recours liés à la non-réélection de magistrats.

Nicolas Willemin écrit : «Alors qu’il y avait des candidats locaux compétents et dotés de l’expérience nécessaire, la commission judiciaire a proposé et fait élire des juges et procureurs soit sans connaissance du canton, soit avec nettement moins d’expérience», nous a indiqué un ancien député. Du côté des avocats, certains ont également été surpris par cette élection multiple. «On peut se demander si la commission judiciaire du Grand Conseil dispose des bonnes compétences pour effectuer sa sélection. Elle ne comprend ainsi qu’un seul avocat en exercice.»

Le choix d’un nouveau procureur provenant de Genève a ainsi surpris. Et une comparaison avec une procédure similaire menée au même moment dans le canton de Fribourg suscite des interrogations. D’autant que ce candidat genevois avait présenté sa candidature dans les deux cantons. On découvre ainsi que le fameux candidat genevois choisi par Neuchâtel ne faisait pas partie de la liste des quatre personnes préavisées favorablement par le Conseil fribourgeois de la magistrature. Il était notamment relevé qu’il était le seul des six prétendants à ne pas posséder de CAS (certificat d’études avancées) en magistrature pénale.

Le choix de ce candidat genevois est défendu par Eric Flury. «Il a été brillant lors de son audition, un véritable feu d’artifice», insiste le président de la commission judiciaire. «Il nous a séduits par son approche humaine basée sur la personne.»

Comme citoyens, nous ne pouvons qu’être qu’être sidéré à la lecture de ces informations qui font ressembler notre canton à une petite République fonctionnant en cercle fermé.

Une rapide enquête auprès de personnalités cantonales me permet, outre l’établissement des faits présenté par Nicolas Willemin, de poser des questions et de faire des hypothèses.

Les faits

a) Un des trois procureur·e·s nommé·e·s avait été recalé dans le canton de Fribourg (ce qui en soit pourrait signifier qu’il·est trop progressiste pour un canton conservateur !).

b) Ce candidat n’est pas en possession d’un Certificate of Advanced Studies (CAS), une formation continue postgrade visant à spécialiser des professionnels en cours d’emploi (à partir du moment où ce CAS n’est pas obligatoire pour être nommé, on peut soutenir que d’autres critères sont plius essentiels).

c) Le président de la commission a défendu la personne nommée en disant qu’il avait été brillant lors de son audition, un véritable feu d’artifice (métaphore curieuse qui laisse penser que briller produit de beaux effets).

Les questions issues de ma petite enquête après discussion avec des personnalités cantonales

a) Est-il vrai que le président de la commission judiciaire a des relations amicales et/ou familiales avec le procureur de la République ?

b) Est-il vrai qu’une personne nommée est le·la conjoint·e d’un·e membre de la commission judiciaire, qui ne s’est pas récusé·e lors des auditions ?

c) Est-il vrai qu’une personne nommée (la même ou une autre, je ne sais) est entrée, il y a quelques mois, dans un parti politique présidé par un·e ami·e, parti qui l’a soutenu·e ensuite ?

Les hypothèses

a) La séparation entre pouvoir politique et pouvoir n’est pas assez nette dans notre canton.

b) Des proximités interpersonnelles jouent un rôle non négligeable dans la nomination de juges et de procureur·e·s dans le canton de Neuchâtel.


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