La chapelle « ardente » de la musique au Conservatoire


Tous les samedis du semi-confinement, le Conservatoire de La Chaux-de-Fonds se transforme en « chapelle ardente » de la musique. Sous l’égide de François Cattin, des musiciens solistes jouent en continu devant quatre personnes masquées au maximum.

François Cattin est un « religieux » qui croit que la musique notamment nous relie (religare) au sacré, à l’invisible. Plutôt que d’être transcendante, je la vois pour ma part immanente car « c’est le corps qu’elle appelle, C’est à lui qu’elle s’adresse. La musique et l’art sont désir, force de projection, soulèvement de soi-même, vibrations tactiles pour toutes et tous« .

Chaque samedi jusqu’a la fin du semi-confinement, des musiciens fabriquent des Chapelles, « des lieux de disponibilités, dans lesquels, comme un collier d’espérances, la musique [sonne] en permanence, libre, gratuite, offerte, puissante, anonyme« .

Ainsi, samedi 21 novembre entre 10 h. 30 et 11 h. 00, François Cattin, au piano, chantait, entte autres, Dis quand reviendra-tu de Barbara et jouait quelques-unes des ses compositions musicales. Comme dans un fondu enchainé, il a laissé ses notes s’évanouir et Bill Holden entrer dans l’espace sonore avec le souffle de son grand tuyau d’aspirateur.

Dans cet espace tendu de vert (de l’espoir et de la mort…), cette expérience me rappelle combien, à Séville notamment, les chapelles abritant les effigies de Christs ou de Vierges deviennent parfois le théâtre d’émotions musicales profondes.

François Cattin voit la musique comme résistante, pour ouvrit des possibles dans ce qui est une suspension de la liberté. Pour ma part, je la vois, dans Chapelle, résistante contre tous les Ribaux du monde (« tous les déplacements générés par l’ensemble des activités doivent être pris en considération dans leur globalité. On ne peut pas construire un système avec de multiples exceptions (… Mais bien sûr, tout ce qui relève de la vraie vie est essentiel. Encore une fois, il n’y a aucune stigmatisation, nous avons juste l’obligation de freiner les contacts. C’est une question de vie ou de mort« ).

Résistante contre les ministres à courte vue qui laissent ouverts les sex-shops et les armureries et ferment les musées et les cinémas ! C’est en effet une question de « vie ou de mort » : laisser vivre davantage tous les commerces les plus inessentiels, laisser mourir à petit la vie culturelle essentielle !

Car dans les logiciels mentaux et idéologiques de la plupart des responsables politiques, et j’en connais, il est gravé sur le disque que la culture – de surcroît l’art – ne rapporte rien, ne crée par d’emplois, ne fait pas se développer économiquement une région. J’ai passé ma vie politique à entendre cette antienne, à gauche comme – surtout – à droite.

Que nos élu·e·s viennent avec nous les prochains samedis 28 novembre et 5 décembre pour que nous épanchions ensemble  » notre peur, notre soif, nos sens et nos interrogations « . Nous sommes toutes et tous embarqués et les critiques que nous leur faisons ne les exclut pas de ce qui brûle en nous : « demeurer humain parmi les humains« .

Et merci à François Cattin de sa réaction : « Je suis très heureux de la rencontre des sensibilités au sein de ces chapelles, longues litanies invisibles et puissantes, fragiles et fortes à la fois. Ce que Rancière appelle le partage du sensible lorsqu’il parle du jeu démocratique qui passe par le nécessaire face-à-face entre humains : peut-être que ces chapelles deviendront un forum.« 

Un extrait d’un entretien avec Jacques Rancière :

« J’appelle partage du sensible ce système d’évidences sensibles qui donne à voir en même temps l’existence d’un commun et les découpages qui y définissent les places et les parts respectives. Un partage du sensible fixe donc en même temps un commun partagé et des parts exclusives. Cette répartition des parts et des places se fonde sur un partage des espaces, des temps et des formes d’activité qui détermine la manière même dont un commun se prête à participation et dont les uns et les autres ont part à ce partage » (« Le partage du sensible », Entretien avec Jacques Rancière, Alice, n°2  été 1999)

4 commentaires

  1. Bravo monsieur, je partage. C’est vrai, je n’ai que très rarement (peut-être jamais) vu un élu à des concerts d’un festival régional, un petit concert du dimanche à 17 h.
    A part ça, quel Ribaux ? Bon dimanche

  2. Merci! Ah oui, le chef du département de la justice de la sécurité et de la culture ! Neuchâtelois qui me lisez, militez pour la séparation (des deux autres) du dicastère de la culture. Je trouve cette proximité incongrue, discutable, insoutenable !

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