Mille tableaux

Blog de Daniel Musy

Le poteau laid des Bulles


Ce jour d’hiver-là, aux Bulles, un vallon de la ville Haute, la campagne à deux pas de la ville. C’est blanc comme du lait étalé à perte de vue avec un poteau laid.

 

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Dans le voyage d’hiver que nous traversons depuis ce Mercredi des Cendres 19 février 2015, c’est carême, sans même espoir d’une quelconque résurrection. Ce jour-là, le 7 février, la Haute ville avait marché droit et la balade aux Bulles était revigorante.

Aujourd’hui où va-t-on ? Comme dans le lied de Schubert, Der Wegweiser, Le Poteau indicateur, nous voyageons dans un hiver « ohne Ruh, und suche Ruh« . On attente à nous : Charlie Hebdo et l’épicerie kasher, le franc trop fort, l’hôpital trop cher, les comptes et le budget en débâcle.

 

Der Wegweiser
Was vermeid ich denn die Wege,
Wo die andren Wandrer gehn,
Suche mir versteckte Stege,
Durch verschneite Felsenhöhn ?
Habe ja doch nichts begangen,
Daß ich Menschen sollte scheun —
Welch ein törichtes Verlangen
Treibt mich in die Wüstenein ?
Weiser stehen auf den Straßen,
Weisen auf die Städte zu,
Und ich wandre sonder Maßen,
Ohne Ruh, und suche Ruh.
Einen Weiser seh ich stehen,
Unverrückt vor meinem Blick ;
Eine Straße muß ich gehen,
Die noch keiner ging zurück.

 Le poteau indicateur

Me faudra-t-il éviter les chemins
Fréquentés par les autres voyageurs ?
Choisir encor des sentiers dérobés
Sur ces sommets rocheux et enneigés ?
Moi qui n’ai pas perprétré de forfaits,
Qui vous font fuir le séjour des humains,
Mais quel est donc ce désir insensé
Qui me conduit en ces lieux désolés ?
Aux carrefours des poteaux nous indiquent
Par quels chemins nous arrivons aux villes,
Et je m’en vais sans commune mesure,
Quêtant la paix sans jamais la connaître.
Mais un poteau se dresse devant moi,
Je n’en saurais détacher mon regard :
Je dois me rendre en un lieu inconnu,
Dont n’est jamais personne revenu.

 

 

Le poteau, en soi laid, balisait la petite route, rouge de la colère des Montagnes. Nous indique-t-il seulement aujourd’hui le chemin, vers quels villes ? Nous sommes Murphy, et mon artiste de ce jour, avec Schubert, c’est La Fontaine dans La laitière et le pot au lait.

 

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
Il m’est, disait-elle, facile,
D’élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable :
J’aurai le revendant de l’argent bel et bon.
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d’un œil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari
En grand danger d’être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.

Quant à la découverte du pot aux roses …

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Cette entrée a été publiée le 20 février 2015 par dans Paysages.
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