Les deux premières « Stolpersteine » de Suisse romande à La Chaux-de-Fonds


Les Stolpersteine sont une création de l’artiste berlinois Gunter Demmig. Deux de ces pavés de mémoire ont été posés le 10 septembre 2026 à La Chaux-de-Fonds.

Ces pavés de béton ou de métal, de dix centimètres de côté, sont enfoncés dans le sol. La face supérieure, affleurante, est recouverte d’une plaque en laiton qui honore la mémoire d’une victime du nazisme. Chaque cube rappelle la mémoire d’une personne déportée dans un camp de concentration ou un camp d’extermination parce qu’elle était juive. Mais aussi gitane, communiste, anarchiste, membre de la Résistance, témoin de Jéhovah, homosexuelle ou handicapée.

On compte plus de 116’000 Stolpersteine posées à travers le monde. Ce projet mémoriel s’étend dans plus de 1 860 municipalités réparties dans 31 pays, principalement en Europe. Cela en fait le plus grand mémorial décentralisé au monde.

Dans l’image ci-dessous, on voit Gunter Demmig avec mon amie de Gymnase Manon Weizman Lyzek, qui vit à Jérusalem.

Elle et sa soeur Françoise possèdent encore les immeubles de la rue Numa-Droz 43 et 45 et viennent régulièrement à La Chaux-de-Fonds. C’est un bonheur et un honneur de les connaître, elles qui ont posé à Muttersholz en Alsace des pavés de mémoire pour leur grand-oncle Albert Bloch (frère de leur grand-père Fernand Bloch) et son fils Gaston.

Le 10 septembre 2026 ont été posées les deux premières Stolpersteine de Suisse romande à La Chaux-de-Fonds. À 10 heures, rue Numa-Droz 45, pour honorer la mémoire de André Weill (né le 6 janvier 1895 à La Chaux-de-Fonds et probablement mort en 1943 à Auschwitz). À 11 h 00, rue Neuve 9, pour Ida Silberschmidt (née à La Chaux-de-Fonds en 1870 et morte à Terezin en 1943).

Devant Numa-Droz 45 et la Bibliothèque de la Ville

Le 6 septembre 2026, les élections du land allemand Saxe Anhalt ont créé un séisme politique en Europe : le parti d’extrême-droite Alternativ für Deutschland a frôlé la majorité absolue des sièges avec 44% des voix. Le parti dénonce ce qu’il qualifie de « culte de la culpabilité » (Schuldkult). Selon ses dirigeants, l’enseignement de l’histoire en Allemagne est trop unilatéralement centré sur la période nazie et la Shoah. L’AfD souhaite recentrer les cours sur les aspects qu’elle juge valorisants pour l’identité nationale et sur la nostalgie ou la réhabilitation de pans de l’histoire allemande, au détriment du travail de mémoire obligatoire sur le génocide des Juifs. En 2018, l’ancien coprésident du parti, Alexander Gauland, avait suscité l’indignation en déclarant que l’époque nazie n’était qu’une « fiente d’oiseau dans plus de 1 000 ans d’histoire allemande glorieuse ».

Mesurons donc l’importance capitale de la pose de ces deux pavés de mémoire dans notre belle ville de La Chaux-de-Fonds en ces jours de septembre 2026 !

André Weill naît le 6 janvier 1895 à La Chaux-de-Fonds. Il est le deuxième fils d’une fratrie de dix enfants.Sa famille est originaire de Niederhagenthal en Alsace. Son grand-père s’installe à La Chaux-de-Fonds 1875. La famille Weill reçoit la bourgeoisie de la commune de Fontainemelon pour obtenir la naturalisation, localité où la famille ne semble jamais avoir résidé. Il épouse Lucie Blanche Lanzenberg en 1925 à Dieppe..

Le couple habite à Bruxelles.  Lors de l’invasion allemande de la Belgique en mai 1940, il fuit en Ariège, dans le Sud-Ouest de la France. André Weill et sa femme doivent être rapatriés en Suisse le 23 septembre 1943 par un convoi organisé par la Suisse. Ils sont cependant arrêtés en juillet 1943 pour « propagande anti-allemande » et emmenés au camps de Drancy puis déportés au camp d’Auschwitz. Ils sont probablement morts à leur arrivée au camp.

Le dernier message d’André Weill au Consulat de Suisse de Toulouse, écrit à Drancy le 30 juillet 1943

Mon ami grand historien Marc Perrenoud a raconté le destin tragique de ce concitoyen suisse abandonné par son pays et la pose eut lieu devant Numa-Droz 45.

La pose du pavé de mémoire pour André Weill

Ida Silberschmidt naît le 2 février 1870 à La Chaux-de-Fonds. Elle est la fille de Moses Moïse Silberschmidt-Gutmann et de Rosa Gutmann. La famille Silberschmidt émigre à La Chaux-de-Fonds vers 1870, et fonde une manufacture horlogère, « M. Silberschmidt & Co. ». En 1887, son emblème est une enclume et un marteau qui sont déposés comme marque de fabrique de l’entreprise. À la suite du décès de son fondateur en 1890, l’entreprise est reprise par la concurrence.

Ida Silberschmidt se marie le 7 septembre 1891 à Heidingsfeld (quartier de Würzburg) en Bavière. Son époux, Wilhelm Silberschmidt, avocat et juge à la Cour suprême de Bavière, préside pendant de nombreuses années la conférence de l’Association des communautés juives de Bavière.

Le 1er janvier 1916, la famille Silberschmidt s’installe à Munich. Le père aménage son cabinet d’avocat dans le même immeuble, et s’associe avec l’un de ses fils. En mai 1933, il est interdit d’enseigne. Comme Ida a épousé un Allemand, elle a perdu la nationalité suisse qui aurait pu la protéger de la déportation. Son frère, resté en Suisse, essaie en vain de faire intervenir la diplomatie suisse. Ida est déportée de Munich le 24 juillet 1942, avec le convoi II/19 pour le ghetto et camp de concentration de Terezin en Tchécoslovaquie où elle décède le 7 avril 1943 à l’âge de 73 ans.

Quelques reflets des personnalités qui parlé ce matin du 10 septembre 2026 : Thomas Berger de l’association Stolperstein.ch, le rabbin Michel Margulies et Bertrand Weill, petit-neveu de André Weill.

Catherine Silberschmied, petite-nièce de Ida Silberschmidt, Théo Huguenin-Elie, conseiller communal et les musiciennes Sylvie Holden et Danièle Golan

La manifestation qui a associé l’association Stolperstein.ch, la communauté juive de La Chaux-de-Fonds et les autorités communales fut un moment important pour la cohésion de notre ville, dans des temps internationalement troublés.

Laisser un commentaire