Mille tableaux

Blog de Daniel Musy

Giovanni Spoletini dit NON à la circonscription unique


J’accueille avec plaisir sur mon blog Giovanni Spoletini qui dit non à la circonscription unique.




La réforme des institutions et la circonscription unique

 

Ce nouveau modèle de gestion politique du canton nous semble plutôt une pseudo-modernisation superficielle, inutile voire dangereuse, pour les droits démocratiques du citoyen. Elle va sournoisement à l’encontre de ce qu’elle prétend réaliser: une nouvelle cohésion cantonale, capable de redonner la confiance au citoyen dans les institutions de l’État.

Cette réforme induit un effet pervers: le retour à une élite politique oligarchique et à ses privilèges.

Elle n’affronte pas, ni n’atténue aucune des contradictions qui sont à l’origine des tensions récentes et anciennes entre les différentes régions du canton, en particulier entre les Bas et le Haut.

Cette réforme prône et officialise une méthode de gestion du pouvoir qui est déjà appliquée par le Conseil d’Etat actuel, comme par les précédents, depuis le début des années 2000.

Une gestion du pouvoir qui a provoqué récemment des dysfonctionnements démocratiques graves par le non-respect de décisions du corps législatif et électoral, dans la réforme d’un des services publics parmi les plus importants de l’État : le service sanitaire.

Cette gestion du pouvoir exécutif, a été responsable de l’affaiblissement programmé et pervers d’une de ses meilleures structures publiques, alors qu’elle affirmait constamment de faire le contraire! Finalement mettant en difficulté une partie importante de toutes les structures cantonales.

Le projet centralisateur qui nous est soumis ne va pas favoriser la démocratisation et la cohésion de notre territoire. Il induit une concentration élitaire du pouvoir et risque de prêter le flanc à l’action opaque des réseaux et des lobbies qui parasitent le fonctionnement des institutions démocratiques.

Cette régression du pouvoir démocratique est évidente dans toutes les social-démocraties occidentales dont le canton de Neuchâtel fait partie. Sous le prétexte et parfois la nécessité d’un fonctionnement plus efficace on assiste à un retour de gestion politique autoritaire, oligarchique, basé sur des valeurs antidémocratiques antinomiques aux valeurs républicaines.

Ce projet, qui se veut moderniste, est d’un vide affligeant. Il n’aide en rien au nécessaire débat de fond politique, économique, sociologique et historique ; débat urgent et plus que jamais nécessaire, afin de revivifier nos valeurs républicaines assoupies sur lesquelles fut fondé notre système démocratique que maints pays nous envient. Ce projet escamote les questions et désarme le citoyen qui est considéré comme un perturbateur, incapable de comprendre et de s’adapter à un nouveau modèle incontournable, imposé d’en-haut.

Le système confédéral est associatif ; il vit et aura un futur, à condition de respecter les particularités des régions qui, en s’associant, en font sa richesse.

La morphologie géographique du territoire neuchâtelois en fait un pays aux climats et aux paysages contrastés. Elle a façonné des mentalités différentes, comme nous l’explique Montesquieu dans l’Esprit des lois.

La particularité des Montagnes neuchâteloises et des Hautes vallées jurassiennes est celle d’avoir assez heureusement associé l’industrie au monde agricole des paysans, devenus aussi artisans, les fameux paysans horlogers, malgré des tensions sociales qui se sont historiquement résolues de manière plus qu’acceptable : un prolétariat instruit et politisé, une bourgeoisie industrielle et industrieuse, antagonistes légitimes en ce qui regarde la défense de certains intérêts de classe particuliers relatifs à chacune, mais en tout cas toutes solidement attachées à l’idéal républicain, dans leur grande majorité.

Un succès politique, social et économique exceptionnel sur lequel aucun expert théoricien n’aurait parié un centime!

On a déjà réalisé il y a 150 ans dans les hautes vallées jurassiennes, cette rencontre entre le PS et PLR que Mr Alain Marietta, président de la Chambre de commerce neuchâteloise appelle de ses vœux pour: « dépasser les blocages au Grand Conseil », dans son interview à l‘Express-L‘Impartial du 21.08.2017!

Parmi cette population les rapports humains étaient plutôt directs et empreints de franchise et la politesse exprimait aussi des valeurs morales ; elle ne pouvait pas être associée à la fourberie et à la fausseté.

Dans toutes les nobles cours (décadentes ?) de ce monde, anciennes et nouvelles, et même dans les institutions républicaines, lorsqu’un individu dilue ses principes de droiture morale personnelle lors de l’exercice de ses tâches et des rapports qu’il entretien avec la communauté dont il fait partie, il participe activement à une détérioration qui érode jusqu’à casser l’harmonie de celle-ci. Les élus sont censés être constamment à l’écoute de l’électorat et de ses exigences concrètes, parfois particulièrement appuyées à juste titre, dans l’intérêt de la communauté, toute. C’est à eux –élus– d’élaborer une synthèse valable et acceptable par les électeurs de tous bords, autrement dit de la population qui les a mandatés. Ils n’ont pas le droit d’en faire qu’à leur tête, en dépit des protestations massives de ceux qui devront, ensuite, en assumer les conséquences.

Ce discours paraîtra assurément blessant, provocateur et irrespectueux, à certains qui se sentiront visés, mais il n’escamote pas les événements graves du dysfonctionnement démocratique qui ont écœuré une importante partie de la population cantonale et provoqué une réaction de peuple spectaculaire dans tout le canton, un sursaut de dignité citoyenne, surtout dans les Hautes vallées, lors du vote sur la réforme hospitalière du 12 février dernier. Les autorités exécutives du Conseil d’Etat, ainsi désavouées, n’ont pas entièrement compris et assumé que les raisons de ce divorce, a été provoqué en grande partie per leur attitude hautaine et leur parti pris, qui excluait de fait, des citoyens engagés et motivés, d’un processus de réformes qu’ils ne voulaient volontairement plus participatif.

Cette maltraitance réelle, inavouable et inavouée, cet irrespect et ce véritable « mépris ordinaire », a été aussi le fait d’une partie de la population neuchâteloise, comme celle d’une partie consistante de médecins de l’hôpital Pourtalès envers les médecins de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds. Cette attitude est ressentie, et continue de l’être, comme un mépris par population du Haut du canton ; elle est une des causes de cet antagonisme historique qui doit enfin cesser ; un antagonisme qui ne doit surtout pas être qualifié de petite guéguerre, ni de folklore local, comme on continue constamment d’entendre.

Cette attitude est assimilable à un mépris de caste, d’un groupe humain contre un autre ; et on le constate trop souvent dans ce canton. Enfin, cet antagonisme est officiellement admis et pris au sérieux. M. Stéphane Devaux parle, dans son éditorial du 26 août 2017, La cohésion comme fil rouge : « Bien sûr, ce fichu antagonisme entre Haut et Bas fait (presque) partie de l’ADN des Neuchâtelois et puise ses racines au plus profond de leur histoire ».

C’est une attitude irrationnelle très difficile à dépasser, ainsi que l’indique Mr Jean-Pierre Jelmini, excellent historien et fin connaisseur des réalités neuchâteloises, qui renonce même à revenir sur le thème de la cohésion cantonale, non sans avoir même essayé de le débattre au sein de l’Institut neuchâtelois, quand il en était président! (cf. Gros Plan: débat: Plongeon aux sources des tensions, avant la votation du 24 septembre. Un débat rationnel est impossible. Impartial du 26 août 2017.

Cette attitude méprisante n’est donc pas l’apanage d’ignorants illettrés… Elle est bien sertie et incrustée chez des personnes instruites et professionnellement qualifiées, dans une partie du corps médical, parmi des dirigeants sortant des hautes écoles de gestion, parmi quelques personnalités neuchâteloises bien connues, anciens Conseillers communaux, avocats, juges et députés du Grand Conseil neuchâtelois! C’est un comportement atavique difficile à dépasser! C’est une constatation qu’implique directement l’expérience de maltraitance vécue par des dizaines de citoyens neuchâtelois.

Le Conseil d’État n’a pas encore eu le courage d’admettre, d’affronter et de combattre ces comportements méprisants, en nous berçant d’un discours générique bienveillant sur la nécessité non mieux définie de la cohésion cantonale, sans portée concrète.

Le Conseil d’État par son style de travail et par le modèle de gestion politique qu’il nous propose ne nous semble pas s’éloigner du modèle autoritaire et condescendant qui continue d’être le sien, durant ces dernières années ; et tout récemment encore. Il s’est autoproclamé, ainsi, « candidat incontournable » à sa propre réélection.

Le système de gestion pyramidal qu’il nous propose, dans son projet de circonscription unique, concentre la gestion du pouvoir politique, comme le pouvoir financier concentre la richesse chez un nombre toujours plus restreint de sociétés et d’individus.

Par cette même dérive, en vogue dans le système neuchâtelois aussi, et pas moins qu’ailleurs, on fait appel aux experts externes, mais on ne convoque guère plus les citoyens directement concernés par le maintien de structures de proximité, décrétées autoritairement comme « non viables » par les soi-disant experts, en totale abstraction pratique des réalités locales.

Cette réforme du fonctionnement des institutions politiques ne modernise en rien le canton ! C’est un retour à un comportement élitaire qui rend toute intention de progrès déclamée purement velléitaire ! Un gâchis désolant des meilleures traditions démocratiques suisses que le monde, autour de nous, nous envie !

Unifier les forces progressistes du canton dans un nouvel élan et projet fédérateur, signifie bâtir de nouvelles fondations communes qui respectent les points forts et les qualités des agglomérations régionales, tant du canton de Neuchâtel que des territoires voisins, cantons suisses et agglomération transfrontalière française, d’où proviennent des milliers de travailleurs frontaliers.

C’est relancer le processus du « réseau urbain neuchâtelois » par la structure du RUN, encore existante et en fonction ! C’est poursuivre les directives de politique du développement territorial comme le prônait le projet: UN CANTON, UNE VISION, projet participatif infiniment plus élaboré et plein de contenus, par rapport au nouveau projet: UN CANTON, UN ESPACE.

Le projet de construction du nouvel Hôtel judiciaire, réalisation ponctuelle en ville de la Chaux-de-Fonds, projet soutenu par le Conseil d’État que nous saluons et soutenons, n’est pas -à lui tout seul- une pièce maîtresse du modèle de développement territorial, structurel et de société que nous défendons.

Continuons plutôt à développer et confirmer un modèle politique associatif et fédérateur qui a déjà fait ses preuves d’efficacité, en associant les citoyens à la gestion du pouvoir par le maintien et le soutien à un parlement de milice, véritablement plus représentatif de toutes les professions et classes sociales du pays, sans laissés pour compte…

 

 

 

Giovanni Spoletini, médecin, ancien député, conseiller général PS de La Chaux-de-Fonds

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Cette entrée a été publiée le 1 septembre 2017 par dans Politique.
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