Éoliennes au Crêt-Meuron entre la Vue-des-Alpes et Tête-de-Ran : les 4 choses que les Chaux-de-Fonniers ne savaient pas le 19 mai 2014.


La mise à l’enquête de 7 éoliennes de 93 mètres de haut sur le site du Crêt-Meuron est effective jusqu’au 12 janvier 2020. Les 55 % de Chaux-de-Fonniers qui ont voté le 18 mai 2014 pour accepter en une fois 59 éoliennes dans le canton ignoraient quatre éléments importants qui doivent être mis en avant aujourd’hui.

Rappelons qu’au printemps 2014, je faisais partie d’un collectif d’éluEs de La Chaux-de-Fonds désigné comme éolo-sceptiques et que l’initiative « Avenir des crêtes : au peuple de décider » avait été acceptée dans la Métropole horlogère par 41 % de oui contre 55 % de non.

En presque six ans, les choses ont beaucoup évolué dans quatre domaines qui méritent une réflexion. De la part du ministre Laurent Favre qui risque de se brûler les ailes dans ses « pesées d’intérêt » ; et surtout de la part des opposants qui doivent lutter et recourir par tous les moyens possibles contre ce qui est devenu un non-sens. Ainsi, le conseiller national socialiste Roger Nordmann montre dans son ouvrage Le Plan solaire et climat que le photovoltaïque est à même de rendre inutile l’éolien dans notre pays.

Les éoliennes prévues menacent la pérennité de l’inscription de La Chaux-de-Fonds à l’Unesco.

Jusqu’à aujourd’hui, le service dirigé par le ministre Favre, le Service de l’aménagement du territoire (le SAT) est resté muet sur la garantie de la « pérennité de la valeur universelle de l’urbanisme horloger de La Chaux-de-Fonds ». Et pour cause car tout reste en suspens sur la position de l’Unesco !

En effet, la commission d’experts pour la mise en valeur du site Unesco CDF/LL, présidée par Didier Berberat, a demandé que la ville de La Chaux-de-Fonds sollicite des préavis d’experts. D’abord, à l’Office fédéral de la culture par le biais de sa section « Patrimoines culturels » puis à la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage.

De son côté, la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage a écrit il y a quelques mois à la directrice générale de l’Unesco pour savoir si les 30 éoliennes prévues entre les Bugnenets et Tête-de-Ran sont « susceptibles de présenter une menace sur le classement de nos deux villes ». L’Unesco a répondu en octobre que la Délégation permanente de la Confédération auprès de l’Unesco a été sollicitée pour un commentaire.

En résumé, il se pourrait que les éoliennes visibles depuis le nord de la ville inscrit dans le périmètre Unesco portent atteinte à l’intégrité du site selon l’Unesco elle-même !

Que devrait faire alors le canton, maître des décisions ? Sacrifier la reconnaissance des deux villes du Haut ou abandonner une partie de son projet de 59 éoliennes ?

Les éoliennes prévues vont mettre en péril l’avenir touristique et économique de la région Vue-de-Alpes – Crêt-Meuron – Tête-de-Ran

Le sacrifice d’une partie des pistes de ski de fond, des tracés de raquettes à neige et de randonnée pédestre hivernale du Centre nordique de la Vue des Alpes, le plus fréquenté du Jura suisse, pourrait initier un « inexorable phénomène de déclin » susceptible de « pénaliser promotionnellement et économiquement l’ensemble de la région ». Ces termes sans ambiguïté émanent de Tourisme neuchâtelois qui, tout récemment, s’est officiellement opposé à la construction des éoliennes prévues. Le périmètre emblématique La Vue-des-Alpes / Tête-de-Ran, si attractif été comme hiver, deviendrait un lieu hostile et ferait fuir les autochtones du Haut, les gens du Bas et les touristes. Sur ce sujet le ministre Favre a répondu récemment au Président de Neuchâtel ski de fond que la « pesée des intérêts », devant le défi du changement climatique « plaide pour la réalisation du parc éolien ». On verra ces prochains mois si Laurent Favre répondra de même à Neuchâtel Tourisme et … même peut-être à l’Unesco.

Les éoliennes prévues n’ont rien de local puisqu’elles sont en main d’une société anglaise qui les implante sur des terrains appartenant à des Bernois.

Il n’y pas un jour où des citoyens à la fibre écologique ou des éluEs politique ouvertement de gauche ne jettent pas un regard très critique sur le « libéralisme vert », la mondialisation de l’écologie. Manger bio et local, favoriser l’économie résidente sont des leitmotives de notre époque récente.

En 2014, qui savait que les terrains où s’implanteraient les éoliennes ne sont pas, sauf un, propriété d’agriculteurs du coin ? Qui savait qu’ils appartiennent à la société d’alpage de Mühleberg (Berg-Genossenschaft Mühleberg) et à des exploitants domiciliés à Zuzwil (deux communes bernoises) qui y mettent leur bétail en estivage ? Et surtout qui aurait pensé que la société propriétaire des futures machines est anglaise, opérant sous le couvert d’une Sarl domiciliée à Cernier ?

Ce n’est donc ni Greenwatt, ni Groupe E, ni Viteos qui vont tirer bénéfice du saccage mais une multinationale dont seul le gérant, Martin Kernen, de Planair, est neuchâtelois. Me revient alors en mémoire l’argumentation du président actuel du POP neuchâtelois, mon ami Daniel Ziegler, qui faisait partie en 2014 des éolosceptiques.

Les éoliennes prévues n’ont plus de sens dans un pays où les autres cantons les refusent.

Echec de LinthWind à Glaris en début 2019, de Rheinau près de Sargans, d’Oberegg en Appenzell, et surtout le 24 novembre, de Surselva aux Grisons. En Suisse orientale, de nombreux projets ont été stoppés. Dans le canton des millionnaires, Zurich et dans le Vorarlberg autrichien on a renoncé à tout projet ; Val-de-Ruz et les rives du lac ont bon dos, commune et régions visuellement pas touchées par l’atteinte au paysage ! Seul le canton de Thurgovie prévoit de construire trente éoliennes sur sept sites. « Il ne resterait donc que l’Arc jurassien, la région du Mittelland et la Suisse romande pour envisager une industrialisation à large échelle du paysage suisse. » (Paysage libre).

Les prochains mois risquent d’être mouvementés dans notre canton et je pense que ce n’est pas demain que le Crêt-Meuron sera industrialisé pour un profit inférieur aux bienfaits de l’énergie solaire. C’est la raison pour laquelle la co-propriété dont je suis membre, sise dans le périmètre Unesco, a investi depuis 2015 dans des panneaux photovoltaïques installés sur une partie de notre toit. Ils produisent 3200 Kwh par an !

Panneaux photovoltaïques sur le toit de Jardinets 5[/caption]

 

5 commentaires

  1. Excellent travail, merci Daniel. Il faudrait signaler à l’ignare Laurent Favre qu’il devrait se tenir au courant du dossier énergétique, qui évolue vite, notamment par la mise en évidence excellement faite par Roger Nordmann, selon laquelle le photovoltaïque est à même de rendre inutile l’éolien dans ce pays (Le Plan solaire et Climat, éd. Favre).
    Par ailleurs, détail, des kW ne sont pas une production, mais une puissance. Une production, soit une énergie, s’exprime en kWh.
    Avec mes amitiés

  2. Salut Daniel,

    Tu gagnerais en crédibilité si tu mentionnais la source de tes photos (pas la 2e !).
    Merci à toi.

  3. Merci beaucoup pour votre article ! Je suis française et vis sur l’île de Paros depuis 26 ans. Un projet similaire et pharaonique menace 4 îles, (Andros, Tinos, Paros et Naxos). Toutes informations et expériences sont donc très utiles. !

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