Dans les coulisses sévillanes de l’inscription La Chaux-de-Fonds-Le Locle à l’Unesco en juin 2009


Initiateur, en 2000, de l’inscription de La Chaux-de-Fonds au patrimoine mondial de l’humanité, j’ai eu le privilège d’accueillir à Séville la délégation locloise et chaux-de-fonnière venue assister à cette inscription. J’ai pu suivre l’intégralité des débats au palais des Congrès et participer à la petite fête qui a suivi. Voici des images et deux vidéos exclusives de ces inoubliables moments.

De janvier à fin juin 2009, j’ai passé six mois sabbatiques à Séville et c’est un heureux hasard que s’y soit tenu le Congrès de l’Unesco qui a inscrit nos deux villes au Patrimoine mondial de l’humanité pour leur urbanisme horloger.

En 2000, lors des Rencontres de décembre au Club 44, j’avais lancé l’idée de cette inscription.
Article de Léo Bysaeth dans L’Impartial
La chronologie de cette inscription fut la suivante :
Entre le mercredi 24 et le dimanche 28 juin, la délégation des Montagnes était à Séville et j’ai eu le plaisir de la rencontrer à plusieurs reprises avant le mémorable samedi 27. Elle était composée des deux présidents de commune, Didier Berberat et Denis de la Reussille, de Anouk Hellmann, chargée de mission dans la constitution du dossier Unesco. Avaient aussi fait le déplacement, pour des interventions en direct, les deux journalistes Nathalie Robert de RTN et Andrea Schmid de Canal Alpha. L’Impartial n’avait pas jugé bon d’envoyer quelqu’un … Nous avons formé ces quelques jours une belle équipe ! Le mercredi soir, j’ai accueilli chez moi Anouk, Denis et Didier pour un apéro-tapas avant de visiter l’extérieur du site Unesco de Séville (l’Alcazar, la cathédrale et les Archives des Indes). Je leur ai ensuite suggéré d’organiser le repas de fête de l’inscription au restaurant Horacio, dans les quartier des arènes, l’Arenal. La propriétaire d’alors – elle et son mari, ci-dessous en photo, ont cédé leur restaurant en 2016 – s’appelait Mademoiselle Droz-Dubois et venait du … Locle. Proposition immédiatement acceptée et que personne, qui aura vécu la soirée du 27, n’oubliera. Le vendredi 26 se tenait la première partie de la session d’inscription de sites à l’Unesco au Palais des Congrès de Séville, sous une chaleur de 36 degrés.
Il était d’abord prévu que le dossier CDF-LL passe cet après-midi-là après l’inscription de certains sites naturels mais vite on a su qu’il faudrait attendre le samedi. Les deux journalistes, Nathalie et Andrea, ont livré un travail héroïque pendant ces deux jours, faisant patienter les auditeurs impatients. Grâce à son badge qu’il m’a prêté de l’intérieur de la salle, Didier Berberat m’a permis d’assister ce matin-là à l’inscription du site dano-hollando-allemand de la Wattenmer (la mer de Wadden) qui fut suivi d’un bel apéritif. A noter que notre lycée organise chaque année des échanges linguistiques avec l’île de Föhr sans que forcément les participants soient conscients de ce qui les lie entre eux. Cette soirée du vendredi, originellement destinée à fêter une inscription qui n’arrivait pas, fut quand même l’occasion de faire découvrir à mes amis neuchâtelois le quartier de Triana, de l’autre côté du Guadalquivir.
Quai du Guadalquivir avec la Torre de Oro ce vendredi 26 juin
Fritures de poisson sur une terrase de la calle Betis, au bord de fleuve; puis chipirones a la plancha et solomillo au bar en céramique Las Golondrinas (Les Hirondelles).
A travers des rues au bitume chauffé par la chaleur de la journée, la soirée se termina à minuit largement passé à la Heladerie La Fiorentina, dont l’artisan-propriétaire confectionne une glace à la fleur d’oranger unique. Didier Berberat fut cette nuit-là bien embarrassé dans son choix. Et sous une chaleur de 32 degrés encore, chacunE rentra chez soi pour se préparer à la journée cruciale du lendemain. Le samedi 27 juin, c’est pendant la session de l’après-midi qu’est programmée l’inscription des deux villes des Montagnes. La tension est palpable chez les deux édiles municipaux avant le dernier round. A nouveau, au contraire des journalistes, je peux pénétrer dans la salle, contrôlée à la « sevillana« , avec cette fois le badge de Denis. Nos deux amies journalistes n’ont pas accès à la salle. D’abord, panne de micro à 15 heures si bien que l’examen des candidatures avant la nôtre prend du retard. Très longue discussion sur « le binôme du mercure et de l’argent sur le Camino Real Intercontinental, Almadén, Idrija, et San Luis Potosí (Espagne, Mexique et Slovénie) ». La décision est différée après d’interminables palabres et ce n’est qu’en 2010 que ces sites seront inscrits sans le Mexique. Puis, examen plus rapide de la Tour d’Hercule de La Corogne, inscrite sans difficulté. Et rebelote pour différer une inscription, celle des « Fermes et villages de Hälsingland (Suède) » obtenue finalement en 2012. Du temps passe, source de tensions pour la délégation … et les 5000 personnes massées sur la place Espacité. Pourtant nous avons la certude que notre dossier est bon, nous en avons eu la confirmation le vendredi. Ce jour-là, je me suis d’ailleurs fendu d’un téléphone au chef du dicastère de l’urbanisme, Laurent Kurth, qui croyait encore ferme à une pseudo-conspiration contre le dossier dont il avait la responsabilité politique. Notre « examen de passage » est réglé en vingt minutes dont voici le détail en images fixes suivies d’une vidéo exclusive que j’ai tournée dans des conditions précaires. En simultané, je fais sur Facebook un compte-rendu en direct du déroulement de l’après-midi, je prends quelques photos avec mon appareil Panasonic qui tourne aussi la vidéo et je les intégre dans l’ordinateur. Devant tous les délégués, un responsable d’une commission interne commence par défendre le dossier CDF-LL et répondre à quelques questions. Elles sont très peu nombreuses; pourtant l’une insiste sur la nécessité de préserver les jardins des rues parallèles, parfois partiellement sacrifiés avant 2009 pour en faire des garages.
Présentation du dossier CDF-LL par un membre de l’ICOMOS
La tension est à son comble dans la rangée suisse formée, outre Anouk, Denis et Didier, de l’ambassadeur suisse à l’Unesco, Ernst Itten, de Johann Murner de l’Office fédéral de la culture, responsable du patrimoine et de Oliver Martin, son adjoint, aujourd’hui délégué de la Confédération dans la commission permanente chargée de gérer le site.
De la Reussille, Itten, Berberat, Martin, Hellmann et Murner au moment où le dossier est présenté aux délégués de tous les pays
Le moment fatidique et, 10 ans après, encore très émotionnant (mais avec ma « quincaillerie » je n’avais sur le moment pas le temps d’être ni tendu ni ému), arrive quand la Présidente espagnole de la session fait défiler à l’écran les articles de l’arrêté d’acceptation. A chaque article, elle tape sur son marteau et signale l’acceptation par un « adopted« .
J’écris sur Facebook que nous sommes inscrits et Anouk téléphone à La Chaux-de-Fonds où, quelques minutes après, l’annonce est faite à la foule. Il est environ 19 h. 15. La délégation suisse n’a pas le temps d’exulter puisque l’ambassadeur Itten et Didier Berberat vont s’exprimer. On sourira à la manière dont ce sympathique Haut-Valaisan écorche le nom de Denis de la Reussille ! Et par chance, plutôt que de continuer la séance, la Présidente décide de faire une pause d’une heure. Le moment est alors unique dans l’histoire de nos deux villes « improbables« . Des gens du monde entier viennent d’un coup nous féliciter de notre insciption mondiale. Inoubliable ! Pour ma part, je reste un moment dans la salle pour monter mon film que je poste sur Youtube. Le voici :
Les neuf minutes inoubliables entre 18 h. 45 et 19 h . 15, aussi sur Youtube
Voici le sujet en direct au 19 h. 30. Nous étions en « prime time » !
Au 19 30 avec Darius Rochebin
Dès 21 h. 45 jusqu’à 1 h. 30, toute la délégation suisse ainsi que Nathalie et Andrea nous retrouvons au premier étage du restaurant Horacio, dans une salle typiquement sévillane. Repas bien espagnol : poulpe à la galicienne, avocat vinaigrette, tortilla, poivron farci de morue, filet de sole, flan aux figues.
Ernst Itten, Oliver Martin, Anouk Hellmann et Johann Murner
Voici les trois minutes sur cette journée, tournées, montées et commentées par l’admirable Andrea Schmid. Jamais Canal Alpha n’a fait mieux que ces jours-là !
Et pour terminer, mon film sur cette soirée avec les discours de Denis de la Reussille et Ernst Itten.
Fête chez Horacio

Que dire en conclusion de cette commémoration ?

Beaucoup de travail a été accompli mais il reste à faire pour valoriser davantage nos sites ! Je pense à l’existence bisannuelle d’une lettre d’information en priorité destinée à la population des deux villes, disponible. par exemple, dans les services communaux et dans les deux espaces consacrés à l’urbanisme horloger. Les deux villes allemandes de Stralsund et Wismar, qui ne sont pourtant pas de grandes métropoles, nous donnent un exemple de ce qui me paraît encore manquer. Et surtout je plaide pour des liens beaucoup plus étroits (réseaux à mettre en place, informations et circuits touristiques, promotion) avec les sites Unesco proches de chez nous : les sites palafittiques de notre lac, la vieille ville de Berne, Arc-et-Senans et Salins, Besançon et le fort Vauban, Ronchamp avec Le Corbusier. Il faudra encore de l’énergie persévérante, dans nos deux villes, dans notre canton, dans le canton de Berne et dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Nous avons là tant de trésors à faire rayonner.

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